07.03.2010

Girl in a blue dress - Gaynor Arnold

A la fin de sa vie, Catherine Dickens, la seule et unique épouse de feu Charles Dickens, a donné à sa fille Kate les lettres que son arnold.JPGmari lui avait écrites tout au long de sa vie, lui demandant de les remettre au British Museum en disant ceci :  "so the world may know that he loved me once."

Gaylord Arnold a écrit ce roman (son premier) inspiré par la vie et le mariage de Charles Dickens, en essayant d'esquisser Catherine, à partir de bien peu de documents lui étant consacrés. Elle a changé absolument tous les noms (y compris ceux des oeuvres) (ainsi Charles Dickens est devenu Alfred Gibson) et a laissé libre cours à son imagination.

Le résultat est trop laborieux pour moi, le roman (414 pages) étant principalement constitué de dialogues, et Catherine apparaissant comme une sorte de sainte placide et sacrifiée, soudainement capable de tenir tête à la reine ou de confronter la rivale qui l'a détrônée en un face-à-face vengeur. Je ne parviens pas à croire à cette Dorothea, et je m'use la patience sur des scènes interminables.

On la rencontre le jour des funérailles du one and only, et elle dit à sa fille Kitty : "I cast a glance at the  dark red line of Alfred's novels in the bookcase across the room, some of them so battered that they are about to fall apart. I still read a chapter every day, you know, Kitty. And when I finish each book, I start  another. And when I finish them all, I start to beginning again. "

La façon dont elle est tombée amoureuse de son rire avant même de le voir m'a beaucoup plu aussi : "And then someting happened. I can hardly describe it, though I have tried again and again. It was the way the scent of the lilacs and the sound of a clear, cheerful laugh drifted in trough the window at exactly the same moment. I could hardly tell the sound from the scent; yet each entity seemed completely entrancing and divine. "

Et puis cette toute première lettre d'Alfred à Dodo, si impudente, si exaltée, qui se termine ainsi : "If I am wrong, I will drow myself in the Thames and feed fishes for ever and a day. But say I'm right. Say I'm right, sweet Dorothea. Whisper it on the night air. Tell it to your pillow. Write it in you reply. Yours in agony, Alfred Gibson."

Ce qui est très bien rendu également, c'est la ferveur de son public, la façon dont Dickens était une incroyable star adulée. Mais bon, la romance de cette histoire ne fonctionne pas avec moi ! (Sur les listes du Man Booker Prize 2008, ceci dit).

Crow Publishers, 2008

06.03.2010

Sexy Men Swap 2 : I'm in.

sexy men swap 2.jpg

Ce superbe logo se suffit à lui-même, non ?

Sinon tout est LA.

 

21.02.2010

The Invisible Woman, The Story of Nelly Ternan and Charles Dickens - Claire Tomalin

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Dans la vie de Dickens, il y a eu une rencontre qui en aura complètement bouleversé la suite : Nelly Ternan. Actrice et fille d'acteurs, il a 55 ans lorsqu'elle entre dans sa vie, elle en a 18, l'âge d'une de ses filles. Elle est petite, fine, blonde, les yeux bleus, de beaux poumons, selon l'expression de l'époque. Il est un monstre sacré, une vedette en pleine gloire. Pour toutes les années qui suivent, leurs vies sont liées dans le secret le plus absolu, orchestré et couvert par la suite par les plus proches du grand homme.

Dickens est profondément amoureux, d'ailleurs pour la première et unique fois de sa vie il va passer 2 ans et demi sans écrire. Pour Nelly, c'est moins clair. A partir du peu de documents et paroles de témoins rapportées, on se fait une idée plus ou moins obscure de ses motivations. Elle avait perdu son père, était très certainement flattée et touchée d'être ainsi distinguée par Dickens. Ils auraient pu s'établir sans plus de culpabilité mais avaient tous deux un fort sens des convenances et Nelly n'était pas une cocotte.

"Other men close to Dickens seem to have managed their double lives with less stress. Collins acquired a second mistress in 1867, established her in London round the corner from his first establisment, and began a family with her; when Caroline objected and made a defiant marriage to someone else, he took it calmly and equally calmly welcomed her back into residence later, continuing to maitain his second growing family; both women were given simultaneous seaside holidays in adjacent resorts. The artist George Cruikshank also kept two households and two families round the corner from one another near Mornongton Crescent, and fathered ten children on his second "wife", Edith Archibold. William Frith, the popular painter who did Dickens's portrait in 1859, had a similar arrangement : his two establishments were also only ten minutes's walk apart, in the Paddington area, and portraits of both women appear in his famous painting of Paddington, The Railway Station. His marriage produced twelve children and lasted thirty-five years; his mistress Mary Alford bore him another seven children, and when his wife died he married her. There was something cosy and domestic about these arrangements; the women involved were not femmes fatales or cocottes - concepts for which the English were obliged to turn to the French - but confortable, everyday creatures who were grateful enough to have steady men to support them and their children, and modest about their own position and claims. A man, even if he was not a husband, was after all still the best available source of income for a woman.

The difficulty for Dickens was not only that he felt more vulnerable to discovery and comment, as one whose fame was pre-eminent and tied to a virtuous image which he had ferociously defended at the time of the separation from Catherine; he had also uttered assertions about Nelly, both to his family and to the world, which made the position more difficult than it might otherwise have been. The further problem was that he had picked the wrong sort of woman to be his second "wife". She was neither a modest girl of the people nor a grateful widow. If she had given up her professional ambitions, she still had social ones, and she was backed by an intelligent, aspiring and watchfull family. "

D'ailleurs après la mort de Dickens, elle va rebondir de façon très inattendue, en se mariant et en ayant deux enfants (à 40 ans !), s'inventant un passé et se rajeunissant de 14 ans.

Leur histoire a duré 12 ans (ou 14 ? Je ne sais plus exactement), il est vraisemblable, d'après différentes sources dont un agenda de Dickens rédigé sous code et les propres déclarations d'un fils de Dickens, qu'ils ont eu au moins un enfant, qui n'a pas vécu.

Claire Tomalin rédige ici une biographie passionnante à plus d'un titre. Elle passe un long moment à tenter d'expliquer l'état d'esprit de l'époque victorienne, la façon dont étaient considérées les actrices, la place qu'avait la femme dans la société. Elle embrasse toute la famille de Nelly, dont les soeurs peu banales sont aussi très intéressantes, les gens que côtoyaient nos deux héros, ce qu'induisait la célébrité de Dickens au quotidien, son proche entourage (et notamment sa belle-soeur Georgina). Elle a mené une enquête très pointilleuse, produit toutes sortes de documents et de photos, donne son sentiment basé sur les preuves tangibles et extrapolé à travers la façon dont elle a reconstitué Nelly. Dans son dernier chapitre, "Myths and Morals", elle revient sur les différentes hypothèses des biographes de Dickens et insiste encore sur la fragilité des jugements hors époque.

J'ai adoré cette biographie et ne regrette pas un seul instant d'en avoir tenté la lecture en anglais (elle n'a pas été traduite en français. What a shame.). J'ai maintenant hâte de reprendre la brique de Peter Ackroyd, pour voir la façon dont il aborde cette fin de vie de Dickens, qui était vraiment et incontestablement un être tout à fait à part.

Chesterton a eu cette phrase affreuse : "He died drunken with glory" : Après tout, si quelqu'un a un jour mérité la gloire, c'est bien Charlie.

 

Ed. Penguin Books, 1991 283 p.

10.02.2010

L'abîme - Charles Dickens & Wilkie Collins

Chouette une réédition de Dickens ! L'occasion pour moi de lire pour la première fois un roman "à quatre mains" écrit avec Wilkiel'abîme.jpg Collins. On reconnaît aisément la plume de Dickens pour tout ce qui concerne la création des personnages, et  Wilkie Collins est certainement à créditer de l'intrigue policière.

Trois personnages principaux se disputent la vedette, tous unis à leur insu par leurs origines : deux d'entre eux sont des enfants d'un hospice, l'un reconnu par sa mère qui l'a repris et élevé depuis l'âge de douze ans. Mais il y a eu erreur et c'est l'autre son véritable fils. S'ajoute un troisième larron qui ajoute à la confusion; tous ont le même âge, sont en relations d'affaires. Une histoire d'amour se noue, la vénalité et les exactions s'en mêlent, tous les ingrédients sont là pour mener tambour battant une intrigue riche en rebondissements...

Et ça fonctionne très bien. C'est étrange de lire un Dickens exempt des intrigues secondaires qui nourrissent habituellement ses romans, mais le faible nombre de pages est compensé par les fils retors d'une histoire réussie. Il est patent que ce travail en collaboration permet une concision agréable. Mais c'est surtout pour leurs digressions que j'ai tant de plaisir à lire les romans de Dickens, et je trouve qu'ici les rapports entre les personnages paraissent souvent incongrus et empesés, sans leurs atours cocasses et les centaines de pages qui leur permettent habituellement de s'ébattre en long et en large.

Pas complètement convaincue, donc.


Ed. Hachette 1872 & Ed. du Masque (JC Lattès) 2010, 213 p.

Traduit de l'anglais par Madame Judith de la Comédie Française


Lu également par Papillon, L'ivresque des livres, Doriane, Ys,

 

13.12.2009

Le magasin d'antiquités - Charles Dickens

Je vous assure, désirer lire Dickens de nos jours est chose ardue. Le magasin d'antiquités n'est actuellement plus édité du tout, aussi je remercie encore Fashion qui m'a prêté son volume de la Pléiade déniché d'occasion.

Quatrième roman écrit par Dickens, ce magasin ne m'a pas séduite outre mesure. On y suit la petite Nell, quatorze ans, qui est un modèle de bonté, vertu, et beauté. Elle est chargée de son grand-père, un triste personnage saisi du vice du jeu, qui nous est présenté comme un gros égoïste qui passe son temps à chouiner ou à perdre la boule, il n'y a guère que Nell pour l'apprécier. Et encore, parfois même à elle il met les jetons, mais c'est une fille courageuse qui ne baisse jamais les bras.

Ils sont poursuivis par la haine du pire individu qui se puisse concevoir, un être abominable et difforme, un nain, Quilp. Il maltraite et manipule tout le monde autour de lui, et s'acharnera sur Kit, qui vénère la petite Nell.

On suit en parallèle les aventures de Nell et son grand-père sur les routes, et celles du petit monde resté à Londres. Comme toujours chez Dickens, des méchants ridicules qui font force grimaces, des inconnus qui sont liés à nos héros, des enfants qui meurent, des pointes d'humour. Mais dans ce roman beaucoup d'insistance, j'ai trouvé, une certaine lourdeur, une magie qui n'a pas opéré pour moi.

Toute l'Angleterre a pleuré en janvier 1841 avec Dickens la mort de Nell, pas moi, pour une fois. Elle était trop pure et éthérée, tout était trop marqué pour que j'entre réellement dans l'univers de ce magasin d'antiquités. Même Kit, brave figure du fidèle s'il en est, ne m'a pas touchée.

Le seul personnage qui a trouvé grâce à mes yeux fort exigeants pendant cette lecture, c'est Richard Swiveller, le Dick de notre histoire (il y a toujours un Dick chez Dickens !). Mauvais sujet au départ, plus par mauvais choix de ses compagnons qu'autre chose, c'est un bon bougre au fond, une amusette, il a un certain panache qui ne laisse pas indifférent. Son histoire avec "marquise" est une des bonnes surprises, un peu de finesse au milieu de toutes ces marionnettes dont le sort se joue.

Un roman de 600 petites pages, 1962 pour l'édition dans la Pléiade, traduction par Marcelle Sibon.

 

08.12.2009

Malo de Lange, fils de voleur - Marie-Aude Murail

"J'avais beaucoup progressé sur le plan moral, comme disait le loup aux sept petits biquets pour leur faire ouvrir la porte."malo.gif

Malo entreprend ici de nous narrer ses mémoires, du haut de ses seize ans. Nous sommes au 19°, il est orphelin, croit-il, et va naviguer d'aventure en péripétie jusqu'à découvrir sa véritable identité...

Un très, très bel hommage à la fois à Dickens (Malo de Lange, c'est Sam Weller en plus jeunot, ses tantes sont Betsey Trotwood, les titres de chapitre, un mix d'Oliver Twist et David Copperfield, et encore, j'ai sûrement raté les allusions aux romans que je n'ai pas encore lus, forcément !) et au roman d'aventure. On parle l'arguche de Vidocq, on trace la route comme Rémi, on chante comme Gavroche et j'en passe.

C'est délicieux, on vibre, on rit, on s'inquiète, on a 9 ans et on en veut encore !

 

Ed. Neuf de l'école des loisirs, 2009, 272 p.

 

Lu et approuvé également par : Cathulu (merci !),  Clarabel, Lucien, Trillian...

25.11.2009

David Copperfield (Peter Medak - 2000)

 

david copperfield le film.jpg

Peter Medak est un réalisateur hongrois (né en 1937 à Budapest) dont la filmographie est pour le moins éclectique. Pour filmer "David Copperfield " (pour la télévision, adaptation de John Goldsmith), il s'est entouré de nombreux acteurs américains, mais le résultat est plus anglais que jamais : trois heures de pur régal.

Trois heures, c'est bien peu pour un roman de Dickens, et fatalement nombre de petits évènements sont écartés (et ils font à part entière partie du sel de ces romans), mais l'esprit du roman est complètement présent, même dans les quelques modifications apportées pour fluidifier l'action. Les images sont somptueuses et la cocasserie et la particularité des personnages principaux est traitée avec un immense respect.

J'ai ainsi vu Peggotty s'incarner avec rien moins que de la perfection, ou Sally Field jouer une Betsey Trotwood plus vraie que nature. Uriah Heep est terrifiant de sournoiserie dégoulinante et Mr Micawber est follement comique. En regardant ce dernier on comprend à quel Dickens s'était servi de son père pour habiter ce personnage.

C'est peut-être ce qui m'a le plus impressionnée dans cette adaptation, que nombre de choses de la vie de Dickens, abordées dans la biographie de Peter Ackroyd (ai-je déjà répété qu'elle était géniale ? ;o)) passent ici par l'image. On embrasse dans un regard, dans une péripétie ce qui se cache dessous, ce qui est de l'ordre de la souffrance et qui est si difficile à mettre en mots.

Un film que j'ai trouvé formidable, et qui peut être vu en famille !

Et puis Hugh Dancy, pour le plaisir des yeux ;o)

 

David-Copperfield-1-hugh-dancy.jpgDavid-Copperfield-2-hugh-dancy.jpg

20.11.2009

Le bon larron - Hannah Tinti

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Il était une fois un petit gars dans un orphelinat (de fait, parce qu'en réalité ce serait plutôt un monastère). A chaque fois que quelqu'un venait pour adopter, il savait que sa main en moins et ses douze ans (à la louche) seraient un problème : on veut du bébé tout petit ou de l'ado costaud, pour aider à la ferme, en ce 19° en Nouvelle-Angleterre. L'entre-deux pas bien beau et handicapé n'a guère ses chances. Pourtant, un jour, quelqu'un l'emmène. Certes, il s'agit du plus habile des baratineurs, voleurs, menteurs etc., mais Ren a eu quelques occasions de s'entraîner lui-même, et pris dans une spirale d'évènements qui s'enchaînent, il ne tergiverse pas, ou si peu. Jusqu'à ce que le hasard (mais le hasard existe-t-il ?...) place nos amis à North Umbrage...

J'ai souvent pesté contre les 4° de couv qui évoquent des auteurs chers à mon coeur quant aux filiations de tel ou tel roman, c'est ainsi que Jane Austen a plus souvent qu'à son tour été blasphémée par des écrits n'ayant vraiment rien à voir avec son merveilleux univers. Mais dans le cas de ce premier roman d'Hannah Tinti (auteur par ailleurs d'un recueil de nouvelles, "Bête à croquer"), j'assène deux bons gros bécots sur les joues de celui ou celle qui a eu l'idée fort juste de placer "Dickens" dans son dithyrambe.

Ce roman fourmille de personnages et de péripéties qui ne dépareraient pas dans un roman de cet auteur de génie, et on se laisse emporter avec jubilation dans le picaresque et les descriptions colorées. C'est assez rare pour le souligner, la magie opère dès les premières lignes, et on se retrouve avec les yeux qui piquent au moment précis où la surprenante et forte en voix Mme Sands s'exclame par deux fois "MAIS DANS QUEL ETAT VOUS AVEZ MIS MA MAISON". C'est le bonheur quand d'une remontrance outrée un auteur fait jaillir tout l'amour du monde, non ?

C'est de la belle ouvrage, fignolée, où tout fonctionne et tout est huilé aux petits oignons pour nous réjouir très sincèrement : le roman d'aventures est bien portant et c'est une très bonne nouvelle.

Un indispensable.

 

Ed. Gallimard, 2009, 373 p. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mona de Pracontal Titre original : The Good Thief

 

En exergue, ceci : "Si un homme peut écrire un meilleur livre, prêcher un meilleur sermon ou fabriquer une meilleure souricière que son voisin, il aura beau construire sa maison dans les bois, le monde viendra se presser à sa porte." Ralph Waldo Emerson

Dans le roman, des livres, des prêches (sans sermon), des souricières, et des cabanes. Et mon total assentiment au sens figuré de cet exergue :)

Par contre, je n'aime pas du tout la couv. Du tout. J'aurais bien vu les miniatures du frère de Mme Sands, par exemple. Ou une illustration grouillante de personnages à la Phiz.

18.11.2009

Nicolas Nickleby - Charles Dickens

"Nicolas Nickleby"  a été écrit en 1838, Dickens avait 26 ans, venait de connaître le succès avec Pickwick, et menait de concert la publication en feuilleton de ce roman et d'Oliver Twist. On sent bien le bouillonnement de la jeunesse dans ce roman, on voit les épisodes où il lui a fallu meubler pour atteindre son quota de lignes, la construction bancale qui fait revenir sur nos pas, l'improvisation à partir d'une idée de départ.

Mais tout est pourtant réuni pour nous entraîner à la suite de notre héros dans ses aventures décousues, avec ses 117 personnages parlants dénombrés (sans compter les comparses muets).

Nicolas Nickleby est un jeune homme de bonne famille (j'entends par là qu'il a été bien élevé). Son père vient de mourir, après avoir, sur les conseils de sa sotte épouse (j'adore ceci en préface : "Mme Nickleby est un personnage admirable qui ne comprend rien à rien"), tenté la spéculation, et laisse toute la famille dans le dénuement le plus total. Nicolas, en charge de sa mère et de sa soeur, la belle Catherine, vient se placer sous la protection de son oncle, le sordide et très intéressé Ralph Nickleby. Qui s'empresse de le coller comme assistant dans une "école", un établissement comme il en existait à l'époque où les parents se débarrassaient de leurs enfants. Nicolas y verra des choses abominables et ne pourra décemment pas y rester. Première bravade envers son oncle.

Entre-temps, ce dernier avait décidé de profiter de la beauté de Catherine en la donnant en pâture à quelques-uns de ses clients (entendons-nous, pas au sens littéral, évidemment, nous sommes chez Dickens, mais en tant qu'appât, apparat, pour ses affaires). La jeune fille ne se laisse pas faire et quand Nicolas apprend tout ceci, il réagit avec fureur : la rupture est consommée avec Ralph et il lui faut se débrouiller seul (ce qu'il avait de toute façon toujours fait).

Ainsi, il intégrera une troupe ambulante d'acteurs avant d'entrer au service de deux admirables hommes. Catherine, elle aussi, devra travailler, et à ses côtés nous entrerons dans un atelier de couture.

Divers univers, donc, avec des intrigues à chacun liées, des personnages que l'on croise pour les retrouver plus tard, des évènements périphériques en nombre, qui scrutent tous la comédie humaine, le jeu des pantins qui s'agitent mûs par différentes motivations, de la plus pure (ce brave Smike, Newman Noggs ou les admirables frères Cheeryble, entre autres) à la plus sordide (et là les zozos sont fort nombreux), en passant par de mémorables scènes comiques.

Le tout donne un roman vivant, bruissant, joyeux ou terriblement grave, qui se lit avec avidité et une grande joie. Je pourrais citer des brouettes entières d'extraits, par jeu en voici un particulièrement simple, mais très efficace :

"[...] il proposa vivement ce toast : "Les dames ! Honneur aux dames !"

"Je les adore, dit M. Snevellicci en promenant son regard autour de la table. Je les adore toutes.

- Non, pas toutes, dit doucement M. Lillyvick.

- Si... toutes, répéta M. Snevellicci.

- Permettez, dit M. Lillyvick, cela semblerait comprendre les dames mariées, dit M. Lillyvick.

- Je les adore comme les autres, monsieur" dit M. Snevellicci."

A un moment, une virulente charge contre les auteurs de théâtre qui adaptent, souvent très mal à l'époque et surtout de façon précipitée, des romans en cours de parution, où c'est complètement Dickens qui s'exprime sous le couvert de son personnage.

Enfin, ceci, à méditer :) "Quand les gens sont sur le point de commettre ou de laisser commettre une injustice, il n'est pas rare de les voir exprimer de la pitié pour la victime; ils ont ainsi le sentiment d'être vertueux et honnêtes, et à cent coudées au-dessus de ceux qui n'expriment pas de pitié. C'est une façon de placer la foi au-dessus des oeuvres, et cela les met en paix avec leur conscience."

 

Ed. Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade, 1966, environ 900 pages.

Introduction de Pierre Leyris et traduction de Jacques Douady

 

Lu également par Isil,

 

27.10.2009

Dombey et fils - Charles Dickens

"Elle s'adonna à la mélancolie, le meilleur marché et le plus accessible des luxes, jusqu'au moment où le sommeil la prit."

"Dombey et fils" raconte l'histoire d'une famille, les Dombey. Le père est un riche homme d'affaires, que l'orgueil étouffe et contraint à la rigidité en tous moments de sa vie; la mère décède en donnant la vie au petit Paul; ce dernier est destiné à occuper le "& fils" qui se transmet de génération en génération, aussi la soeur aînée, Florence, est-elle totalement ignorée. Paul meurt dramatiquement, le père se remarie avec une intrigante qui a des états d'âme, et Florence est toujours quantité négligeable (pour son père, car sinon tout le monde l'adore). Puis le malheur s'abat encore, la nouvelle épouse s'enfuit (avec le bras droit ! Coup fatal !) et Mr Dombey se met à haïr Florence, qui s'enfuit alors elle aussi (pour trouver l'amour, ça va). Agé, ruiné et solitaire, il se rend alors compte de la perle qu'est sa fille et tout finit bien, dans un salut final.

"Dombey et fils" ne compte pas parmi les meilleurs romans de Dickens, il est souvent lourd de tension dramatique martelée ou exagérément primesautier, avec un comique de l'absurde clinquant. en ce qui concerne le père, c'est clair, on le méprise dès le départ, mais il est difficile de s'attacher à Florence qui a peu de consistance, et qui accepte tout avec une placidité de sainte peu séduisante. Dickens avait été très ébranlé en écrivant la mort du petit Paul (alors à Paris, en hiver, il avait ensuite passé toute la nuit à marcher dans les rues) mais elle arrive trop tôt pour que le lecteur (moderne j'entends, j'ignore comment cela pouvait être ressenti au 19°) en soit réellement touché.

Ce qui "sauve" tout, c'est, comme dans tous les romans de Dickens, la qualité des personnages secondaires, qui sont nombreux et géniaux. Il réussit à faire passer en un Bagstock tous les flatteurs hypocrites et intéressés, ou en un capitaine Cuttle toute la bravoure des gens simples et exentriques. Il sait comme personne magnifier les petits, les perdants, les simples. Et puis l'humour, toujours.

Dans le personnage du petit Paul, j'ai retrouvé beaucoup de l'enfant qu'avait été Dickens, tel que le décrit Peter Ackroyd dans sa merveilleuse biographie :

"La seule différence fut qu'il gardait sa personnalité pour lui seul. Il devenait tous les jours plus réservé et plus pensif; il ne manifestait, envers aucun membre vivant de la maisonnée du docteur, une curiosité analogue à celle qu'il avait ressentie au sujet de Mme Pipchin; il aimait à être seul. Dans les brefs moments où il n'était pas plongé dans ses livres, il n'aimait rien tant que d'errer, solitaire, par la maison, ou de rester assis sur les marches de l'escalier, à écouter la grande horloge du vestibule. Il était intime avec toutes les tapisseries, il voyait dans leurs dessins des choses que personne n'apercevait, découvrait des tigres et des lions en miniature qui escaladaient les murs de la chambre à coucher, et des visages qui louchaient et regardaient méchamment dans les carrés et les losanges de la carpette.

Cet enfant solitaire vivait entouré des arabesques de son imagination et personne ne le comprenait. Mme Blimber le trouvait "drôle" et parfois les domestiques se disaient entre eux que le petit Dombey "broyait du noir"; mais cela n'allait pas plus loin."

Sans doute est-ce la raison du coup ressenti par Dickens en donnant la mort à ce personnage...


Ed. Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade (volume II consacré à Dickens), 1956, environ 1000 pages. (écrit en 1846 par CD)

Traduction faite par Georges Connes sous la direction de Léon Lemonnier et complétée par Francis Ledoux

Introduction et notes de Pierre Leyris


Un grand merci à Fashion pour le prêt !


(Cathulu, un personnage adore les vaches et il y a même un chien ;o))

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