25.07.2008
Pour un feulement de chat
Patricia Wentworth - La plume du corbeau

Une sombre histoire de lettres anonymes nécessite les lumières de Miss Silver. Bientôt, trois meurtres sont commis, les victimes ayant toutes en commun d'avoir claironné connaître l'identité du corbeau malfaisant...
A mon sens, ce qui se dégage le plus fortement des enquêtes de Miss Maud Silver est un sentiment de quiétude. C'est pourtant paradoxal, car c'est bien l'étendue de la noirceur humaine qui en assure le fond. Alors qu'a-t-elle de si particulier pour qu'on se sente tellement sereins en sa compagnie ?
Elle porte des chapeaux. Un pour tous les jours, un feutre noir orné d'un noeud de rubans violets, et un pour le dimanche, dont elle vient justement ici de faire l'acquisition, et que sa nièce Ethel Burkett estime de forme est très seyante. Il est pour l'heure soigneusement rangé, enroulé dans du papier de soie en compagnie d'une paire de gants de chevreau neufs et d'un foulard de soie gris et lavande. Lorsqu'elle l'étrenne, avec son manteau de drap noir, on constate qu'il s'agit d'une sorte de toque en velours noir, contre la forme de laquelle se serrent frileusement trois pompons, un noir, un gris et un bleu lavande. "Tout à fait charmants, ces petits machins sur le côté" estime Randal March.
Pour la nuit, elle brosse et natte ses cheveux puis les enserre dans un filet plus solide que celui qu'elle utilise dans la journée. Elle a aussi pour habitude immuable de lire un verset de la Bible avant d'éteindre la lumière et de disposer à dormir. Son peignoir bleu est agrémenté d'une bordure en dentelle faite à la main qui a déjà connu ses deux précédents peignoirs.
Mais, nous apprend-elle un peu plus tard :
"Si Miss Silver, pour sa part, avait une mise délicieusement surannée, c'était d'abord parce que cela lui convenait parfaitement, et ensuite parce qu'elle s'était aperçue que ce personnage de gouvernante d'un autre temps était un précieux atout dans la profession qu'elle avait fait sienne. Le fait d'être considérée comme quantité négligeable peut être le meilleur moyen de recueillir le genre de renseignements que les gens ne fournissent qu'une fois leur vigilance endormie."
Et ça fonctionne impeccablement, elle attire toutes les confidences, mémorise chaque plus infime détail, et contrairement à ses collègues anglaises et américaines, est avare de paroles et use avec discernement du toussotement pour manifester sa désapprobation.
Quand on a terminé une de ses enquêtes, on a juste envie d'en commencer une autre ! :)
Ed. Seghers 1908 & 10-18, Collection Grands Détectives, 1992 & 2007, 346 p., 7,40 €
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Poison in the pen
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : policiers, britannique, enquête
13.07.2008
Faire la grasse matinée un dimanche était une chose, mais jusqu'à dix heures bien sonnées, cela dépassait quand même la mesure.

Patricia Wentworth - Miss Silver entre en scène
En 1930 naissait Miss Marple, sous la plume d'Agatha Christie. Mais deux ans plus tôt s'activaient déjà les neurones (et les aiguilles à tricoter) de Miss Maud Silver. Ancienne gouvernante, calme et tranquille et grande observatrice de la nature humaine, elle pourrait en effet être sa grande soeur, mais sa modestie naturelle et sa sereine confiance en ses capacités repoussent toute jalousie. Miss Silver n'a pas besoin de tapage médiatique, elle mène sa trentaine d'enquêtes au rythme de l'heure du thé, ponctuée de quelques toussotements diplomatiques.
Or donc, Miss Silver vient rendre visite à une amie d'enfance, dans le petit village de Lenton. Un homme est assassiné, et les suspects sont nombreux : est-ce Rietta, que tout semble accuser ? Son neveu Carr, qui était fou furieux contre la victime ? Catherine Welby, que l'on sait avoir espionné dans l'ombre ? Le fils des domestiques, à la réputation difficile ? Nos soupçons se posent tour à tour sur chacun d'eux, avant que paisiblement Miss Silver ne nous explique que deux plus plus ont toujours fait quatre...
L'univers de Patricia Wentworth a passé LE test ultime haut la main : je l'ai lu dans des conditions extrêmes, au péril de ma vie, chez Girafou des heures durant. Oui, Madame, oui, Monsieur, un niveau de décibels à faire passer la fanfare du 14 Juillet pour un concerto pour fourmis, des cris, des bousculades, une sauvage agression envers la prunelle de mes yeux (un coup de pied par inadvertance, 879 points de suture. Une bosse, quoi, sur la tempe. car les trampolines font tomber, parfois !), des gaufres au Nutella et du thé aux fruits rouges, rien de tout ceci n'a plus eu de consistance à partir du moment où j'ai ouvert ce roman.
J'ai procédé mathématiquement (ah ah), listé les coupables possibles et leurs motivations, été sûre de moi et trouvé ça trop facile, et me suis retrouvée dans l'erreur, bien évidemment !
L'énigme policière dans toute sa splendeur, pacifique et ordonnée, polie et so British. Si Agatha était votre amie à l'adolescence, Patricia agrémentera vos après-midi d'été à la perfection, avec un nuage de lait.
My pleasure.
Ed. originale 1951, Seghers 1979 & 10-18 Collection Grands Détectives 1992 & 2005, 7,40 €, 380 p.
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Miss Silver Comes To Stay
Merci à Marie-Emilie qui m'a fait découvrir Miss Silver !
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (25) | Tags : policiers, britannique, enquête