09.12.2011
Une sexualité mal refoulée perturbe certaines familles; bien refoulée, elle perturbe le monde. (Karl Kraus)
"N'est-ce pas un peu tiré par les cheveux ? ne pus-je m'empêcher de demander."
L'héroïne pose la question page 494, le lecteur bien avant ça, il faut le reconnaître. Pourtant, ce premier roman d'une psychologue canadienne ne manque ni de charme ni d'intérêt, il pêche simplement, à mon sens, dans ses dialogues, son rythme et la résolution de son intrigue. Ça semble beaucoup, mais je n'en suis pas à une contradiction près, car au final j'ai beaucoup aimé.
Kate vient de passer neuf ans en prison pour le meurtre de son mari, temps qu'elle a mis à profit pour devenir une spécialiste de Freud. Son psy lui offre une liberté conditionnelle, en échange d'une enquête sur le directeur de l'Institut freudien, qui semble avoir des révélations à faire sur les travaux du maître. Elle doit faire équipe avec Jackie, un détective privé super atypique. Tous les deux sont complètement ravagés psychologiquement, ne font confiance à personne, et vont être confrontés à une hécatombe de meurtres...
J'ai aimé dès l'avant-propos, la "note au lecteur", lorsque l'auteur nous dit : "Chaque jour m'apporte une meilleure perception des épreuves subies par les génies qui, naviguant à contre-courant dans une société hostile à leurs idées, conçoivent des théories proposant une explication des motivations de l'être humain."
Et des théories, on en brasse quelques-unes au cours de ce roman. J'ai corné un nombre invraisemblable de pages, j'ai bu du petit-lait avec des considérations souvent pleines d'humour et la plupart du temps très justes (et provocatrices), qui relèguent l'intrigue au second plan, tant on a du plaisir à retrouver ce propos qui décortique tout.
Exemples :
"En fait, Konzak n'a jamais compris la psychanalyse, qui s'intéresse à la façon dont on équilibre ses besoins inconscients ou dont on apprend à les accepter, non aux contretemps ou humiliations de la vie quotidienne. Bien sûr, la vie quotidienne a son lot d'atrocités qu'il ne faut pas négliger; ce n'est cependant pas la fonction de la psychanalyse. Konzak ne se trompe pas, il ne ment pas, il attend de la psychanalyse quelque chose qu'elle n'a pas été conçue pour donner. Le bonheur n'a jamais intéressé Freud, pour qui l'analyse aidait un être à passer d'un état de souffrance particulière à celui d'une souffrance banale. Il a discerné dans la nature humaine des instincts ou pulsions animales refoulés par un maître impitoyable, le surmoi. En psychanalyse, le combat se déroule à l'intérieur de l'individu, non entre l'individu et la société."
"Quelle perte de temps que la préparation de trois repas par jour, sans compter les courses ! Il n'était guère étonnant que la plupart des femmes n'aient pas une minute à consacrer à Freud."
"Regardons les choses en face, dis-je. Si les femmes étaient cohérentes, elles ne s'encombreraient ni d'un mari ni d'une famille. C'est toujours à sens unique."
Séduction - Catherine Gildiner (2005)
Editions 10-18, 2010, 516 pages
Traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter
C'est Lewerentz qui m'a donné envie.