30.04.2012

Sur les chemins de Compostelle... (2)

Jour 3

A perte de vue...

compostelle 3.JPG

 

Le Gers est pentu et gras !

 

Ce matin, avant de partir, Moody me fait payer 30 € la demi-pension, ne voit pas la main que je lui tends pour la saluer, me prend par les épaules, m'embrasse à trois reprises en me disant: " à bientôt dgerarte".

Moody a gagné et fait partie de mes amies !

 

Aujourd'hui, nous attaquons le jour le plus long. Le troisième jour est toujours plus long que  les autres quelle que soit la distance parcourue ! L'enthousiasme des premières journées s'estompe un peu et la fatigue physique s'installe sournoisement. 

Pour conjurer ce danger d'affaiblissement, Marie-Anne remplace la musique naturelle du chemin par un Ipod dont les morceaux de musique savamment sélectionnés n'ont pour seul objectif que de la faire tenir jusqu'à la fin des étapes difficiles. Quand Marie-Anne sort son Ipod, nous savons qu'elle est en souffrance et tentons de lui apporter discrètement le soutien approprié.

Ce matin, le soleil qui privilégie habituellement  le sud, raison pour laquelle nous marchons dans cette région, est bien présent. Il a subtilement ouvert le rideau de brume sur un triptyque champ, bocage, chaîne des Pyrénées admirable.

Si le temps est sec, le sol conserve la mémoire des derniers jours de pluie et sollicite toujours autant les qualités techniques de nos chaussures ainsi que l'élégance naturelle du randonneur occasionnel (!).

La journée se passe paisiblement sauf quand Pascal pose un énorme caillou sur un kern fait d'une multitude de petits cailloux.. Il semble par ce geste vouloir écraser l'humanité tout entière. Nous lui enjoignons de se faire pardonner ce geste maladroit en participant à la messe du soir, ce qu'il tente d'éviter en enlevant le caillou pour le remplacer par un beaucoup plus petit que les autres... Nous ne savons plus quoi penser de lui !

Peu avant d'arriver à Marciac (célèbre pour son festival de jazz) nous décidons lors d'une pause, de rechercher un hébergement pour le soir. Marciac étant complet, nous décidons de nous éloigner en tentant notre chance auprès d'un château fort agréable sur le papier. La réponse de la châtelaine étant positive, nous pressons le pas pour profiter pleinement de cette soirée. Arrivés à Marciac, elle vient nous chercher sur la place du village.

Ensuite la surprise est contrairement à hier excellente: les chambres sont magnifiques, le feu crépite dans l'immense âtre de la salle commune et la propriétaire des lieux nous propose un thé en guise de bienvenue et le dîner 

à 20h sans nous donner plus de précisions. Le repas fut simple mais de qualité:

Soufflé au fromage

Daube gersoise avec pommes de terre vapeur.

Crumble aux pommes

Café, vin rouge, eau

Parfait pour rasséréner un trio aussi volontaire que le nôtre.

19.04.2012

Etes-vous conscient qu'une huître a, parmi ses autres organes, un coeur ?

Lorsque Cathulu m'a mis ce livre entre les mains (merci !), elle a préconisé : "Évidemment, ne le lis pas d'une traite"; oups ! Mais c'est que c'est fascinant, madame. Impossible de le lâcher, les questions s'enchaînent, à peine pose-t-on le livre le temps de répondre mentalement à l'une ou l'autre qui nous titille que l'on a tout de suite envie de lire la suivante, sans lassitude, et que se dessine dans notre esprit un drôle de bonhomme qui nous offrirait un café dans sa cuisine en parlant, parlant, parlant. C'est un roman, en fait, un vrai, étonnant, radoteur, préoccupé de mille choses absurdes au milieu desquelles en surgissent d'autres chargées de sens. Une expérience déroutante et drôlement marrante.

c'est comment d'être vous ?,(...),est-ce que cela vous plaît,quand des gens auxquels vous n'avez fait aucun mal,s'arrangent pour en avoir fini avec vous ?,considérez-vous que vous êtes racheté,rachetable,ou perdu à jamais ?,...

( Les post-it roses et les marque-pages proviennent de la lecture de Cathulu, les pages cornées de la mienne. Incroyable mais vrai, on en a seulement trois en commun... :))

c'est comment d'être vous ?,(...),est-ce que cela vous plaît,quand des gens auxquels vous n'avez fait aucun mal,s'arrangent pour en avoir fini avec vous ?,considérez-vous que vous êtes racheté,rachetable,ou perdu à jamais ?,...

 

Florilège : 

(Spécialement pour Keisha : "Trouvez-vous les professeurs de maths redoutablement séduisants ?")

"Savez-vous, de but en blanc, si un hippopotame transpire ?"

"Je pense que je vous l'ai déjà demandé, mais permettez-moi de vous le redemander si c'est le cas, car c'est important pour moi : vous voyez ces vieux patins à roulettes, avec une coque en métal ou une bride sur le devant dans laquelle vous glissiez votre chaussure, et une lanière en cuir à l'arrière pour maintenir votre cheville, qui n'offraient aucune stabilité ni suspension, dont les roues n'avançaient absolument pas si vous étiez sur une surface trop lisse, et qui s'usaient jusqu'à en devenir des vestiges, comme décapées à la sableuse, de ce qu'elles avaient été, et devenaient encore plus inutilisables et traîtres, de sorte que l'on avait l'impression de faire du patin à glace sur du béton ? Ils n'étaient pas super, ces vieux patins à roulettes en métal ?"

"L'équivalent du vieux patin à roulettes en métal ne comporterait-il pas aujourd'hui des roues en Kevlar, Teflon ou similaire, un gyroscope à puce électronique, un niveau à laser, un GPS, un service clients d'assistance téléphonique 24 heures sur 24, un téléphone portale intégré avec numérotation abrégée, une décharge et clause de non-responsabilité à joindre à la police d'assurance de son propriétaire, et à la diffusion en flux continu dans le cerveau du patineur d'une vidéo de paysage virtuel captivant, au cas où le patineur préfère penser à ses patins et rester sur son canapé ?"

"Avez-vous des impulsions politochnacées ? Êtes-vous, ne serait-ce qu'un brin, polémique ? Êtes-vous capable de dire laquelle des deux questions précédentes est frauduleuse ?"

"Vous préféreriez un enfant qui dise : "J'en veux un", ou un enfant qui dise : "C'est mal", après qu'on lui a dit, en réponse à sa question : "C'est quoi un esclave ?", "C'est une personne qui doit faire tout ce qu'on veut qu'elle fasse" ?"

 

Padgett Powell - Le Mode Interrogatif

Editions rue Fromentin, 2012, 232 pages

Traduit de l'anglais (EU) par Olivia Roussel

Titre original (2009) The Interrogative Mood


23.03.2012

La réparation - Katia Gagnon

livre acheté au salon du livre de paris 2012,17 euros,avec un gros tampon en page de garde,(pas vu sur le moment,évidemment) :,"service de presse,revente interdite",bravo le stand du québec,super déontologie !,...,Premier roman pour Katia Gagnon, directrice des informations générales au quotidien La Presse (Québec), et réussite : La réparation (éditions Boréal, 2011, 203 pages) est un véritable page turner.

Il nous raconte une enquête journalistique de terrain en alternance avec le passé très chaotique de la journaliste, qui a vécu un traumatisme gravissime dans les cinq premières années de sa vie. Elle est chargée de faire un article de fond sur le suicide d'une adolescente, et va passer une semaine dans le collège privé où cette dernière était scolarisée. Là, elle mesure combien la cruauté ordinaire des adolescents n'est pas toujours suppléée par leur entourage adulte...

Un roman qui fait la part belle à la psychologie, sans tomber dans le piège du pathos ou de l'exagération, une plume précise et entraînante qui est vraiment plaisante à découvrir.

Mention spéciale au prof de maths, qui m'a beaucoup plu.
 

Lu également par :  Stella, Prospéryne, la bouquineuse boulimique, Yvon Paré, ...

04.10.2011

Elle est désirable, elle est audacieuse, et elle est absolument impitoyable, absolument insensible, incroyablement égoïste, et totalement amorale.

si elle a pu le faire,je peux le faire.,...,"De la puissance, il y en a chez elle à revendre, dit la directrice. C'est un garçon-fille. C'est une adulte-enfant. Il y a en elle une adolescente qui n'a pas grandi. C'est une naïve rusée. Mais ce n'est pas sa sexualité, en soi, qui a cet effet - c'est nous. C'est nous qui lui attribuons ce pouvoir de destruction."

Je crois bien que c'est le premier roman de Philip Roth que je termine (ne dites rien), j'ai même englouti les 122 pages en une seule bouchée (j'ai bien mâché), et j'ai trouvé ça fort riche.

Simon Axler, 65 ans, est un Grantacteur, qui perd soudain pied. Brusquement, le sens lui échappe, et pire, il se voit en train de jouer à celui qui perd pied. Il est sincère dans la mesure où sa déprime/dépression est réelle, mais même elle lui semble fausse (très jolies pages sur le sujet, d'ailleurs). Quelques temps (et évènements) plus tard, il entame une liaison avec la fille d'un couple de vieux amis, de 25 ans sa cadette, et lesbienne. Leur histoire d'amour est atypique, il voit très bien le danger, mais...

Court roman très sombre, "Le Rabaissement" est efficace par son côté ramassé et sa narration très simple. Cela tient presque du récit clinique (en trois actes), mais on arrive pourtant à prendre quelques claques par une orientation très sexuelle aussi inattendue que brève et qui est bien utilisée. 

La 4° de couv évoque la démolition de nos illusions, c'est très bien vu. Simon est plus que crédible, à tous les points de vue, et c'est foutrement flippant.

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie-Claire Pasquier