21.08.2009
La Peine du Menuisier - Marie Le Gall
C'est peu dire que la petite Marie-Yvonne n'a pas été désirée. Sa mère avait déjà 42 ans, son père la cinquantaine, ils avaient Jeanne, 19 ans,
folle, c'était les années 1950, le père était Menuisier (toujours une majuscule à ce mot, partout), on vivait petitement et dans le silence. Désirée ou pas, Marie-Yvonne s'est accrochée, et a passé son enfance au milieu d'une famille mutique. On est taiseux dans le finistère, certes, mais là on battait des records. Une grande soeur folle qui se mettait à hurler très fort inexplicablement, une mère (logiquement) sourde, un père absent ou complètement silencieux, et pire, intouchable (au sens premier du terme, aucun contact), aux murs, partout, des photos de morts, et le Penn-ti (cabanon de vacances) au bord du cimetière. La famille a eu son lot de disparus, à tout âge et en toutes circonstances. Et la petite est élevée au milieu de tout ça. Devenue adulte, elle raconte...
C'est un roman bouleversant qui est également d'une tristesse compacte. C'est la peinture d'une époque et d'un endroit (la Bretagne), et avant tout la terrible blessure que représente une relation qui ne parvient pas à se créer, jamais, entre un père et sa fille.
On souffre en lisant ce roman, parce qu'au détour d'une page résonnent une situation ou des mots que chacun a pu connaître (et ça peut être gai, parfois, comme la ronde du fermier dans son pré...). J'appréhendais énormément le moment de la mort du père, j'avais raison, la plume d'une pudeur sèche déchire le coeur. Beau et dramatique.
Ed. Phébus, août 2009, 279 p.
L'avis de Cathulu.
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, bouleversant, père-fille, la bretagne dans les années 1950-1960, mais vraiment très triste quand même
28.02.2009
L'histoire d'un mariage - Andrew Sean Greer
San Fransisco dans les années 1950, un gentil petit couple, Pearlie et Holland Cook. Elevée à la dure, Pearlie ne se croit pas belle, tandis qu'Holland rayonne de grâce. Le lien qui les unit est très particulier, c'est un amour d'enfance, qui a subi la guerre, les choses sont établies une fois pour toute dans l'esprit de Pearlie. Elle se consacre toute à ce mari si beau et si fragile, a pris l'injonction d'une de ses tantes au pied de la lettre, son coeur est fragile. Alors la sonnette chez eux roucoule et ne sonne pas, le chien est d'une race muette, les journaux sont dépouillés par ses soins de toute mauvaise nouvelle. Une maison de silence et de calme, que ne trouble pas Sonny, leur fils, tout tranquille avec ses jambes attaquées par la polio. Une visite va faire exploser cette relative sérénité...
Une habile construction pour ce roman qui nous délivre ses révélations avec la force d'une claque : page 61, d'abord, notre vision du couple est déjà tourneboulée (pour autant on pouvait le pressentir à travers le récit); page 72, ensuite, tout à coup on comprend mieux; page 97, enfin, la coupe est pleine, et nous avons toutes les données du problème.
Nous assistons alors à l'évolution d'une femme dans sa réflexion intense, à l'histoire d'un mariage dans ce qu'il a de plus intime, à la confrontation d'une époque avec des personnages vaillants qui tentent de rester debout...
"Amérique, tu administres une mort exquise" nous dit Pearlie quand elle analyse tout ce qu'elle apprend de la guerre. C'est bouleversant, surprenant, le lecteur est rivé aux pages qui lui distillent une douleur sourde. C'est ample et ambitieux. A lire.
Ed. de l'Olivier, 2009, 273 p.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Suzanne V. Mayoux
Titre original : The Story of a Marriage
Clarabel a aimé, Chronicart massacre le tout (et en dit trop, attention !).
06:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : usa, années 50, héroïne à forte personnalité, bouleversant, surprenant

