12.06.2010
Green River - Tim Willocks
"Si j'essayais de toutes mes forces, je pourrais peut-être m'en foutre un peu plus, mais à peine."

Green River est un roman carcéral, empli de bruit et de fureur. Il est cru, violent, déstabilisant, outrancier et difficile à supporter. Il est aussi prenant en diable, et chaque personnage existe avec une intensité remarquable.
Le principal est peut-être Klein, ancien chirurgien trop foutrement malin pour son bien. Incarcéré pour un viol qu'il n'a pas commis, il est en quelque sorte le lien entre tous les évènements (une émeute en arrière-plan) et c'est à travers lui qu'on ressent les plus grandes émotions. Il n'a pourtant rien du chevalier blanc :
"Klein s'aperçut qu'il n'éprouvait aucune pitié pour ce hurleur. En fait, il aurait préféré que ce type ferme sa gueule et crève. Crier, c'était de la complaisance. S'il avait si mal que ça, il serait incapable de faire autant de boucan. C'était un putain de simulateur. Quelqu'un devrait lui trancher la gorge. Ou en tout cas lui écraser la gueule. Bon, peut-être aussi qu'il se faisait violer par toute une bande, auquel cas ses cris étaient l'expression d'un plaisir extravaguant, délivré par une soumission totale. Ça arrivait. Klein réfréna la dérive morbide de ses pensées. Son tour pourrait venir."
Celui qui m'a le plus touchée c'est Abbott, géant qui obéit aux voix qu'il entend, entièrement soumis au "Verbe". Il était un prof de littérature heureux en ménage avant de brutalement décimer toute sa famille. Douce ironie, c'est grâce à St Trinian's 2 que j'ai tilté sur : "Ils sont nombreux et nous sommes peu nombreux".
(Version Kenneth Branagh)
J'ai investi Abbott d'une dimension shakespearienne qui ne s'est jamais démentie. Je regrette d'ailleurs qu'il n'y ait aucune note de bas de page permettant d'identifier les citations ou allusions.
J'ai dévoré les 2 premiers tiers en apnée, abasourdie par ce que je lisais, sidérée par le mélange de sexe, de brutalité, de bas instincts couplés à une perversité folle, admirative de la virtuosité de la construction narrative. Je trouve que l'épilogue souffre de longueur, de lyrisme pas raccord, j'ai eu les yeux piquants, bien sûr, au sort de Coley, mais cette fraternité épique, ces répliques qui fusent, ces sarcasmes pour cacher les grands sentiments, je ne sais pas, je les ai trouvés excessifs et trop nombreux.
Ceci dit c'était le premier roman de Tim Willocks, et il contient indéniablement la patte d'un écrivain hors normes.
Pour yeux avertis uniquement !
Ed. Plon 1995 & Sonatine 2010, 410 p.
Traduit de l'anglais par Pierre Grandjouan
Merci Amanda !
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : violence, âpreté, trash, sexe, carcéral