03.10.2011

On peut jamais dire, avec les hollandais, ils sont pas normaux des yeux en général

ç'aurait pu être l'angleterre,mais il n'y avait pas d'arrogance dans l'air,Sept nouvelles seulement, mais toutes excellentes. Qui ne racontent qu'une seule chose, la même, un homme est amoureux d'une femme et c'est la première fois, et cela dérange l'agencement de toute sa vie. Mises en situations diverses, ce sont toujours les mêmes mais ils sont toujours autres en même temps. Et le narrateur varie...

Bien sûr ça crucifie quand c'est le petit garçon qui voit ça à travers ses yeux, évidemment on se bidonne quand c'est le soir où le gars décide de "finir en planche", forcément on sent venir la chute avec la belle espagnole, naturellement on est sensible à cette histoire de "signes" auxquels on ne croit pas, mais.

Beaucoup d'humour :

"Phase 4 : il n'y a plus de règles.

D'habitude, je m'arrête avant. En fait, je suis malade avant. C'est ça qui me sauve, d'habitude.

C'est la phase terrible, le dernier pallier avant le coma éthylique. C'est la phase du Je vous déteste tous et du Je veux mourir et du Mais je te jure je peux conduire rends-moi les clefs ou je te bute, du Toi et tes huit copains je vais vous péter vos gueules de blaireaux, du Oh nom de dieu qu'est-ce que je fous par terre alors que j'étais debout y'a même pas dix minutes... A son stade ultime, la phase 4, c'est celle dont on peut se réveiller auprès d'un médecin qui vous dit : "Je ne vous ai fait que deux points de suture. Mais au gendarme, j'ai dû en faire six.""

Beaucoup de très jolies choses sur les sentiments, qui décortiquent ces sales empêcheurs de tourner en rond :

"Et quoi ? Alors c'est vrai, l'Amour, ça existe . Je veux dire, un truc qui va au-delà des simples convenances, des plaisirs partagés, des projets communs... Et ça vit et ça épaissit et ça meurt, comme les sapins ?

Fait chier, l'Amour.

Alors, moi, d'un point de vue symbolique, c'est comme si j'avais vécu dans un sapin... Non, je veux dire Françoise et moi, c'était comme un sapin qui pousse... Avec un autre sapin juste à côté, tout petit, personne ne le voit... Donc, mon sapin grandit, tout le monde l'admire, il est beau et droit et rassurant... Mais un jour paf ! Il crève. Je sais pas moi, les chenilles, le mildiou, l'anthrax, ou un truc pas bon du côté des racines... Ou trop de gens bourrés qu'ont pissé dessus. Du coup, l'autre sapin se met à pousser, à grandir. Super vite, parce que ça faisait tellement longtemps qu'il attendait là, à l'ombre. Maintenant qu'il voit le soleil, il se dépêche, il devient énorme, tout à coup. Bon, il y passera aussi à son tour, mais si tu y fais super attention, c'est toi qui y passeras avant lui... Enfin, je suppose, techniquement j'y connais rien en marques d'arbres.

Ceci dit, les gens pensent que c'est le nouveau sapin qui a fait crever l'autre. Mais non.

Putain, comment je suis bon en métaphore, moi. Ca explique tout, non ? En plus, si je le raconte à Illona, elle adorera le côté phallique."

Bref, des nouvelles épatantes, contemporaines et intemporelles à la fois, rythmées, pleines d'émotion, une belle découverte.

 

Petit guide des transports à l'usage du trentenaire amoureux  - Manu Causse

D'un Noir si Bleu Editeur, 2011, 215 pages.