22.02.2012

Il y a quelque chose d'anormal chez toute personne qui commet un meurtre. Laissez de côté la psychologie. Tenez-vous en à la loi.

Elle est belle à se damner, il est attentif et prévenant. Elle est pas mal idiote, il ne cesse de réfléchir. Il ne fallait rien commencer, ils sont tous deux mariés et parents. Trop tard. Rapidement, ils en arrivent à "éliminer" (salement) le mari de la belle. Ils sont arrêtés, jugés, exécutés.

1927, Ruth Snyder et Judd Gray. Une "histoire vraie", dont se sont inspirées bien des adaptations, littéraires ou cinématographiques ("Le facteur sonne toujours deux fois") et que Ron Hansen reprend ici à la manière d'un Truman Capote.

Se basant sur les faits, dates, déclarations des uns et des autres, il parvient à rendre tout ça absolument vivant et prenant et haletant et suffoquant et horrible, mon dieu, tout ceci est affreux et n'a pas de sens. Il est glissé que peut-être (peut-être !) l'apparente incohérence de Ruth a quelque chose à voir avec la maladie thyroïdienne dont elle souffrait sans que le médecin en reconnaisse les symptômes, que personne n'est jamais tout blanc ou tout noir, que la mort par décharges électriques (non maitrisées !) est un truc de malade que PERSONNE n'aurait jamais dû avoir à subir.

Un bon roman qui happe dès les premières pages.

Un des temps forts ? Les propos de Judd, lorsqu'il se rend compte du vortex qui est train de l'aspirer :

"Je suis habité par deux êtres différents, Ruth. L'un s'efforce d'avoir une vie normale, mais il en est complètement incapable, tandis que l'autre aspire au bizarre, à l'interdit et exerce un ascendant grandissant sur moi. Je suis une épave. Je cherche ma veste partout, puis je m'aperçois que je l'ai sur le dos. J'ouvre les robinets de la baignoire, puis j'oublie et j'inonde par terre. J'ai l'impression d'être dans le coma. Hier, Isabel et Jane sont venues m'accueillir à la gare et j'étais tellement dans le brouillard que je suis passé à côté d'elles sans les reconnaître.

Ruth s'esclaffa.

- Mais ce n'est pas drôle du tout pour moi, Ruth ! Nous nous connaissons depuis un an et demi seulement et, sous tous rapports, je suis pris dans ce que les pilotes de biplan appellent une "vrille mortelle". Mais pour rien au monde je ne souhaiterais en sortir. Tu es une énorme aberration...

- Merci bien.

- Oh, je ne l'entendais pas ainsi, ma chérie. Je veux dire que tu es l'objet de tout ce que je fais. L'origine de tout ce que je suis. Est-ce que je fais sens ?

Ruth prit les mains de Judd dans les siennes.

- Seulement si tu l'entendais comme un compliment.

- Honnêtement, ce n'est pas de la flatterie. C'est presque de la théologie."

 

(L'humour n'est pas absent de ces pages, aussi incongru que cela puisse sembler : 

"Trois des aliénistes prirent des notes, tandis que le Dr Thomas Cusack relançait :

- Mais qu'est-ce qui vous intéresse ou vous excite chez le sexe opposé ?

Judd détourna le regard et garda le silence, ruminant si longtemps la question que les médecins eurent des doutes sur sa sincérité quand il finit par lâcher :

- Je ne suis pas tant attiré chez les femmes par leur beauté ou leurs simples appas que par leur élégance et leur intelligence.

L'un des médecins nota sur son bloc : "Efféminé ?" Et un autre, en dessous : "Menteur".")

 

la séduction est affaire d'attentions discrètes,assez voilées pour ne pas effaroucher,mais assez apparentes pour être perçues.,(Laurence Sterne),.,"Une irrépressible et coupable passion" - Ron Hansen

Buchet-Chastel 2012, 347 pages

Traduit de l'américain par Vincent Hugon

Titre original : A wilde Surge of Guilty Passion

 

Merci Clara ! Son avis, ...