23.12.2011
La peur, il disait, c'est la peur la plus précieuse matière première de l'univers.
Un jour, en Chine, dans un marais, un enfant se fait mordre le mollet. S'en suivra la World War Z, la
grande guerre des zombies. L'auteur, en mission pour l'ONU ou ce qu'il en reste, recueille des témoignages partout dans le monde, qui nous racontent - avec un luxe de détails inouïs, cette guerre. Avant, pendant, après. (Et c'est pas joli-joli).
Ce roman m'a été conseillé par ma belle-fille, qui bosse dans l'humanitaire. Elle y a vu une présentation qui tient la route de la situation politico-sociale mondiale, pratiquement pays par pays. Elle y a surtout vu beaucoup d'humour, qui m'a moins sauté aux yeux. Un grand recul, une ironie mordante, oui; mais dire que j'ai trouvé l'ensemble amusant, loin de là. Je manque sans doute à la fois de vision géo-politique et de recul, j'ai pris beaucoup de choses directement en pleine figure, je me suis assez fait peur, je dois dire.
Le mélange des genres (satire militaire, sentimentalisme à côté de la plaque, scènes d'horreur, grande flippe, actes héroïques, abus de toutes sortes, profiteurs, j'en passe) est d'ailleurs très réussi, tout autant, à mon sens, que pénible. Ce qui en ressort, pour moi, les 535 pages avalées, c'est plutôt un vrai désenchantement : la nature humaine est moche, vraiment.
Par exemple, cette mère de famille du Montana, qui déclare le plus sérieusement du monde :
"Votre mari ne s'est jamais inquiété, lui ?
Non, mais les enfants, si. Pas verbalement ni consciemment, je crois. Jenna a commencé à se battre à l'école. Aiden ne voulait plus dormir sans la lumière allumée. Des petits détails comme ça. Je ne pense pas qu'ils regardaient les informations plus que Tim ou moi, mais ils n'avaient pas tous ces soucis d'adultes qui les accaparaient, eux.
Et comment avez-vous réagi, vous et votre mari ?
Zoloft et Ritalin SR pour Aiden, Adderall XR pour Jenna. Ça a fait l'affaire pendant quelques temps. Le seul truc qui m'emmerdait, c'était que l'assurance ne remboursait rien, soi-disant parce que les gamins étaient déjà sous Phalanx."
Ou ce fantassin de Denver :
"Vous savez ce que ça produit, comme effet, une charge thermobarique ? Demandez à ces types qui se promènent avec des étoiles aux épaules. Je vous parie une couille qu'ils ne vous avoueront jamais tous les détails. On vous dira des trucs sur la pression, la chaleur, la boule de feu qui n'en finit pas de grossir, qui crame et qui bousille littéralement tout sur son passage. Chaleur et pression, c'est ça, une arme thermobarique. Ca donne envie, hein ? Alors imaginez ce qui se produit immédiatement après, le vide créé dès que la boule de feu se contracte tout d'un coup... Ceux qui survivent ont les poumons instantanément vidés, voire même - et ça, ils ne l'admettront jamais en public - tout simplement arrachés. Par la bouche, oui oui. En tout cas, ce genre d'horreur personne ne survit assez longtemps pour le raconter. Voilà pourquoi le Pentagone n'a pas trop de mal à maquiller la réalité. Mais si un jour vous voyez une photo de Z, ou même un vrai specimen en chair et en os avec les poumons encore attachés à la trachée et qui pendent, dehors, comme ça, n'hésitez pas à lui filer mon numéro de téléphone. Je suis toujours partant quand il s'agit de rencontrer un vétéran de Yonkers."
World War Z - Max Brooks
Calmann-Levy 2009 & Le Livre de Poche 2011, 535 p.
Traduit de l'anglais par Patrick Imbert
Le Codex Gnoufique renvoie sur plusieurs autres avis.
PS. J'adore la dédicace toute finale, après les remerciements, toute seule sur une page : "Je t'aime, maman." Brave Max.