02.11.2011
84 Charing Cross Road (1987)
Le livre est merveilleux, l'adaptation (réalisée par David Hugh Jones) est sublime : A lire et à voir absolument.


C'est une histoire vraie, une relation épistolaire établie sur plus de vingt ans entre Helen Hanff et une librairie londonienne. En 1949, Helen, éternellement en train de tirer le diable par la queue, répond à une petite annonce : une petite librairie de livres de seconde main anglaise propose ses services aux lecteurs américains.
Elle (si touchante Anne Bancroft) est américaine, écrivain (elle accepte n'importe quelle commande, théâtre, recensions, télévision, etc.), elle est une lectrice aux goûts très précis : elle n'aime que les vieux livres, elle adore qu'ils aient vécu et portent les traces des précédents lecteurs, elle déteste la fiction et apprécie plus que tout les récits, les choses vraies, qui se sont réellement produites. Elle n'est pas bibliophile (par manque de moyens, mais elle en aurait le goût) mais déteste les nouveautés et par-dessus tout les compilations (il faut la voir se mettre dans tous ses états lorsque deux auteurs dont elle estime qu'ils n'ont aucun point commun se voient réunis dans une même édition brochée contemporaine !). Elle n'a pas fait d'études et éprouve un grand amour spontané pour la littérature anglaise, où rien ne lui fait peur. Elle a une personnalité hors du commun, elle est gaie, rieuse, colérique, généreuse. Elle fume comme un pompier et s'envoie de grandes rasades de Gin Tonic entre deux repas avec sa grande amie actrice ou une séance de baby-sitting pour un couple qu'elle avait trouvé beau dans la rue, devenus ses proches. Elle vivra seule toute sa vie, bien trop indépendante et occupée pour se préoccuper d'une vie amoureuse.
De l'autre côté de l'océan c'est Frank P. Doel (si parfait Anthony Hopkins) qui sera son correspondant. Très vite, la plume pleine d'humour et de vie d'Helen créé un lien entre eux, il se démène pour trouver les livres qu'elle souhaite et veille jalousement sur son statut de seul interlocuteur.
C'est sans compter sur les évènements extérieurs et sur la gentillesse de notre américaine, qui, sensibilisée par un voisin anglais aux terribles privations alimentaires que subit la Grande-Bretagne après-guerre se débrouille pour envoyer des colis de nourriture via le Danemark. Débute alors un échange nourri de lettres entre tous les employés très reconnaissants de la librairie et Helen. Au fil des années, l'épouse de Frank (si majestueuse Judi Dench) joindra elle aussi ses très sincères missives...
Ce film est un petit bijou qui ne cesse de mettre en images tout l'indicible d'un récit épistolaire avec une réussite impressionnante. Le côté moderne et tumultueux de New-York répond à la perfection au flegme très ritualisé britannique, et de toutes petites scènes comptent parmi les plus touchantes du monde : ce comptable qui prend la plume pour raconter le sourire de sa grand-tante âgée à l'ouverture d'une boite de jambon, par exemple. Ou la triste, triste lettre finale de Mrs Doel. Mais c'est surtout l'impétuosité d'Anne Bancroft s'adressant les yeux dans les yeux à la caméra avec malice pour des post-scriptum piquants auxquels répondent immédiatement les yeux non moins francs, quoi que beaucoup plus réservés, d'Anthony Hopkins qui formule toujours avec des mots adéquats et parfaitement policés des réponses pleines d'affection.
C'est beau, c'est joyeux, c'est super triste, c'est plein de solidarité, c'est anglo-saxon et ça parle véritablement de livres : carton plein.