22.11.2010
Les Rougon-Macquart 6/20
"C'était, tout de même, une étrange mécanique qu'une femme."
Son excellence Eugène Rougon s'attache à ce fils/frère déjà présent en silhouette dans plusieurs tomes précédents, et nous raconte plus précisément les quelques années où, déjà parvenu au conseil d'état, il s'en sépare - sentant sa côte diminuer. Sa clique oeuvre en coulisse pour l'y ramener et c'est en ministre de l'intérieur ultra autoritaire qu'il reprendra le flambeau, profitant d'un attentat manqué (qu'il aurait pu faire capoter, mais l'occasion était trop belle d'en user et de se poser en figure paternelle implacable). Il règne alors en favori de l'empereur, récompensant sa bande, jouissant profondément de l'exercice du pouvoir, en usant et en abusant de toutes les manières possibles (un festival). Mais la route tourne, Eugène lasse, pas assez ceci, trop cela, et bientôt perd tout sur un coup de poker, sa démission est acceptée. Trois ans se seront à peine écoulés que notre Rougon flamboyant reniera tout ce qu'il défendait naguère avec un aplomb extraordinaire, et en sera à nouveau. Moralité ? Oui, exactement comme aujourd'hui.
Et puis il y a Clorinde. Une belle italienne au passé trouble et aux conquêtes innombrables, très séduisante à sa manière unique, bien loin de la beauté académique, et qui possède un art consommé du comportement qui rend fou.
Rougon n'est pas un homme à femmes, loin de là, mais Clorinde sait y faire. La scène de l'écurie est d'une force sensuelle extrême, Zola pour la première fois m'a fait ressentir les affres de son personnage. Clorinde et Rougon sont puissants chacun à leur manière, attachés l'un à l'autre par le même goût du pouvoir. Leur confrontation ne pouvait bien se terminer...
Un tome d'une très grande richesse, à la modernité confondante. Bluffée et séduite.