25.08.2009

Vendetta - Roger Jon Ellory

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Alors voilà le topo : la fille d'un gros bonnet politique (le gouverneur de Louisiane) est enlevée. Son garde du corps est retrouvé mort dans le coffre d'une voiture exceptionnelle, le coeur arraché et replacé dans sa cavité, et une constellation dessinée dans le dos. Un homme, Ernesto Cabrera Perez, revendique l'enlèvement, et réclame un interlocuteur précis, Ray Hartmann, un petit sous-fifre new yorkais. De façon très lente et progressive, Perez va raconter toute sa vie à Hartmann. Charge à ce dernier de l'écouter attentivement et jusqu'au bout, alors seulement il indiquera où est détenue la jeune fille.

C'est donc l'Histoire de la Mafia qui sera  déroulée à travers le parcours d'un homme, et de l'incarner ainsi permet d'appréhender son côté "famille", sans se fader des pages et des pages de faits historiques. Pour autant, ce Perez n'emporte jamais toute l'adhésion du lecteur, le ton est volontairement distancié, sans doute pour laisser au lecteur le soin de créer les nuances.

C'est quand même un drôle de bonhomme, qui dans les premiers temps se fait volontiers énigmatique; il parle du chiffre sept (il n'y aurait que 7 histoires vraies au monde, tout ce qui arrive dans la vie est l'une de ces 7 histoires, et figure dans chacune des pièces de Shakespeare) puis du chiffre trois (règle de 3 : on peut survivre 3 minutes sans air, 3 jours sans eau, et 3 semaines sans nourriture). Avec ce genre d'homme, on répond aux questions, on ne les pose pas. Il cite la phrase, selon lui, la plus prononcée par la Mafia : Chi se ne frega (en gros, qu'est-ce que ça peut foutre).

Face à lui, Hartmann passe par plusieurs stades, il faut dire que le contenu du discours est costaud, souvent insupportable, et il a lui-même de gros problèmes personnels à résoudre. D'ailleurs, il ne comprend pas pourquoi Perez l'a choisi, ni même comment il le connaît. Mais comme lui, à la fin de ces révélations (quand même longuettes, je dois dire), on pense : "Malgré les horreurs qu'il raconte, malgré la violence et le sang versé par Perez, il y a quelque chose en lui qui semble commander une certaine dose de respect. L'aversion et la répulsion avaient d'une certaine manière été supplantées par de l'acceptation." (acceptation d'une personnalité, pas des actes !)

Et puis l'épilogue va très vite, tout se précipite, on attendait plus ou moins quelque chose comme ça, sans chercher forcément à dénouer les fils. C'est bon de se laisser porter par une plume. Au final ce roman n'emporte pas autant et est moins intimiste que le merveilleux "Seul le silence", mais se dévore en quelques jours fiévreux.

Les romans de Roger Jon Ellory méritent qu'on se jette dessus !

 

Ed. Sonatine, août 2009, 652 p.

Traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau

Titre original : A Quiet Vendetta

 

"Je comprenais la profondeur de la perte. Je percevais le puits de désespoir dans lequel j'étais tombé, mais la seule chose qui flotte est l'espoir. La foi peut-être. Mais quelle foi, si ce n'est la foi en soi ? Nous pensons tout comprendre, mais c'est faux; et peut-être que si nous comprenions, nous passerions moins de temps à dissimuler aux autres que nous ne sommes pas ce que nous prétendons être. Nous sommes des acteurs, voyez-vous, nous assumons un rôle à l'intention du monde; nous transportons une valise pleine de visages, de mots, de scènes et d'actes différents, de rappels, et nous prions pour que le monde ne voie jamais ce qui se cache derrière le spectacle que nous lui avons concocté."

L'auteur tient un blog (en anglais, of course)

 

Lu également par Amanda.

Merci Solène !