23.01.2009

La grand-mère de Jade - Frédérique Deghelt

"L'élégance du fatalisme"deghelt.jpg

 

On a retrouvé Jeanne évanouie depuis la veille dans sa cuisine. A quatre-vingt ans, ses filles décident qu'il n'est pas raisonnable de la laisser vivre seule. Ce  sera donc la maison médicalisée. Mais Jade, une de ses petites-filles, décide sur un coup de tête de lui épargner ça et l'emmène chez elle à Paris. Elles entament alors un récit à deux voix de cette belle aventure, avec un épilogue inattendu qui éclaire tout ce qui a pu nous sembler factice au fil des pages.

Véritable coup de coeur, ce roman n'a cessé de m'étonner et de m'enchanter. Jade découvre Jeanne, sans jamais laisser de côté la petite-fille face à sa grand-mère à qui elle doit beaucoup. Derrière le personnage doux et terre-à-terre, derrière la paysanne savoyarde se cache depuis toujours une lectrice avide. Les raisons de son silence sur ces compagnons de toute une vie sont égrenées très justement. C'est un roman qui est profondément joli, humain et tendre, qui fait beaucoup de bien, qui distille une douceur apaisante tout en abordant des sujets fondamentaux, sur la place des personnes très âgées dans notre société par exemple.

Pourtant ce qui m'a touchée le plus fortement c'est de reconnaître Hubert Nyssen non seulement dans le personnage de l'éditeur (et pas tellement à vrai dire dans ce personnage) mais surtout dans nombre de choses dites par Jeanne sur la lecture ou sur les livres, lorsqu'elle entreprend d'aider Jade à remanier son roman.

Ou de très petites choses, comme lorsque Jade rentre un soir avec une magnifique édition de Jane Austen pour sa grand-mère, "avec cette envie impossible pour toute lectrice de redécouvrir pour la première fois ce qu'elle a déjà aimé."

Ou des phrases comme "J'ai lu adossée à la vie réelle, j'ai lu contre quelque chose dont je ne voulais pas. Ce que je sais de meilleur, je croyais que c'étaient les livres qui me l'avaient appris, mais je n'en suis plus si sûre aujourd'hui."

La dernière page tournée, je ressens une affection folle pour Jeanne, de la peine pour Jade, une affinité réelle avec Frédérique Deghelt dont la plume et l'univers me semblent être nimbés de scintillements.

*soupirs* c'était vraiment bien, ces 391 pages.

 

Ed. Actes Sud, 2009, 391 p., 21 €

 

L'avis de Marie, que je remercie infiniment pour le prêt.

Ecouter Frédérique Deghelt parler de son roman.

 

23.10.2006

une grande distance qui crée l'émotion

Jean-Pierre Cescosse

© P. MATSAS / Agence Opale


Après dissipation des brumes matinales

Le Dilettante, 1999

 

Huit bien trop courtes nouvelles, qui donnent envie de se précipiter sur tout ce qu’a écrit ou écrira Jean-Pierre Cescosse.

Qu’il parle du terrible destin d’une famille d’ouvriers, de l’amour soudain et versatile d’un ami pour une vache, des métiers imaginaires que se scande un chômeur à l’ANPE, du pot d’épiphanie dans un bureau, d’un petit vieux qui ne dit plus que « oui » ou « non », des relations avinées de potes de longue date, du curetage de Charlotte, ou enfin d’un mercenaire, sa plume est un scalpel qui dissèque chacun de ses mots avec une précision impressionnante.

C’est maitrisé, calibré, effilé.
Et très drôle.
J’adore !

101 p.


(J’ai lu aussi Nos dernières frivolités, chez Flammarion, mais j’ai beaucoup moins accroché : pas retrouvé le mordant des premières.)


Manœuvres de diversion en attendant la nuit

Flammarion, 2000

Totalement impossible à résumer, ce roman ne parle précisément de rien, tout en racontant beaucoup. Ou ne raconte rien de précis, tout en parlant de tout. Ou précise ce qu’est le rien, compris dans un grand tout.
Des amis, divers et différents. Paris, dans l’attente de l’an 2000. Des jeunes, un vieux, des copines, un comité d’épuration inutile et superfétatoire, avec un secrétaire minutieux, des bitures, le cancer.
Et puis Edouard.
M’a plu, Edouard.
N’a pourtant rien de vraiment original.
Mais le dit vraiment bien.*
Et puis ça s’arrête, déjà.
Trop tôt.
Grrr.

159 p.

 

* Il alterne passages vraiment stylisés et écriture plus simple, parfois ça demande un peu d’attention soutenue, mais ça le vaut tellement… !