16.11.2008

Sauve... Qui peut ! Sophie Laroche

laroche.jpgQue nous réservent les cerveaux étranges de ceux qui créent les émissions de télé-réalité ? L'un d'entre eux a mis au point un mélange de toutes celles existantes mais... Pour des enfants.

Ils sont cent à avoir été sélectionnés dans tous les pays francophones, et il n'en restera qu'un, qui sera déclaré "héros du futur". Dans l'avion qui les emmène sur la petite île théâtre (et c'est le bon mot !) de leurs opérations, ça commence très fort : ils doivent, sans aucune préparation, sauter en parachute. Ensuite, ils doivent passer des épreuves d'agilité, de force, de courage et de sang-froid en respectant le règlement, parmi les plus sévères. Pas le droit de dire de gros mots, d'évoquer le nom des candidats éliminés, de crier ou pleurer lors des épreuves, enfin toute blessure est éliminatoire.

Manipulés, dressés les uns contre les autres, les enfants vont découvrir qu'à la télé tout est faux, et que les vraies valeurs demeurent éternelles...

Un chouette petit roman pour les 8-12 ans qui a fait la joie de mon loustic (12 ans). Il trouve que la fin était prévisible, pas moi, mais nous nous accordons sur le plaisir que nous a procuré cette lecture, que nous avons abondamment commentée en cours; tu l'aurais faite toi, cette épreuve ? (moi, aucune, lui toutes, à l'entendre !) Et tu aimes bien cette façon qu'a l'auteur de s'adresser directement au lecteur ? (Il adore). D'ailleurs ce roman est entré directement dans son top 10, il l'a déjà relu 2 fois...

C'est vivant, joyeux, effrayant parfois, bien foutu, et on recommande :-D

 

Ed. [Mic_Mac], 2008, 166 p., 9,50 €

 

05.11.2008

Le Carnet de Grauku - Sophie Laroche

Manon est une adolescente potelée, rondelette, elle a quelques bons kilos en trop sans être réellement obèse. Un jour, à la piscine, des pestes luigrauku.jpg font un affront cinglant : profitant du glissement de sa serviette de bain dans la cabine, elles prennent son cul en photo avec un téléphone portable et le font circuler. Mortifiée, blessée, ulcérée, Manon débute alors un blog, le blog de Grauku, son double maléfique, dans lequel elle use de sa plume experte pour détailler son combat, contre le chocolat dans un premier temps. Se noue alors une relation virtuelle avec Kilodrame, un pseudo mystérieux qui va réellement l'aider. Progressivement, Grauku disparaît mais Manon prend-elle le pouvoir ?...

Un roman formidable qui n'a pas peur d'appeler un chat un chat, qui nous prend dans ses mots pour ne pas nous relâcher avant la dernière page. Beaucoup d'humour, de distance, d'ironie, aucun pathos, malgré les sujets graves évoqués. Manon est très attachante et on ne peut s'empêcher de l'admirer. A partir de 15 ans nous dit l'éditeur, 12-13 ans à mon avis, jusqu'à pas d'âge pour vivre de l'intérieur la perte de poids et ses conséquences. La plume de Sophie Laroche est une vraie découverte, à suivre...

Ed. [MiC_MaC], 2008, 244 p., 12,50 €

07.09.2008

Pascale Quiviger - La maison des temps rompus

Fais attention aux gens qui ont l'air de ne pas avoir de vie

quiviger.jpg


Pascale Quiviger - La maison des temps rompus




ENORME coup de coeur pour ce roman !

Il est de ceux qui terminent hérissés de cornes entre mes mains, je voudrais recopier des tonnes d'extraits pour vous montrer à quel point il est protéiforme, intrigant, touchant, poétique et génial, tout simplement génial !

Le début du roman est trompeur, la narratrice le dit elle-même, elle commence par la fin, et les toutes premières pages sont obscures et peuvent laisser craindre pour la suite. Et puis un élément inquiétant vient river l'intérêt, et commencent alors les histoires dans l'histoire, de digression en digression on avance pourtant à la vitesse de l'éclair, et l'épilogue bloque la respiration, touché-coulé.

Il est préférable, je crois, d'ignorer dans quoi vous entrez, d'accueillir ce texte magnifique en le découvrant par vous-même. Le contexte, cependant, est une histoire de femmes, de sentiments entre les femmes, d'imagination et de maternité.

Une femme achète une maison en bord de mer, pour y murer (ou soigner ?) sa solitude. Chaque nuit, elle est réveillée à 3 h piles, terrifiée, par le fantôme d'une petite fille. Son nom et son histoire nous seront révélés à l'extrême fin du roman. Jusque là, on se promène dans plusieurs générations, des mères avec leur fille, des familles inventées et baroques, des maisons qui n'existent pas et une puissance d'écriture qui submerge absolument tout sur son passage.

La lettre d'adieu de Gisèle, par exemple, est bouleversante du premier au dernier mot, et d'une justesse terrifiante. On la lit, la relit et la grave pour toujours dans sa tête.

Des phrases, aussi, m'enchantent :

"Parmi les gens qui nous entourent, il y a des personnes dotées d'une fluidité particulière. Les événènements de leur vie n'ont souvent rien à voir avec leur capacité de bonheur."

"Je veux vous parler du destin des jumeaux de Juliet tel qu'a su le comprendre l'amiral Maurice Drake Anderson, un homme de valeur dont le métier consiste à patrouiller, patriote, les relents d'algues de l'Empire britannique. Dans un recoin caché de son être, en vérité, il sert une autre souveraine, une reine exigeante et cruelle, au charme inégalé : la mer. Cette fidélité aux insondables profondeurs fait de lui un témoin idéal du destin de Jonas et Johann, que d'autres, dans les mêmes circonstances, n'auraient pas su déchiffrer."

"C'est la vie, répétait souvent Aurore : pieds nus à perdre haleine le long des causes perdues."


Ed. Panama, Août 2008, 192 p., 18,50

 

Les avis de : Joëlle, Clarabel, Cathulu,  mais Laure a abandonné à la 50° page !!

 

27.11.2006

Le "Nada" d'Hemingway

Javier CercasA la vitesse de la lumière

Actes Sud, 2006

 

Alors qu’il vient de terminer ses études, le narrateur vit dans un petit appartement de Barcelone avec Marcos, son ami qui veut être peintre. Lui, c’est écrivain qu’il veut être. Alors partir enseigner aux USA est une opportunité qui ne se refuse pas, riche d’expérience subodore-t-il. C’est ainsi qu’il part passer deux ans dans une petite ville du Middle West américain, à la fin des années 80. Il y rencontre Rodney, personnage étrange, psychologiquement détruit par la guerre du Vietnam, féru de littérature, qui l’influence pour le reste de sa vie.
Dix-sept ans s’écoulent.
Le narrateur s’est marié, a eu un fils, a écrit plusieurs romans et est sur le chemin de la célébrité. C’est à ce moment que Rodney ressurgit...

C’est un admirable roman qui porte à bras-le-corps plusieurs thèmes forts et exigeants : la guerre du Vietnam, pendant, après, l’amour filial, l’amitié, la célébrité, la littérature, la culpabilité, la vie, la mort. Le tout inséré avec brio dans une narration fluide et facile, tellement aisée qu’on en oublierait presque la profondeur du propos.

Au fil des pages, on note frénétiquement des passages d’une résonnance presque insupportable de vérité, on revient sur ses pas, on repart, on veut savoir la suite et en même temps on veut digérer tranquillement ce qu’on vient de lire, on veut réfléchir, faire notre propre trajet à la vitesse de la lumière et devancer le narrateur, mais c’est peine perdue. Il nous attendait, il a le dernier mot, « Il finit comme ça. »

 

Traduction (Espagne) d’Elisabeth Beyer et Aleksandar Grujicic
286 p.

L'avis de Papillon et celui de Cathe


14.04.2006

Je m'entiche de Mulisch

Harry MULISCH - La découverte du ciel
Gallimard, 1999

 

On rapproche parfois Harry Mulisch de Thomas Mann, et j'avoue que ce n'était pas pour me donner envie au départ, mais finalement je vais peut-être me lancer dans La montagne magique un de ces jours....

Il existe bel et bien un Chef, dans le ciel. Il veut récupérer le contrat qu’il avait signé avec Moïse, en gravant de son doigt les tables de la Loi, avant le début du 21° siècle. Charge à un de ses anges de faire naître la personne capable de s’acquitter de cette mission, en 4 générations maximum.

Mais pour créer un tel être, il y a des conditions à réunir, son hérédité à considérer soigneusement, et c’est avec Max et Onno que nous faisons très vite connaissance.

Ils se rencontrent en 1967, ils ont tous deux 33 ans, et dès leur premier contact s’établit entre les deux hommes une fraternité totale : ils se jaugent et se reconnaissent au-delà des mots. Malgré leurs nombreuses différences, ou grâce à elles, ils vont vivre une amitié intense et magique, chacun intégrant complètement la personnalité toute entière de l’autre, jusqu’à pouvoir anticiper leurs réactions mutuelles. Viendra s’ajouter Ada, mère du missionnaire.

Et c’est 19 années foisonnantes en tout genre que nous allons vivre avec eux…

C’est mission impossible de tenter d’en raconter plus ou de seulement évoquer en quelques mots toute la richesse de ce roman. Il est foisonnant de milliers de choses, et bien que l’ayant lu très attentivement, je suis passée à côté de bien des aspects.

Très vite, on est séduits et subjugués par les personnages, dès lors, totalement captifs, on ne peut que se laisser couler dans leur histoire, notant au passage le réseau de coïncidences qui se renvoient en permanence les unes aux autres.

L’intrigue est riche, basée sur l’amitié de ces deux hommes, elle ne manque pas d’humour, et sait alterner les passages plus lents avec de véritables énigmes haletantes. Il y règne aussi une amoralité assez permanente qui fait partie intégrante de son pouvoir de fascination.

Et puis, bien sûr, il y a les innombrables points d’histoire, de science, de religion et de philosophie qui sont évoqués ou développés tout au long de ces 683 pages. Certains sont totalement fantaisistes ou trop nébuleux pour des néophytes, d’autres très accessibles, mais aucun n’est rebutant.

Le tout pourrait se résumer par la théorie de Protagoras : L’Homme est la mesure de chaque chose. Harry Mulisch doit être particulièrement grand…

Traduit du Néerlandais par Isabelle Rosselin
Avec la participation de Philippe Noble
683 p.