01.09.2011

C'est pénible, d'être si vieux. Et plus pénible encore d'être si aveugle. Le soleil me manque. Et les livres, les livres me manquent par-dessus tout.

Est-il humainement possible de terminer la lecture de l'intégrale Tome 3 du Trône de Fer (J'ai lu, 2011, 1150 pages, mais aussi George RR Martin, 2000 (A Storm of Swords) & Pygmalion 2011-2003, traduit de l'américain par Jean Sola)) et de n'en rien dire, sous prétexte que dire quoi que ce soit entraînerait des révélations quant à l'intrigue et gâcherait ainsi le plaisir de ceux (les chanceux) qui n'ont pas encore découvert ces pages étourdissantes ?

On peut le prétendre. Mais quand on a trimbalé sa petite brique partout (y compris chez le coiffeur, allant jusqu'à ne pas entendre la petite sonnerie qui signalait que driiiing, c'est cuit, madame, on devrait rincer, et voilà comment on se retrouve blonde comme les blés quand on voulait juste un léger éclaircissement, remarquez, impossible de détecter un cheveu blanc maintenant, le jaune est mon ami, enfin, disons ça, ouais) et qu'on a vécu des émotions incroyables rivée à ces pages félonnes et haletantes, on a un petit peu quand même envie d'en dire quelques mots.

Et je n'ai jamais trouvé très sain de lutter contre ses envies, l'ascèse étant un concept que je n'ai pas bien intégré, et que je ne souhaite pas creuser, merci.

Ce tome 3, donc, est fabuleux. Non seulement les évènements s'enchaînent à un rythme plus que soutenu, mais après l'exposition détaillée des rouages politiques du tome 2, il s'attache à nos personnages favoris et les malmène incroyablement. Elle ne tient plus, l'accusation un peu réductrice de manichéisme, personne n'est plus tout blanc ou tout noir, et ça, ça fait boum-boum dedans le coeur et roule-roule dans les petites méninges.

Comment ?! Lui, là, qu'on croyait pourri jusqu'à l'os évolue tout lentement jusqu'à embraser d'un regard lucide (et ma foi, tellement désenchanté) la situation dans son ensemble, découvre la force d'un sentiment inconnu dont il peine (et moi aussi) à discerner la nature (ça s'appelle comment, quand on respecte et admire et aime mais pas vraiment d'amour mais quand même un peu ?), elle, là, qu'on croyait si pure et si entière termine par un geste pas joli-joli (extrêmement cruel même) qu'on comprend sans le comprendre, et en même temps celui qui le subit le mérite, on est d'accord, mais ce qu'ils viennent de vivre ne le rachète-t-il pas un tout petit peu et ce qu'on devine/apprend de sa façon de voir, étant donné ce qu'il est et ce qu'il a vécu ne rend-il pas les choses toutes relatives ou en tout cas n'entrevoit-on pas un début de logique, le revirement (qui n'en est pas un) de la truie violette n'est-il pas placé en exact miroir de la révélation finale (horrible ! horrible ! Mon dieu !) quant au ser qui a subi ces deux mensonges, et les toutes dernières pages, n'a-t-on pas le coeur soulevé d'allégresse tempérée par une crainte diffuse, han la la, ça va faire mal dans le tome 4, ça ?

C'est inhumain, oui, de ne pas pouvoir tranquillement disserter à noms ouverts de tous ces points et de bien d'autres encore, quand celle-ci pendant une scène tremblante nous fait ressentir à 2000 % qu'elle ne peut plus accorder sa confiance mais est à un millième de cheveu de le faire quand même mais doit le renvoyer mais veut lui pardonner mais que doit-elle faire, où est la juste voie, comment s'en passer mais comment le supporter (lui, oh lui, pas pur, pas noble de coeur mais tellement amoureux...), et celle-là qui semble inquiétante mais qui craint d'une peur sensée le vrai danger et qui va peut-être contribuer à le contrecarrer...

Et ces cris qu'on pousse tout au long de la lecture, nooooooon, pas ça ! Pas eux ! Elle, oui, d'accord, mais comme ça ? Tu es sûr, RR ? Tu dépeçais des chatons quand tu étais petit, toi, nan ?

Enfin, voilà, quoi. Le Trône de Fer, j'en suis malade tellement j'aime ça. J'entame le tome 4 dès que je me suis un peu remise de mes émotions.