30.06.2010
Le jour des triffides - John Wyndham
"Je ne pense pas qu'il me soit jamais venu à l'esprit, auparavant, que la suprématie de l'homme n'était pas due, à l'origine, à son cerveau, comme la plupart des livres nous le laissaient entendre. Elle est due à la faculté du cerveau d'utiliser les informations qui lui sont transmises par une étroite bande de rayons lumineux. La civilisation, tout ce que l'homme a ou aurait accompli, tenait dans sa capacité à percevoir cette gamme de vibrations qui va du rouge au violet. Sans cela, il est perdu."

Un jour, l'Angleterre se réveille privée de vue, sauf quelques rares personnes qui, pour une raison ou une autre, n'ont pas été en contact avec l'extérieur. C'est le cas du narrateur, Bill, qui vient de passer une semaine à l'hôpital de Londres les yeux recouverts d'un épais bandeau. Situation déjà très compliquée, renforcée par deux phénomènes dramatiques : une mystérieuse épidémie décime tout le monde, et des plantes qu'on croyait inoffensives se mettent à tuer également.
Les survivants cherchent à s'organiser, menés par ceux qui peuvent encore voir...
Un roman post-apocalyptique fort bien mené, de facture classique (1951) qui nous emmène dans les pas d'un héros tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Bill n'est ni particulièrement séduisant, ni spécialement intelligent, ce qui nous permet une identification aisée. A ses côtés on passe un jour après l'autre, à la recherche d'une vision d'ensemble, et d'une façon de survivre le plus longtemps possible, évidemment. Il y a en permanence une certaine neutralité qui n'empêche pas une immersion profonde dans le roman. Il y a surtout une minutie dans les descriptions qui rend le tout extrêmement plausible, et donc carrément flippant.
Ed. Terre de Brume, 2004 & Folio SF, 2007, 348 p.
Traduit de l'anglais par Marcel Battin, traduction révisée par Sébastien Guillot
Titre original : The Day of the Triffids
Ofelia m'avait donné envie
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02.06.2009
Ubik - Philip K. Dick
"Comment peut-on rêver d'une citation littéraire qu'on ne connaît pas ?"

J'ai souvent eu un peu de mal avec les romans de Philip K. Dick que je trouvais à la fois désuets et compliqués : deux arguments rédhibitoires en ce qui concerne la Science-Fiction. "Ubik" évite avec brio ces écueils et se place sans aucun doute dans les romans à lire plusieurs fois ! Écrit en 1969, il pourraît l'être aujourd'hui sans qu'on le sente aucunement.
Notre héros s'appelle Joe Chip, il est testeur pour la compagnie de Runciter, c'est à dire qu'il détecte, soupèse et estime les contre-pouvoirs des gens que les éclaireurs lui présentent : en ces temps futurs, Runciter a fait forturne avec les "anti-psi", des gens capables de contrer les pouvoirs des précogs (de les "nullifier") par exemple. (Ou déjà de les détecter, etc.)
Après une présentation colorée et assez fournie des personnages, de l'époque et de l'environnement dans lequel nous allons évoluer, nous entrons dans le vif du sujet : une bombe explose sur la lune dans le cadre d'une mission. Les suites de ce piège se déploient dans plusieurs directions, laissant le lecteur aussi désemparé et intrigué que les personnages : que se passe-t-il, comment concevoir et expliquer ces éléments temporels qui ne coïncident pas, qui est vivant et qui est mort, où sont les bons et les méchants ?...
Passionnant, retors et malin, "Ubik" est brillant et nous laisse pantois devant les pouvoirs de l'imagination. Un classique que tout le monde devrait lire :-D
"Découvrez la nouvelle sauce salade Ubik, un délice pour le palais.
Ni italienne ni française : une saveur entièrement inédite et différente.
Comme les gourmets du monde entier, sortez de votre routine en essayant Ubik !
Sans danger si l'on se conforme au mode d'emploi."
Ed. Robert Laffont, 1970 & 10-18 Domaine Etranger, 1999, 2008, 285 p.
Traduit de l'américain par Alain Dorémieux
La chronique (longue et détaillée) de Jacques Chambon sur Noosfère.
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17.07.2008
Les bienfaits qui sont doux à recevoir sont ceux dont le coeur s'acquitte

Ecrit en 1821-1822, Ourika raconte la vie d'une jeune Sénégalaise, achetée par le gouverneur à l'âge de 2 ans alors que sa mère était morte et qu'elle allait être embarquée sur un bâtiment négrier. Confiée aux bons soins d'une tante de la bonne société, elle est élevée comme une fille de la famille, dans l'amour et le respect. Un jour, elle entend une amie de sa protectrice s'inquiéter de son avenir : ses yeux se dessillent. Elle se laisse alors dépérir, avant de narrer par le détail l'enchaînement de ses pensées au médecin venu tenter de la sauver, en vain.
Tout sonne très juste dans ce court roman (cette longue nouvelle) que l'on dévore sans s'arrêter. Avec une économie de mots charmante, et un procédé en abîme (confession à une tierce personne, qui la rapporte), ce sont d'éternelles pensées qui sont articulées : Qui suis-je ? Ma couleur détermine-t-elle immanquablement mon avenir ? Comment vivre ma solitude, ma jalousie ? Quelle est la responsabilité de ceux qui m'ont amenée ici ?
L'épilogue arrive lui très abruptement, mais ce faisant, renforce encore, en quelque sorte, l'espèce de charme désuet qui nous saisit dès les premiers mots.
Ed. Bleu Autour, 2006, 74 p., 9 €
Merci à Corinne pour cet excellent conseil de lecture.
L'avis de Petrus,
15:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : classique, racisme, 19°
30.11.2007
Du genre chef-d'oeuvre, carrément

Avant tout, dire que ce roman, qui pourrait effrayer et par son sujet, et par son auteur, se lit avec une extrême facilité, n’est absolument pas abscons. Mieux, il est d’une évidence limpide, il s’installe tranquillement dans notre emploi du temps et réclame son temps de lecture de manière de plus en plus impérieuse.
Nous sommes fin 1954, Staline est mort depuis bientôt deux ans et la Russie est en plein bouleversement. Au sud, un hôpital réservé aux cancéreux fonctionne à plein régime. Mais lequel ? Par le biais d’Oleg Philémonovitch Kostoglotov, un relégué qui y déboule un jour, nous partageons le quotidien des malades et des soignants, le temps de son traitement.
Le quotidien le plus terre-à-terre, la maladie, le « rendement » des machines, les docteurs, la médisance, les malades qui sont regroupés alors qu’ils viennent d’horizons tout à fait différents, la souffrance, la mort, la peur, surtout ; mais aussi le quotidien le plus lumineux, celui où de grandes discussions, des engueulades mêmes, en appellent aux idées les plus nobles, celui où on s’interroge de concert sur « Qu’est-ce qui fait vivre les hommes ».
Il y a une opposition constante entre trivialité et élévation, aussi bien en ce qui concerne les idées que les caractères.
Il y a des scènes incroyables, qu’on lit et relit et qu’on médite avant de poursuivre, de celles qui semblent contenir dans des mots pourtant banals, voire même souvent naïfs, des vérités profondes qui nous touchent infiniment. Ainsi toute la discussion entre Chouloubine et Oleg, de la page 589 à la page 606, me semble tout expliquer de la Russie, et plus universellement, de l’âme humaine (les « idoles » de Francis Bacon).
Il y a des personnages répugnants (Roussanov), archétypes du délateur borné et dangereux, qui parviennent à nous émouvoir dans leurs incompréhensions, leur peur primale. « Bien sûr, Roussanov savait que, tous les hommes étant mortels, il devrait un jour y passer lui aussi. Un jour… mais – tout de suite ? Il n’est pas affreux de mourir – un jour ; ce qui est terrible, c’est de mourir tout de suite. Pourquoi ? Mais parce que : « Et comment ? Et après ? Et sans moi ?... »
Et puis il y a bien sûr beaucoup de souffrances, et pas uniquement celles dues au cancer, loin de là. Pourtant il règne au-dessus de chaque paragraphe une aura de douceur, un peu de fatalisme souriant, une bonhomie slave qui calme nos craintes, et nous attache très fortement à la prose d’Alexandre Soljenitsyne.
Du genre chef-d’œuvre, carrément.
Ed. Julliard, 1968 & Pocket, 1980, 2005 10 €
722 p.
Traduction du Russe par Alfreda et Michel Aucouturier, Lucie et Georges Nivat, Jean-Paul Sémon
Les avis sur Critiques Libres
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14.04.2007
Aimer ne suffit pas
Jane Austen – Raison et sentiments
1ère ébauche par Jane Austen en 1795
Christian Bourgois, 1979
10-18, 1982, 2006
Il était une fois une jolie petite famille, les Dashwood. Madame mère veillait bien comme il faut sur ses trois filles, dont deux étaient amoureuses : Elinor, l’ainée - la raisonnable et la plus apte à prendre sur soi - d’Edward Ferrars, et Marianne, l’exaltée, la passionnée, tombera très vite sous le charme de Willoughby. Leurs tendres sentiments étaient partagés - on ne peut tricher avec les mouvements du cœur - tout aurait donc pu aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que les histoires de gros sous viennent toujours pourrir l’ambiance. Parce que nos dames et demoiselles Dashwood, pourtant de naissance honorable, n’avaient pas le moindre sou de trop ou d’avance. Et les élus de leur cœur ne brillaient pas non plus par leur fortune personnelle… Ajoutez à tout ceci un demi-frère sous la coupe de son épouse super radine, une Mrs Ferrars (mère) redoutée et mal embouchée, une petite peste d’intrigante de Lucy Steele qui mériterait bien un tout autre sort que celui qui lui est finalement réservé, et un brave et fiable colonel Brandon, qui ne déparerait pas, lui, à être dépeint avec un chouïa plus d’enthousiasme, secouez bien, et dégustez : c’est frais et digeste.
Bon, j’avoue que j’ai eu un peu de mal à comprendre en quoi la conduite de ce brave Edward était « respectable ». De nos jours, elle parait surtout hyper couillonne. Si on devait se sentir tenue de respecter TOUS nos engagements de jeunesse… heu… je serais mal.
Mais c’est chipoter, d’accord, autres temps, autres mœurs, et j’ai une fois de plus pris un grand plaisir à gambader dans toute cette finesse souvent assassine (le concept de la maternité en prend pour son grade tout au long du roman, ouah !), et ces superbes descriptions de la nature anglaise, et humaine.
L’avis de Lilounette (sur le film aussi) et celui de Chimère
Traduction (GB) de Jean Privat
374 p.
Au sujet du DVD, le film d'Ang Lee, je veux dire ici que c'est une merveille de bout en bout, que l'adaptation qu'a faite Emma Thompson du roman est brillante et intelligente, et que c'est plus de six heures de bonheur puisque lorsque vous avez terminé de regarder le film, vous pouvez vous le repasser avec les commentaires audio d'ET et de la productrice. Et alors là, après avoir bien pleuré dans la première version "découverte" (ah, la scène où Elinor supplie Marianne de ne pas mourir..... insoutenable !), vous riez comme une folle avec l'espièglerie d'ET, ses commentaires sur tout et rien, les détails, les moutons, les scènes ajoutées par rapport au roman, et pourquoi, .... Du bonheur.
Par exemple, ET n'a qu'un an de plus que Hugh Grant "dans la vraie vie", et une classe de lycéens qui regardaient le film se sont exclamés "mais pourquoi avoir choisi cette actrice ? Elle pourrait être sa mère...." Arg ! :)
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26.03.2007
C'est un satané freluquet de pédant à sang de navet !*
George Eliot – Middlemarch
1871-1872
Gallimard, 2005
Folio classique, 2006
Virginia Woolf, dans la préface, dit merveilleusement une chose très vraie :
« Quand on revient à ces livres après plusieurs années d’absence, ils répandent, même contre notre attente, les mêmes réserves d’énergie et de chaleur, si bien que nous éprouvons par-dessus tout l’envie de paresser dans cette chaleur comme sous le soleil qui tombe du mur rougeoyant du verger. »
Middlemarch, c’est un roman fort complet, dont on pourrait dire qu’il relate la chronique de l’Angleterre rurale des années 1830. Vie sociale, politique, amours, ambitions, intrigues, on entre dans le détail de la vie de toutes les couches de la population.
Ce qui en ressort très fortement et nettement, par delà l’histoire et le contexte et tout le reste, c’est la formidable précision avec laquelle George Eliot dissèque tout sentiment ou toute pensée des protagonistes.
Ce qui, souvent, est appréhendé par bouffées, est ici détaillé à l’extrême.
Et puis on trouve, entre autres :
* De cinglantes petites phrases disséminées ici et là.
« Décidément cette femme était trop jeune pour s’élever au niveau altier de la condition d’épouse – puisqu’elle ne se montrait pas incolore, informe, résignée d’avance à tout. »
* Des cocasseries, qui tombent du ciel, et nous ravissent.
Comme Will Ladislaw qui « dans les maisons où il se liait d’amitié, était enclin à s’étendre de tout son long sur le tapis devant la cheminée tout en parlant»
* De si jolis noms, pour les protagonistes : Tertius Lydgate, Elinor Cadwallader… Quelles magnifiques sonorités.
* De la finesse, façon de faire passer le gagatisme d’une mère à travers deux petites phrases, dans le courant de l’action :
« Il paraissait évident que là où se trouve un bébé les choses se passent assez bien et que l’erreur, de façon générale, est due à la simple absence de cette force centrale comme élément d’équilibre.
[…] Ce n’est pas nous qui nous affligerions, n’est-ce-pas, bébé ? demande Célia en confidence à ce centre inconscient de l’équilibre du monde, possesseur des petits poings les plus remarquables, complètement équipés jusqu’au bout des ongles, et d’une quantité de cheveux suffisante, vraiment, quand on lui enlevait son bonnet, pour faire… on ne sait quoi, bref, un bouddha dans le style occidental."
* Du suspens, la lecture des testaments de Peter Featherstone, le codicille mystérieux de M. Casaubon, ces scènes mettent savamment l’imagination en branle, tournant gracieusement autour des faits avant de les révéler.
Et puis vers la fin l’action s’accélère, on est pris comme dans un tourbillon et on brûle d’impatience de voir le sort réservé à ces personnages qu’on accompagne depuis si longtemps, tout en redoutant de le lire noir sur blanc, voulant presque que cela reste à l’état de possibilité, encore ouvert à tout.
C’est à un fort agréable voyage, au long cours, que nous convie George Eliot. Je conserve malgré tout mon penchant pour Jane Austen, dont je n’ai pas trouvé ici, malgré toutes les qualités, l’impertinence joyeuse.
Traduction (Angleterre) de Sylvère Monod
1091 p.
Cécile en parle mille fois mieux que moi
* dit Will avec une impétuosité grinçante. (A propos de M. Casaubon)
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03.03.2007
Tiens, je n'ai plus de papier à lettres...
Jane Austen – Lady Susan
Gallimard, 2000
Folio, 2006
Ce roman a la particularité d’être entièrement épistolaire, comme 84, Charing Cross road, d’Helen Hanff. Enfin, pas tout à fait, la conclusion nous est donnée en aparté par Jane Austen sur quatre pages. (« Cet échange de lettres, par suite de la réunion de certains des correspondants et de la séparation intervenue entre les autres, ne pouvait, au grand détriment des recettes de la poste, se continuer plus longtemps. » Ah, j’adore son humour !!)
Lady Susan, donc, est une superbe femme de 35 ans. Récemment veuve, partout où elle passe, sa beauté, son esprit, et ses manigances sèment le trouble et la pagaille dans les foyers. Une sorte de mante religieuse, une mythomane tirant tout le sel de la vie dans l’élaboration de stratégies visant à mettre sous sa coupe la majorité des mâles intéressants environnants.
Et ça fonctionne au quart de tour. Quels que soient les griefs qu’on puisse nourrir à son encontre, elle parvient sans trop de peine à retourner les situations et à se donner toujours le beau rôle. Toujours ? Presque, parce que parfois il faut aussi un peu de chance, et un tout petit grain de sable peut ruiner des mois d’effort. Mais qu’on se rassure, sa bonne humeur ne sera en rien entamée, ou alors à peine le temps de s’en épancher auprès de sa seule vraie copine, en nourrissant de sombres menaces…
Elle m’a trop fait rire, Lady Susan, et son aplomb, sa morgue et sa rouerie m’ont fait passer un excellent moment, mais ça devient une habitude avec Jane Austen. J’aime ce qu’elle a écrit, tout, sans distinction. Il ne faut pas compter sur moi pour dénicher le petit truc qui est en-dessous dans son œuvre. Des nunuches, de toute façon, il en faut pour mettre en valeur les autres, non ? Même les coquilles que j’ai relevées, tiens, je n’en parle pas. J’espère juste que c’est seulement dans l’édition Folio, et que dans la Pléiade d’où c’est tiré, on a fait un peu plus attention !!
Traduction (GB) de Pierre Goubert
116 p.
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28.02.2007
La meilleure compagnie
Jane Austen – Persuasion
Ed. Charlot, 1945
Christian Bourgois, 1982
Omnibus, et 10-18, 1996
On dit que Persuasion est le roman de la maturité pour Jane Austen, je ne connais pas encore suffisamment son œuvre pour l’affirmer, mais le plaisir de lecture qu’il offre est en tous les cas immense, aussi bon, peut-être même meilleur encore, qu’Orgueil et préjugés.
Notre héroïne est ici Anne Elliot, déjà 28 ans lorsqu’on la rencontre, et toujours pas mariée. Sa sœur aînée, Elisabeth, non plus d’ailleurs, au contraire de leur cadette, Mary. Leur père, le baronnet Walter Elliot, est d’un snobisme effarant, jugeant les gens sur leur mine au sens littéral : la beauté et la prestance étant pour lui d’une importance capitale (suivi en ce sens par Elisabeth). Leur mère est hélas décédée lorsqu’Anne avait treize ans. Et c’est totalement reléguée à l’arrière-plan par sa famille, sans affection et sans véritable soin, qu’elle s’est construite depuis.
Heureusement, elle a une amie très chère, qui était l’intime de sa mère, Lady Russell, qui l’aime tendrement et veille sur elle du mieux qu’elle le peut.
Aussi, lorsqu’elle s’éprend du capitaine Wentworth, Lady Russell la persuade de rompre cet engagement, estimant, en toute bonne foi argumentée, que ce mariage serait une erreur. Anne obtempère, confiante dans le jugement de son amie.
Son cœur, pour autant, n’oubliera jamais sa tendre inclination. Et huit ans et demi plus tard, le destin replace pour un temps nos deux ex-tourtereaux dans la même ville. Mais la donne a changé, la maturité a fait son œuvre, et le cousin William Walter Elliot, héritier présomptif du titre de baronnet, est soudain dans la place lui aussi, charmant et attentif.
Alors… Que penser ? Que faire ? Qui pense quoi ? Et à qui ?
C’est tout un petit monde plein de personnalités retorses et variées qui se croise, jusqu’à la conclusion…
Ah j’ai adoré ce roman. Le moment où la lettre qui va dénouer la situation est glissée sur le bureau, l’exaltation totale qui nous saisit à l’instar d’Anne, a-t-on bien interprété ? Va-t-on être déçu ? Ou lorsque la personnalité de Willliam Elliot s’éclaire enfin… Ou la sœur Mary à qui on donnerait bien une ou deux claquounettes au passage pour la faire revenir sur terre… Ou la connerie du père qui est parfaitement risible… Vraiment, à déguster du début à la fin sans aucune longueur, une grande joie. C’est pétillant, merveilleusement entrainant.
Traduction (GB) d’André Belamich
197 p.
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23.02.2007
Et une passion grandissante pour Jane Austen, ça se soigne ?
Jane Austen
Northanger Abbey
1ère édition 1818
Christian Bourgois, 1980
Omnibus, 1996
Où l’on suit le destin de Catherine Morland, jeune fille pure et un peu cruche, sans fortune ni maniérisme, qui s’initiera à Bath à quelques us de la jeunesse plus coutumière des préséances sociales et mondaines, puis découvrira l’amour à Northanger Abbey.
J’ai aimé que plusieurs fois Jane Austen s’adresse directement en son nom au lecteur, pour s’exprimer notamment sur le sort réservé au roman à son époque. Les premiers jours de Catherine à Northanger Abbey sont aussi un régal, son imagination l’entraînant dans une ambiance un peu gothique qui nous fait délicieusement frissonner, à l’instar de ses lectures toutes horrifiques.
Les quelques portraits dressés sont aussi très caustiques, l’amie intéressée et volage, le père tyrannique et versatile…
Ce roman n’a pas la légèreté et le pétillement d’orgueil et préjugés, mais il nous prend très agréablement dans ses filets malgré tout.
Traduction (GB) de Josette Salesse-Lavergne
206 p.
Mansfield Park
Christian Bourgois, 1982
Omnibus, 1996
10-18, 1996
Il était une fois trois soeurs, qui étaient toutes trois fort jolies. C’était là leur plus grande qualité. L’une, Maria, épousa avec bonheur Sir Thomas Bertram, de Mansfield Park (Maria : un petit pois en guise de cerveau !). L’autre, fut contrainte d’épouser le révérend Norris, presque entièrement dépourvu de fortune personnelle (la tante Norris : une saleté de première, et jusqu’au bout !), et la troisième fit la pire des unions : « Quand à mademoiselle Frances, elle se maria, selon l’expression populaire, pour désobliger sa famille, et en arrêtant son choix sur un lieutenant de marine, sans éducation, fortune ou parenté, c’est une chose qu’elle fit à fond. » Tout comme de nombreux enfants (en s’occupant de tout ça par-dessus la jambe !).
Tant et si bien que ses deux sœurs, établies toutes proches l’une de l’autre, décident de prendre à Mansfield Park l’aînée de leurs nièces : Fanny Price.
Lorsqu’elle arrive à MP, elle a tout juste dix ans, et est déjà une nature effacée, timide, rougissante et détestant plus que tout être le point de mire de quoi que ce soit. Les années passent, le traitement qu’on lui réserve est souvent injuste, peu chaleureux ; la plupart du temps sans réelle mauvaise intention, plus par bêtise ou arrogance. Bien que, parfois… Heureusement son cousin Edmond est là, qui dès les premiers jours lui offre son affection pleine et entière.
Et voici que Fanny est devenue une belle, très jolie jeune fille de dix-huit ans. Les Crawford, proches voisins, vont être l’occasion de nombreuses péripéties…
Ouah, Jane Austen n’y va pas avec le dos de la cuillère dans ce long roman qui devient de plus en plus palpitant à mesure qu’on avance dans l’histoire. Ses portraits sont souvent carrément cyniques : « Et poursuivant le cours de ses idées, elle ajouta peu de temps après : « Ecoutez ce que j’ai à vous dire, Fanny, et c’est plus que je n’en ai fait pour Maria, la prochaine fois que mon carlin aura une portée, je vous donnerai un de ses chiots ». Voici le plus beau compliment et cadeau que puisse imaginer le pois chiche de Lady Bertram.
Ou encore la lettre de lettre de Mary Crawford pour s’assurer que Thomas est vraiment à l’agonie, auquel cas Edmond deviendrait « Sir » : rarement lu plus abject et follement pernicieux.
Et puis toujours, bien sûr, des bals, des revirements, des amours qui naissent, s’épanouissent, s’égarent, des pauvres sympas, ou pas, des riches bouffis, ou tendres, bref, le 19°, le faste et la plume vive et éblouissante de notre chère, chère Jane Austen.
Traduction (GB) de Denise Getzler
412 p.
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14.02.2007
Je lui pardonnerais volontiers son orgueil, s'il n'avait entaillé le mien*
Jane Austen - Orgueil et préjugés
Plon, 1932
Christian Bourgois Editeur, 1979
10-18, 1982 – 2006
Lorsqu’Elisabeth Bennett rencontre pour la première fois Mr Darcy, son opinion est vite forgée : c’est un orgueilleux dépourvu d’amabilité. Pourtant, de bal en rencontres d’abord fortuites, puis délibérées, c’est un portrait comportant beaucoup plus de profondeur et de noblesse qui apparaît. Mais les obstacles et rebondissements se succèdent, et leur condition respective est assez incompatible. Dans cette Angleterre très ritualisée et codifiée, quel destin pour deux êtres si dissemblables ?...
J’en dis le moins, car je ne doute pas que tout le monde – ou presque – ne connaisse la merveilleuse histoire d’Orgueil et préjugés. Ayant tout récemment vibré avec le film de Joe Wright, j’ai pu constater avec cette lecture les quelques arrangements et libertés pris par rapport au roman, mais cela n’en offre que plus de plaisir à décortiquer, dans une lenteur cérémonieuse teintée de profonde jubilation, page après page, les mots magiques de Jane Austen.
Ah, quels beaux personnages elle a su créer !
Avec quelle facilité elle nous conduit à nous amuser, nous émouvoir, nous passionner en un mot pour une histoire d’amour d’un autre âge, dans des paysages grandioses et désuets.
De quel sens subtil de l’ironie, de l’observation, elle était douée !
Comme on aimerait maintenant se pencher sur leur vie commune, assister aux camouflets que ne devraient pas manquer de se prendre certaine Miss Bingley, savoir si Lydia s’est assagie avec les années, rire méchamment aux ridicules sorties de Mrs Bennett, et survoler l’entière correspondance de Mr Bennett avec Mr Collins, etc.
Le plus difficile, chez Jane Austen, c’est de s’arrêter. Je me demande si l’extrême engouement que je ressens actuellement, l’exaltation même pourrais-je dire, va perdurer ou se tasser… A suivre…
(A ce jour, je compte bien évidemment lire absolument tout ce qu’il me sera possible de trouver ayant de loin ou de près un quelconque rapport avec Jane Austen, voir toutes les adaptations existantes, faire même l’effort de lire dans le texte s’il le faut. Je sais aussi, par expérience, que mes emballements soudains se tarissent parfois d’eux-mêmes.)
Traduction (GB) de V. Leconte et Ch. Pressoir
Préface de Virginia Woolf (trad. Denise Getzler)
Note biographique de Jacques Roubaud
380 p.
* Les traducteurs emploient ici le verbe « modifier », qui ne colle pas, je trouve. D’une manière générale, la traduction des dialogues manque de force. Je vais devoir en lire une autre !!
Grâce au formidable outil de recherche dans les blogs francophone réalisé par Camille, j’ai pu consulter un tas d’avis :
A propos du roman :
Allie, Pluie de fée, Lillounette, Majassina, Ermengarde, Emjy, (quelle bannière magnifique !!)
A propos des adaptations :
Lillounette sur le film de Simon Langton
Pierre Bilger sur le film de Joe Wright (je partage son avis)
15:00 Publié dans Excellent | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note | Tags : classique, jane austen

