17.03.2010
Maître de soi - Emmanuel Pierrat
"Maître de soi", récit, est un ensemble hétéroclite de petites et grandes réflexions autour du métier d'avocat, tel que le conçoit
Emmanuel Pierrat. Même s'il lui arrive d'exercer son métier dans des domaines très différents, il est spécialisé dans les droits d'auteur, et s'intéresse vivement au monde de l'art. Il conseille nombre d'éditeurs, de producteurs, il chronique dans Livres Hebdo ou dans Caractères, signe romans et essais, est directeur littéraire d'une petite structure d'édition, siège au comité de lecture de quelques grandes, occupe un poste d'élu à Saint-Germain-des-Près, et tout n'est pas dit. Il avait d'ailleurs raconté dans "Troublé de l'éveil" comment il faisait pour être aussi actif. Je ne l'ai pas lu, mais je suppose que le secret tient au sommeil réduit à sa portion congrue. Et j'ai de la sympathie pour les hyperactifs dans son genre, j'aime les passionnés, les gens qui exagèrent, les "trop".
J'ai apprécié la promenade ici offerte, ces courts chapitres traitant chacun d'un sujet précis, avec quelques anecdotes, quelques bons mots, quelques réflexions, j'ai appris quelques petites et grandes choses et j'ai souvent souri. Je goûte moins la plume qui m'a semblé s'écouter écrire çà et là ("[...] et non à m'assaillir dans l'antre où je me délecte de mes collections de livres et d'art tribal."), et j'ai eu parfois le sentiment d'une certaine suffisance.
Dans le chapitre "Plagiés et plagiaires", très intéressant par ailleurs, il a cette phrase définitive qui m'amuse : "Il faut toujours garder à l'esprit la formule de Gracq selon laquelle, à partir de dix mille exemplaires d'un livre vendus, ce n'est plus un succès, mais un malentendu. Malentendu qui repose en l'occurrence sur l'aspect fédérateur de ces oeuvres qui ne sont qu'un catalogue de lieux communs." C'est un raisonnement un peu rapide à mon goût, mais il le décline longuement.
Je suis par contre tout à fait d'accord avec un autre point; dans le chapitre "Au courrier", il explique avoir un jour reçu une correspondance très aimable, à la syntaxe irréprochable, qui requiert son intervention dans un procès et est accompagnée d'une revue révisionniste. Voici ce qu'il en dit :
"Surtout, dis-je à mon assistante, il ne faut pas répondre, ne serait-ce que pour dire non. La lettre sera, au mieux, suivie d'un plaidoyer sans fin, me plaçant face à mes contradictions et, à coup sûr, sera recensée dans la prochaine livraison du périodique pour illuminés, sous la rubrique "Me Emmanuel Pierrat nous a écrit", laissant supposer un soutien même implicite."
Excellent conseil que j'applique souvent.
Ed. Fayard, 2010, 243 p.
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27.06.2008
Assassine, baiseuse, coquette, effrontée, majestueuse, galante, enjouée, discrète ou receleuse.*
Guy Breton - Les sourires de l'HistoireQuelques anecdotes historiques frappantes, curieuses, amusantes, à la sauce Breton, ça ne se refuse pas !
Ouvrir ce recueil de petits textes c'est s'exposer à le dévorer dans l'heure, et forcément à être moins intéressé par certains côtés. Par exemple la partie consacrée au marquis de Montespan n'a pas le relief que lui a donné Jean Teulé, et souvent les dialogues pêchent par excès de simplification.
Mais j'ai été passionnée par le chapitre consacré à la beauté féminine à travers l'Histoire (Si le nez de Cléopâtre...), et je suis charmée par l'espièglerie saupoudrée ici ou là.
"Au XVIII° siècle, les femmes eurent brusquement en horreur ce qu'elles appelaient des "lentilles", c'est-à-dire des taches de rousseur. Et, pour les faire disparaître, elles se frottaient le visage avec des compresses trempées dans une liqueur dont voici la recette :
"Ecrasez une vipère dans 2 pintes de lait, ajoutez-y 4 onces de vitriol et distillez."
Avec cette liqueur, nous dit-on, les taches partaient immédiatement. La peau aussi, d'ailleurs."
Et puis c'est un vrai plaisir de découvrir, entre autres et pêle-mêle, l'origine de l'expression "découvrir le pot au rose" (la révolution cosmétique au XVIII° siècle), les farces de Prosper Mérimée, que la plupart des mots célèbres sont faux, avec explications de leurs origines, la crédulité de Madame d'Urfé , ou encore à partir de quand et comment nous avons utilisé la fourchette.
Enfin c'est avec les sourires de l'auteur que je me suis franchement bidonnée, et particulièrement avec "Saint-Médard et les Chaldéens, ou le virus de l'astrologie" : 1935 en Indre-et-Loire, ou comment la parole est déformée et la crédulité savoureuse.
Sympathique en diable !
Ed. Anne Carrière, 2008, 236 p., 17 €
* Mais de quoi est-ce que je parle donc ? Une idée ? :-D
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