10.01.2011

Le pays de l'absence - Christine Orban

"Je préfère mon agacement au renoncement."

 

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Qu'est-ce qu'elles nous énervent, nos mères. On en bave, on en crève, et puis un jour elles vieillissent, et ne sont plus tout à fait là. Maladie en A, peut-être, ou autre forme d'atteinte neurologique de l'âge, il n'y a pas grand chose à faire, de toute façon, mais le constater, le regarder, le vivre, en avoir honte, ça vous prend là, encore. 

Maman vient passer Noël. Elle quitte le Maroc, l'organisation mise en place, et passe quelques jours chez sa fille... Christine Orban raconte avec une jolie pudeur ces moments si délicats, ce passage où l'on est contraint d'inverser les rôles, avec cette particularité là : les rapports n'ont jamais été harmonieux. Commencé à reculons les yeux fermés et la bouche prête à bailler, "Le pays de l'absence" m'a bluffée, embarquée, remuée, touchée. 

Oui, il y a là par petites touches de la justesse et de la sensibilité, de la tendresse et une pointe d'humour, mais juste celui du désespoir, le poli. 

"La machine à fariquer des névroses est en marche. Cela fait longtemps qu'elle m'alimente la machine, qu'elle me gave comme une oie. Je les ai toutes bien ingurgitées, comme une bonne petite fille, j'en ai rejeté quelques-unes, mais très peu, ne t'en fais pas, j'ai bien tout assimilé; j'ai peur de partir, oui, ne t'en fais pas, celle-là de névrose, tu me l'as bien transmise, je n'aime pas voyager, je me force; tu peux être fière de toi, je reste des heures assise dans mon bureau, je dois capitaliser le nombre d'heure record sans bouger. Je n'aime pas trop la vie réelle, je m'en méfie. J'ai choisi l'écriture comme on choisit un refuge. J'aime la pluie et la neige qui me tiennent bien au chaud à la maison. Je tremble quand j'entends le mot "partir", je tremble devant une valise ou un billet d'avion. Ne t'inquiète pas, j'ai pris le relais.

Je suis tombée dans le piège, tu m'as collé tes phobies, tes trouilles, j'ai combattu comme j'ai peu, j'en ai évincé quelques-unes, digéré d'autres.

Quand je prends une décision trop aventureuse, j'entends ta voix en moi qui m'indique le contraire. J'essaie de te tenir tête, ce n'est pas facile; parfois je renonce, tu triomphes et je reste, je me couche, je pleure. Ta voix est trop forte en moi."

 

Ed. Albin Michel, 169 p.