02.12.2011

Côté culture, n'achetez jamais un roman qui commence par : "Monsieur Monteux était natif de Crapone-sur-Arzon, mais depuis son mariage avec Aglaé Martin née Diatron, il avait emménagé à Retourniac." Ca menace d'être chiant.

Il fut un temps où je lisais Cosmo, à la préhistoire (du temps de Laurence Cochet, pour vous dire). Ce n'était pas entre 1999 et 2004, mais grâce à Cathulu (merci !), j'ai pu lire les chroniques humeur signées Marie-Ange Guillaume, dont j'avais déjà beaucoup apprécié "La dernière nuit". (C'est bien, une Cathulu dans sa vie. Ca rempit la boite aux lettres :)).

Dans la préface, Daniel Pennac, toujours, nous dit ceci : "Mais pourquoi faut-il qu'elle ne publie que tous les dix ans, cette conne ? Hein, pourquoi ? Dites-lui, vous, bon Dieu ! Dites-lui qu'il nous en faut plus et plus souvent... Dites-lui, moi, elle ne m'écoute pas."

Alors deux choses : Daniel, hôpital, charité, tout ça, Marie-Ange, publiez plus et plus souvent. (Voyez comme je suis obéissante.)

Flaubert :,"On ne se rencontre qu'en se heurtant,et chacun,portant dans ses mains ses entrailles déchirées,accuse l'autre qui ramasse les siennes.,Alors sinon, ces chroniques : il y a à bailler et à rire, à bof et à tûtàfet, à ça c'est tellement vrai et à c'est super bien dit, en plus. Moi j'ai aimé, sur l'ensemble, je le vois à des tonnes de petites cornes en bas des pages et à des passages entiers entourés, que je voudrais citer à titre d'exemple. Je le vois aussi à l'envie de plus en plus forte de lire encore du Marie-Ange Guillaume, aux interviews d'elle que je suis allée dénicher sur le net (sur un téléphone en plus, c'est méritant, vous savez), et à l'affection que je ressens spontanément pour elle à travers ses écrits.

"C'est moche un homme qui pleure. Tandis qu'une fille, c'est joli. Enfin, ça dépend. (...) En revanche, je pleure beaucoup sur les retrouvailles (après une heure de drame) et les séparations (après une heure de liesse). Même s'il s'agit d'un mélo parfaitement vomitif. Il suffit que le fils saute dans les bras de son père en couinant "Papa, je t'aime", et que le papa réponde finement "Moi aussi, fiston." Et hop, deux paquets de Kleenex. Plus le happy end est con, plus le scénariste patine dans le sucre, plus je m'essore. Les psys appellent ça de l'incontinence émotionnelle. Ils disent aussi que ça dénote une grande intuition artistique et une large capacité à s'ouvrir sur le monde - je préfère."

"Quand j'arrête de fumer, je pleure du matin au soir. Il fait beau mais ça va se gâter, je pleure. Un gosse joue au ballon sur le trottoir, il va se faire écraser et le ballon aussi, je pleure. La seule fois où j'ai pleuré à un enterrement, c'était par manque de nicotine. On enterrait ma voisine de palier, je l'aimais bien mais quand même."

(Dans les insultes) "De plus, une certaine spontanéité s'impose. Le perfectionnisme peut nuire au projet, si j'en crois le cas de Jules. Voilà un petit gamin qui souhaite sanctionner une interdiction maternelle jugée abusive. Il passe un quart d'heure à ruminer une répartie saignante et, tout rouge de concentration, finit par sortir l'insulte du siècle, selon lui : "Va vomir dans ton slip !" Ca ne va pas du tout. Primo, ce n'est pas vraiment une insulte, mais plutôt un conseil. Deuzio, c'est beaucoup trop sophistiqué. Résultat, une mère pliée en deux et un môme profondément vexé. Quelquefois un simple "pauv' type" suffit largement, s'il est balancé avec le mépris adéquat."

 

L'odeur de l'homme -  Marie-Ange Guillaume

Pocket 2006, 181 pages.