16.04.2011

Les gens les plus dangereux ne sont pas méfiants, ils sont intéressés.

SORRY

 

NOUS VEILLONS

A VOUS EVITER TOUT EMBARRAS,

FAUX PAS, MALENTENDU,

ERREUR ET LICENCIEMENT.

 

NOUS SAVONS CE QUE VOUS DEVRIEZ DIRE.

NOUS DISONS CE QUE VOUS VOULEZ ENTENDRE.

PROFESSIONNALISME & DISCRETION.

 

thriller,allemagne,ça fonce,certaines scènes très dures,mais très,quoi,

 

Ils sont quatre amis de longue date et créent une agence inédite qui décharge les entreprises de leur culpabilité. Ils se limitent au terrain professionnel uniquement, aucune affaire personnelle. Ça marche tellement bien qu'ils vont attirer la mauvaise personne, et se retrouver dans une situation  inextricable...

Thriller nerveux en huit parties, Sorry innove réellement sur la forme; en mélangeant les narrateurs, les points de vue et les époques, on parvient lentement à une compréhension globale, si on accepte de tâtonner quelques temps dans le noir. Je n'ai pas pu m'empêcher d'être agacée par la systématisation du principe, tout en reconnaissant bien volontiers que ça fonctionne. On dénoue les fils facilement si on est attentifs. L'exploration de la culpabilité est très réussie, quel que soit le personnage. Le rythme en revanche ne m'a pas séduite, asséné sans variations, trop agité pour que je puisse m'immerger réellement. Mitigée, donc, mais bien ferrée quand même.

 

Sorry - Zoran Drvenkar (2009)

Editions Sonatine, 2011, 448 p. 

Traduit de l'allemand par Corinna Gepner

 

Le billet de : Le Capharnaüm éclairé.

02.04.2010

Second roman - Markus Orths

"Un an plus tard, j'étais déjà, comment dit-on ? Heureux ?"orths.jpg

"Martin Grue, anglais, allemand" : ainsi se présente le narrateur en première page. Il prend un nouveau départ dans un lycée, après avoir subi pis que pendre dans sa courte carrière. Un nouvel incident le pousse à quitter définitivement le milieu scolaire, et une annonce à la gare lui apporte la révélation : il va écrire.

"L'écriture fonctionnait toute la journée. Quand je ne dormais pas. Mais comme je dormais longtemps, la rédaction de la satire réaliste Histoires d'école s'étira sur quelques semaines, pour être précis sur cinquante-deux semaines, douze mois en tout, pour ne pas dire un an. A la fin, cela faisait cent pages. Donc 0,274 page par jour. Quand même."

Bingo : publication, ventes honorables, tournée de lectures à travers les pays germaniques. Enivré par ce pourtant très relatif succès, Martin se lance dans l'écriture d'une satire sur ce qu'il vient de vivre, le milieu littéraire : Ecris, machine ! Son agent est catégorique, c'est de la merde, pas question de le publier. Alors Martin se lance dans différentes tentatives d'écrire son "second roman", réputé étape délicate par excellence pour un auteur (d'autant que techniquement ce serait donc le troisième, et que le premier était un récit)...

Markus Orths a un humour bien à lui, qui a fait mouche avec moi. Il lance des petites choses innocentes qu'il ne cesse de reprendre au fil de sa narration (comique de situation, de répétition) et excelle dans les dialogues absurdes. On a une sorte de Candide qui poursuit une logique rafraîchissante, on l'accompagne volontiers. Il échappe à la causticité souvent inhérente à ce type de sujet, c'est bon enfant, et drôle, drôle, drôle !

 

Ed. Liana Levi, 2010, 158 p.

Traduit de l'allemand par Nicole Casanova

Titre original : Hirngespinste

07.02.2009

Gloire - Daniel Kehlmann

"Roman en neuf histoires" nous dit le sous-titre de "Gloire", et il s'agit bien en effet de neuf nouvelles, toutes reliées entre elles, un peu à la kehlmann.jpgmanière de "La chaussure sur le toit" de Vincent Delecroix.

On commence avec un homme qui se résout tardivement à acquérir un téléphone portable : par une erreur technique (dont on entendra parler dans un tableau ultérieur) son numéro se révèle être celui d'un illustre acteur, dont on suivra les déboires plus tard également. Il décide alors d'en jouer quelque peu, tout comme joue l'écrivain renommé qui est au centre de plusieurs nouvelles. Récurrent également est le thème de l'écriture, plus exactement la relation entre un personnage et son créateur, il y a de la rébellion dans l'air et la virtualité des situations répond à une certaine réalité, tout est imbriqué...

Tout simplement passionnant ! On se prend au jeu et tout sonne très juste, on jubile tant c'est parfois extrêmement drôle. "Contribution au débat" est à glousser du début à la fin, et les créations de la langue y sont pour beaucoup (je vous verrais, vous me verrillez" etc.) : une sorte de Jean-Claude Vandamme, qui revient titiller notre écrivain harcelé, formidablement amusant (grand accro d'internet, en passant...).

Il règne en permanence, outre une certaine vision de la gloire ou de la notoriété qui est déclinée de plusieurs façons, quelque chose comme une spirale désenchantée, particulièrement palpable dans "L'est"(très kafkaïen), sans jamais se départir d'un petit côté absurde franchement réjouissant.

A découvrir, vraiment !

 

Ed. Actes Sud, Février 2009, 175 p., 18 €

Traduit de l'allemand par Juliette Aubert

Titre original : Ruhm

(Illustration de couverture : John Currin (Gagosian Gallery) : j'aime beaucoup)