03.12.2011
N'est-ce pas beaucoup pour une femme vertueuse que d'avoir épousé un homme incapable de faire des sottises ?
"Oh ! avoir les pieds sur la barre polie qui réunit les deux griffons d'un garde-cendre, et penser à ses amours quand on se lève et qu'on est en robe de chambre, est chose si délicieuse, que je regrette infiniment de n'avoir ni maîtresse, ni chenets, ni robe de chambre. Quand j'aurai tout cela, je ne raconterai pas mes observations, j'en profiterai."
Balzac, La Comédie Humaine, Étude de moeurs, Scènes de la vie privée.
12. Etude de femme (1830)
Neuf pages. 9. Plus minuscule comme texte, ce serait difficile. C'est l'histoire d'une honnête femme, tout bien, genre supérieure et vertueuse (de 36 ans, âge qui semble intéresser beaucoup Balzac...), la marquise de Listomère, qui reçoit un jour par erreur une lettre d'amour enflammée d'un certain jeune homme, Eugène de Rastignac (hiiiiiiii, la première apparition !). Quelques jours s'écoulent pendant lesquels elle cogite sur le sujet (la fameuse cristallisation, nommément attribuée par Balzac à Stendhal, "un homme d'esprit" - dans ses notes, en toutes lettres : "Va pour cristallisation, le mot me plaît"). Quand Rastignac s'aperçoit de son erreur, il vient s'excuser, elle ne le croit pas, il s'agace, elle le croit et en est mortifiée. Fin. Cruelle fin, d'ailleurs...
Dans l'édition de la Pléiade, Jeannine Guichardet nous explique : "Cette Étude de femme ouvre encore d'autres perspectives, et des plus étranges, sur les mystères du coeur : rêverie involontaire, "lapsus calami", cristallisation, esquisse d'une démystification de l'amour... Destinée surtout à la presse féminine en un temps de pruderie généralisée, elle n'en est pas moins, semble-t-il, un jalon poétique sur le chemin des évidences freudiennes."
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