09.05.2009

Bleak House - Charles Dickens (3)

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Cette adaptation a été écrite pour la BBC en 2005, par le désormais très célèbre Andrew Davies, et les acteurs, dans les bonus des DVDs, de s'extasier en boucle : "oh la la, quel travail incroyable, merveilleux, extraordinaire, tout ça". Mais pour qui vient de lire le roman (et pour qui découvre Dickens à travers lui, peut-être plus encore), c'est un mélange de plaisir et de désappointement qui est ressenti.

Évidemment, c'est un travail titanesque que de mettre en place une histoire linéaire à la place des deux narrateurs du roman, de choisir qui occulter (impossible de placer tous les personnages, ils sont franchement trop nombreux), comment rendre à l'écran ceci ou cela, bref, de respecter l'esprit du roman tout en en modifiant (sacrément) la forme.

Et l'histoire est là, l'humour est (un peu) là (mais pas aux mêmes endroits que le roman), les images sont impressionnantes, la réalisation soignée, les acteurs excellents (mais pas beaux), on passe dix heures profondément absorbé dans Bleak House, il n'y a même pas à se poser la question, oui, si vous êtes en mesure de comprendre suffisamment l'anglais, foncez, achetez ou louez ces DVD, ils le méritent amplement.

Mais en même temps c'est tellement loin de l'écriture de Dickens !... Quand on lit Bleak House, c'est une immersion totale, une secousse permanente car il se passe toujours quelque chose, il y a toujours quelqu'un de nouveau ou qui réapparaît et que l'on suit en détail, on s'attache à des tas de personnes très différentes et c'est bruissant, rieur, hâbleur, moqueur, plein de passions et de sentiments.

Nos protagonistes à l'écran sont bien falots à côté du pouvoir de notre imagination, peu mis en valeur (leur manque les myriades de rôles annexes !), et puis les faits sont détournés (voire inventés de toute pièce !) pour arriver à la conclusion, on attribue certaines actions à d'autres (parce qu'on n'a pas mis les petits !), il manque énormément d'aspects humoristiques pour se concentrer sur les dramatiques.

Ceci dit, je suis bien consciente que l'extrême richesse du roman est carrément impossible à appréhender en une seule lecture, à fortiori à mettre en images. Remercions donc déjà d'avoir un spectacle de qualité, c'est plutôt merveilleux que Dickens soit encore adapté de nos jours, non ?

Mention spéciale à Mister Smalweed (Phil Davis, surtout après Véra Drake... Grand écart!) et à sa petite-fille Judy (Loo Brealey) qui assurent à eux deux la plus grande partie des rires ("Shake me up, Judy !"). Forts déplaisants dans le roman, ils se révèlent ici absolument impayables, jouant de chaque parcelle de leur talent !

J'ai beaucoup regretté le massacre de "ma" scène "pas d'ailes", ainsi que l'agonie de Joe que l'on subit sans une once d'émotion. (et sans la dimension sociale du roman). Mais ce n'est pas parce que la sensibilité d'Andrew Davies ne rejoint pas la mienne que ce sera le cas pour vous !