14.01.2012

Vous m'aviez donné des gants, repris-je en riant, je ne les ai pas mis, voilà tout.

BalzacLa Comédie Humaine, Etude de moeurs, Scènes de la vie privée

18. Honorine (1843)

 

Longue nouvelle (72 pages), Honorine a été écrite en 3 jours par Balzac. En introduction, Pierre Citron nous explique : "Si un roman balzacien est un roman où la société et l'argent jouent un rôle décisif, Honorine est peu balzacien. C'est plutôt une oeuvre classique comme La Princesse de Clèves ou comme Bérénice, où trois personnages à l'âme noble, frappés par une fatalité, ne rencontrent que le malheur."

Il est un comte et un honnête homme, il épouse Honorine toute jeune et pure; après quelques années, pas encore mère, elle s'éprend follement d'un autre et le quitte. Elle est abandonnée, enceinte, par son amant après à peine un an et demi, son enfant meurt. Le comte, éperduement amoureux, comprend (fait un incroyable travail sur lui-même) et la protège dans l'anonymat, lui assurant par de nombreux subterfuges (dont elle ne prend jamais conscience) une vie douillette (pendant 7 ou 9 ans, ça varie dans le récit, ainsi que sa couleur de cheveux ;o)). Il engage Maurice (le narrateur) pour se lier avec Honorine, en fait l'instrument de son retour (par devoir) aux côtés de son mari. Maurice tombe amoureux d'Honorine et s'exile dans la douleur. Et tout se termine très mal pour chacun des trois...

"Ceci est le drame de mon âme, mais ce n'est pas le drame extérieur qui se joue en ce moment dans Paris ! Le drame intérieur n'intéresse personne. Je le sais, et vous le reconnaîtrez un jour, vous qui pleurez en ce moment avec moi : personne ne superpose à son coeur ni à son épiderme la douleur d'autrui. La mesure des douleurs est en nous. Vous-même, vous ne comprenez mes souffrances que par une analogie très vague. (...) Reconquérir ma femme, voilà ma seule étude."

Ah, ce comte. Ce qu'il a compris de la Femme, ce qu'il met en oeuvre pour qu'elle soit bien, juste ça, même si c'est sans lui. Ce qu'il en récoltera, tellement injuste...

72 pages vibrantes et passionnées, pleines de malheur et d'inextricabilité. Terrible.

 

PS. Caro, la semaine prochaine c'est un vrai roman, dis-donc, plus de 300 pages ! ;o))