16.12.2009
Principe de précaution - Matthieu Jung
Pascal est le narrateur de cette histoire étonnante. 39 ans, propre sur lui avec cette raideur issue des éducations pas réussies, celles
qu'on dit "bonnes" mais qui ont surtout inculqué des tonnes d'interdits et un terrible manque de confiance en soi, un repli terrifié. Mais Pascal travaille bien, parle bien, s'évertue à présenter toujours la bonne attitude et réfrène terriblement les bouffées de rage qui l'envahissent par moments.
Au travail, surtout, il doit subir un drôle de type qui ne cesse de le choquer en racontant très salement sa vie sexuelle, ou tous les faits divers où un enfant subitement assassine sa famille. Pascal est mortifié devant sa propre ambivalence, il exècre ce collègue mais ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine fascination.
Pascal par ailleurs s'entend bien avec sa femme, il lui est très reconnaissant de l'accepter, s'étonne de l'affection de leur fille pré-ado, et ne comprend plus du tout leur fils, jeune lycéen.
Jour après jour, ces constantes ne cessent de prendre tour à tour le devant, occasionnant des soucis ou des petites victoires, avant un final prévisible mais non moins percutant...
Un bon roman qui joue beaucoup avec les différents niveaux de langage pour démontrer son propos. Lionel est cru et très bas, Luc est pédant et très cultivé, Pascal oscille entre les deux. Le tout est très actuel, observé et disséqué avec justesse, ça fait froid dans le dos et en même temps c'est drôle. C'est féroce, politisé, ça fustige notre connerie ou nos à-priori débiles, avec de petites touches de vécu, prenant et vraiment très réussi, au final.
Ed. Stock, 2009, 409 p.
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : étonnant, déconcertant
21.06.2009
Camelot - Fabrice Colin
Un pensionnat pour jeunes garçons, un été studieux pour ceux qui ont raté le diplôme, un nouveau venu étrange et mystérieux (et pour cause !) : Arthur. Ils
ont tous dix-sept ans et sont à un âge où on s'emballe facilement. Se rendre dans la nuit noire et en douce à des réunions secrètes les enflamme : les voici devenus des chevaliers de la Table Ronde. Nathan, pourtant, se sent mal à l'aise dans son rôle de Perceval. Mais n'est-il pas dit que justement c'est celui qui ne le cherchait pas vraiment, parce qu'il était trop pur pour seulement l'imaginer, qui trouverait le Graal ?...
Fabrice Colin revisite la légende arthurienne en lui donnant une teinte sombre et tourmentée, et en s'en éloignant pas mal. J'ai beaucoup aimé la distance de Nathan par rapport à certains de ses compagnons qui plongent tout debout dans la fascination, ce mélange d'incrédulité et d'attirance vers le merveilleux est très bien rendu. Pour autant, je n'ai pas vraiment adhéré à l'intrigue ni surtout à son dénouement, trop dramatique pour moi.
Partagée, donc, mais toujours intéressée par la plume de Fabrice Colin.
Ed. du Seuil, collection Karactères, 2007, 202 p.
Roman jeunesse à partir de 13 ans.
A été lu par : Lily et Clarabel, qui sont enthousiastes. Fashion également :-D
06:00 Publié dans Heu... | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, revisite de la légende arthurienne, déconcertant, plutôt sombre
27.03.2009
La gueule du loup - Nadia Gosselin
"Je me trouvais en compagnie d'un étranger, dans un pays inconnu, au coeur d'un scénario imprévu."

Quand je suis tombée sur la 4° de couv de ce roman sur le site d'une librairie québécoise, et après avoir constaté qu'il n'était dénichable nulle part rapidement en France*, j'ai effrontément demandé à Frisette de l'acheter et de me l'envoyer. Comme cette demoiselle est une crème, elle s'est exécutée et l'a lu avant de le glisser dans une enveloppe (avec des petits frères et des bonbons !). Nous renouons alors aujourd'hui avec une lecture commune qui s'était faite rare...
La 4° de couv, donc, évoquait une québécoise partie rejoindre un correspondant belge. Ils s'étaient rencontrés par hasard sur Internet, étaient tombés fous amoureux, ils fallait qu'ils se voient. Monsieur offre le billet d'avion à sa belle, et c'est à Bruxelles que la rencontre physique a lieu...
Mais évidemment, si ce postulat de départ est parfaitement exact, le roman qui en découle est tout à fait autre et déconcertant.
Elle est une jeune femme de 28 ans, québécoise, mère de 4 enfants, dont le mariage s'étiole. Lui est un belge de 58 ans, ancien musicien et parolier à succès, atteint par la maladie. Dès qu'ils se voient, c'est la désillusion pour notre belle : il n'est pas beau, il est vieux, (il paraît même plus que son âge), il l'accueille mal (son appartement est repoussant de saleté), il est malade (et nous verrons comment). Elle est coincée pour quinze jours en sa compagnie dans une Belgique pluvieuse et hivernale, ils s'ennuient, mesurent l'immensité du gouffre de leur imaginaire : rien, il n'y a rien de commun avec les échanges passionnés qu'ils avaient pu avoir par Internet.
Pourtant de temps en temps une étincelle, un regard, une vivacité fait rejaillir une certaine tendresse, tout ça est compliqué. Une relation se crée malgré tout, faite d'avancées et de reculs, de peur et d'angoisse et de volonté d'aller au bout d'une histoire qu'on n'a pu complètement fantasmer... (Ce décalage entre ce que l'on s'imagine connaître d'une personne (comme si on avait eu accès à son "âme") et la réalité est très finement analysé et décrit. Quelques passages à peine lestes pourraient éventuellement mettre mal à l'aise.)
Le ton est percutant, le style délectable, le fond est grave : et si la Belle s'avérait plus monstrueuse que la Bête ?
Guy Saint-Jean Editeur, 2008, 162 p.
* D'après la 2° de couv, distribution Volumen en France
La recrue en parle aussi, tout comme Venise.
04:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : québec, premier roman, déconcertant

