08.09.2009

Le Retour de l'auteur - Vincent Ravalec

"Affamé, sale et amer, quel titre merveilleux pour une nouvelle"

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En 1995, Vincent Ravalec avait écrit "L'auteur". En 2009, il reprend ce même texte, légèrement amélioré (c'est que les années passent, ma brave dame. La cinquantaine venant on trouve moins "fun" tous ces gros mots...) et l'enrichit d'une dernière partie totalement jubilatoire.

J'ai de toute façon aimé ce texte dès ses premiers mots, sensible à l'humour plutôt grassouille de Vincent Ravalec. Comment il a été édité, ses déplacements dans différentes manifestations autour du livre en province (n'appelons pas ça des "salons du livre" !), ses ateliers d'écriture, son prix de Flore, les people et les paillettes du milieu de l'édition, très bien, on visualise sans peine, c'est délicieusement croqué.

J'ai particulièrement apprécié sa visite pour le magazine "Couples" à La Chaumière d'or "C'EST CHAUD CE SOIR", j'en ri encore, han la la. Tout avait déjà commencé comme ça :

"Depuis un certain temps, depuis en fait mon nouveau statut de Petit Quelqu'un, dans la marée de messages envahissant quotidiennement les filets de mon répondeur, se trouvaient invariablement des demandes de journaux intéressés par une collaboration. Mon style, mon univers... Tu comprends, c'est ça dont nous avons besoin, un oeil, un ton, bref, ma façon d'écrire les branchait à mort. Il y avait eu des choses aussi diverses et prestigieuses que Chat & Poissons, magazine exotique, puis Le Journal des avocats, qui après m'avoir proposé un portrait de Tabatha Cash lui avait au dernier moment substitué François de Closets, que j'avais donc interviewé, la mort dans lâme, je pense à toi Tabatha, le magazine Lui qui allait reparaître et Elle, dont les rédactrices me voyaient très bien arpenter les défilés de mode, une coupe à la main. La plupart du temps je louvoyais, Je suis très touché mais... malheureusement un empêchement, une indisponibilité, me fait refuser, avec regret croyez-le bien, tout frémissant que j'étais de me consacrer à mon oeuvre. L'Oeuvre, n'est-ce pas, là était l'important, et a-t-on déjà vu un florilège d'articles extraits de Chats & Poissons, magazine exotique, réunis dans la Pléiade ? Donc d'habitude je n'étais pas chaud-chaud, mais cette fois j'avais tendu l'oreille."

Et puis la dernière partie, donc, celle qui est inédite, m'a enchantée par son absurdité, son imaginaire tout à fait réjouissant, imaginez donc que Monsieur Ravalec avait envie de tâter de la scientologie, histoire de voir comment ils feraient pour l'entuber profond, et se retrouve par hasard dans une secte littéraire, se tapant sur le bide de bonheur dans sa cape de Mandrake, rêvant de la Pléaide puisque frère Gris connaît bien Antoine Gallimard, croyant aux oiseaux qui lisent, tout ça tout ça.

Que dire ? Le lecteur assiste ravi à un spectacle dont il raffole, l'écrivain qui se met en scène dans toute sa naïveté, et qui cabotine tout ce qu'il sait.

Nan, vraiment, moi j'ai beaucoup aimé.

 

Ed. Le Dilettante, août 2009, 250 p.