08.02.2012

Dans le coeur humain il y a des cordes qu'il est préférable de ne pas faire vibrer

"Charles Dickens" de Jean-Pierre Ohl, Folio, 2011, 277 pages, est une bonne biographie. 

effrayée,sa belle-soeur lui demande s'il veut s'étendre.,"oui,répondit-il,par terre."ce sont ses derniers mots,bien ternes pour un homme,qui en avait écrit et prononcé tant de mémorables.,

Jean-Pierre Ohl, en narrant les éléments principaux de la vie de Dickens, établit des passerelles avec les précédents travaux de ses biographes, donne son avis personnel sur plusieurs éléments et nous livre une vision résolument contemporaine de l'oeuvre de ce génie absolu. Pour autant, elle n'est ni exhaustive (certains aspects sont occultés, comme le Dickens lecteur, qui pour ses différentes revues passait au crible les manuscrits qui lui étaient soumis, et se montrait souvent véritablement encourageant pour les jeunes auteurs) ni exaltée (il apparaît même comme peu sympathique, je pense notamment à sa relation avec sa femme, décrite comme déficiente dès le début, ou son rôle de père, minimalisé). Ces 277 pages se lisent malgré tout comme un roman, et remplissent leur office : elles donnent envie de (re)lire Dickens.

Pickwick : "Sa logeuse, Mrs. Bardell, manoeuvrée par les odieux avocats Dodson et Fogg, vient d'intenter contre lui une action pour "rupture de promesse de mariage". Le récit du procès qui en découle fait hurler de rire des milliers de Britanniques. Au titre de "preuve accablante", l'avocat général cite une lettre de Pickwick adressée à la plaignante :

"Restaurant Garraway, midi. Chère Madame B., Côtelette à la sauce tomate. Bien à vous, PICKWICK." Messieurs, que signifient ces mots ? Côtelettes à la sauce tomate ! Bien à vous, Pickwick ! Côtelettes ! Juste ciel ! A la sauce tomate ! Messieurs, a-t-on le droit de jouer avec le bonheur d'une femme sensible et confiante, par des artifices aussi transparents ?"

Je suis en plein accord avec ceci : "Aujourd'hui encore, Oliver Twist demeure le roman le plus connu et le plus lu de Dickens, illustré par de nombreux films, dessins animés, bandes dessinées, albums et versions abrégées pour la jeunesse. A certains égards, cette popularité est presque regrettable car elle éclipse, hors du monde anglo-saxon en tout cas, le reste de son oeuvre. Or le livre n'a ni le génie comique de Pickwick, ni la finesse psychologique de Copperfield ou des Grandes Espérances, ni la profondeur des grands romans sociaux tels que La Maison d'Apre-Vent ou La Petite Dorritt."

Sans parler de cela : "Si l'humour de Dickens nous touche encore, alors que celui de beaucoup de ses contemporains a fait long feu, c'est qu'il entre en résonance avec les préoccupations éternelles, métaphysiques, de l'être humain, un peu comme le tintement d'une clochette déclencherait la note profonde et grave d'un énorme bourdon. Et en ce sens, Dickens peut être considéré comme le précurseur du rire moderne, angoissant et désespéré, celui de Kafka, de Canetti, de Beckett, de Gombrowicz."

(Et j'ai réalisé que je n'avais pas encore lu Barnabé Rudge ! Mais que fais-je donc ?)

Les avis de : Karine, Titine, Paul Maugendre, Lou, ...