28.04.2011
Comme tout vrai héros, il s'intéresse aux autres
Je ne sais pas ce qu'avait Valérie Zenatti en tête en écrivant cette figure libre, ce que signifie réellement ce conte-confession-souvenir, autour d'Aharon Appelfeld (dont elle est la traductrice), mais je sais ce que j'y ai vu, en me trompant peut-être. Peu importe, parce qu'en la lisant, j'ai cru voir offert ce moment précis d'une épiphanie.
Cette rencontre entre des mots et quelqu'un qui les lit, qui les accueille au plus profond d'elle et les fait alors seulement prendre sens, son propre sens, intime, des mots qui lui disent qui elle est et qui l'aident à porter son seau dans la nuit; des mots aussi qui n'existent que pour ça, faute de quoi ils s'éteindraient.
Je ne suis pas claire, mais si vous lisez "Mensonges", 92 pages chez L'Olivier (2011) de Valérie Zenatti, vous comprendrez.
Ou vous y verrez autre chose. Comment on peut être à la fois une jeune femme épanouie dans son époque et un vieux monsieur qui se souvient, comment l'hébreu peut frustrer avant de libérer, comment les mots peuvent mentir aussi (Arbeit macht frei).
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26.06.2009
Une dispute dickensienne
Il faut savoir que M. Pickwick est convié avec ses amis à un déjeuner en travesti, mais qu'il a horreur des déguisements. S'en suit alors une dispute d'autant plus fameuse que M. Tupman est un très bon ami, et membre éminent de son club (avec en plus une relation de disciple à président de club). Imaginez une telle scène de nos jours, le langage serait tout de suite beaucoup moins classe...
"- Moi, j'irai en brigand, dit M. Tupman, l'interrompant.
- Quoi ! dit M. Pickwick, avec un brusque sursaut.
- En brigand, répéta M. Tupman, d'une voix faible.
- Vous ne voulez pas dire, déclara M. Pickwick, en regardant son ami avec une sévérité majestueuse, vous ne voulez pas dire, M. Tupman, que vous avez l'intention d'endosser une jaquette de velours vert, avec une queue longue de deux pouces ?
- Telle est en effet mon intention, Monsieur, répondit M. Tupman en s'échauffant. Et pourquoi pas, Monsieur ?
- Parce que, Monsieur, dit M. Pickwick en proie à une vive agitation, parce que vous êtes trop vieux, Monsieur.
- Trop vieux ! s'écria M. Tupman.
- Et s'il vous faut encore une autre objection, poursuivit M. Pickwick, vous êtes trop gros, Monsieur.
- Monsieur, dit M. Tupman, dont le visage fut envahi d'une lueur écarlate, vous m'insultez !
- Monsieur, répliqua M. Pickwick sur le même ton, mes propos ne vous insultent pas moitié autant que vous ne m'insulteriez si vous paraissiez en ma présence vêtu d'une jaquette de velours vert avec une queue longue de deux pouces.
- Monsieur, dit M. Tupman, vous êtes un individu.
- Monsieur, dit M. Pickwick, vous en êtes un autre !"
(Les papiers posthumes du Piwkwick club, Bibilothèque de la pléiade, traduction par Sylvère Monod)
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C'est un brave homme, ce M. Pickwick. Plus on avance dans les chapitres, et plus l'on se rend compte qu'il est vif à s'emballer pour tout et rien, à monter sur ses grands chevaux, mais on le désamorce avec une facilité déconcertante : il suffit que quelqu'un sourie et hop, c'est contagieux, il revient à de meilleures dispositions. Une excellente nature, comme il devrait en exister un peu plus ! :)
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