22.01.2011

b.a.-ba, la vie sans savoir lire - Bertrand Guillot

"Concevoir une méthode idéale puis s'empresser de ne pas la suivre : si on cherchait un trait majeur de l'identité française, en voilà un beau."

 

guillot.jpg

 

Ce livre est a non-fiction novel, ce qui n'est pas tellement traduisible en français. Disons un récit saupoudré de licence poétique, histoire d'insuffler un rythme, ou un roman qui s'ancrerait dans la réalité, quelque chose comme ça. En tous les cas c'est l'histoire d'un gars qui s'embarque un jour dans le bénévolat, il va apprendre à lire et à écrire à des adultes qui ne savent pas le faire. Lui ne sait pas apprendre à apprendre. Tout le monde progresse semaine après semaine...

Le sujet est épineux, pour dire le moins. Le traitement en est particulièrement brillant, selon ma lecture. Je suis dans la position idéale de qui n'est partie prenante en rien, qui découvre le tout avec des yeux complètement neufs, et qui, surtout, se laisse volontiers embarquer dans une aventure humaine pudique et délicate.

"Par exemple, il faut se méfier de toute logique humanitaire. Beaucoup de ces personnes ont des difficultés dans la vie de tous les jours, "mais ces difficultés ne les caractérisent pas" rappelle la formatrice. "Ce ne sont pas des personnes en difficulté; elles en rencontrent."

218 pages riches en émotions : j'ai pleuré deux fois, souri au moins... tout ça, compati sincèrement et au final, beaucoup, beaucoup aimé. C'est un livre en forme de constat, qui maintient un subtil équilibre entre de vraies raisons de s'arracher les cheveux et un espoir forcené que rien n'abattra, qui dessine ses personnages avec un trait sûr et extrêmement bienveillant, qui ne donne pas une seule leçon mais suscite l'envie de regarder à son tour un peu plus autour de soi.

Excellent.

"Cela semblait simple a priori : ils ont beau parler un français parfois hésitant, tous maîtrisent bien le masculin et le féminin.

Vérifions-le, tiens.

- Si je remplis mon verre, je dis qu'il est plein. Si je remplis mon assiette, je dirai qu'elle est...

- Pleine, dit Ibrahima.

- Parfait. Et si je dis "Ibrahima est grand", je dirai "Amah est..." ?

- Petite, répond la salle unanime.

Comme quoi, à quelques détails près, nous y sommes presque."

 

Ed. rue Fromentin, 2011, 218 p.

 

Le très bel avis de Fashion