14.09.2011
Qu'est-ce que ça fait, L et E ? Fa, répond Fadila.
Edith est traductrice littéraire, interprète occasionnellement. Elle travaille à la maison et vit avec les mots. Lorsque Fadila entre dans sa vie, en venant faire quelques heures de repassage chaque semaine, elle s'engage plus ou moins par la force des choses à lui apprendre à lire et à écrire. Alors elle se renseigne, tente d'appliquer une méthode, puis d'écouter son bon sens, puis son coeur, mais Fadila ne se laisse guère faire. 65 ans, marocaine, jamais tenu un stylo de sa vie, un caractère bien trempé, pas évident.
Histoire d'alphabétisation, mais aussi d'une relation qui se construit patiemment entre deux femmes que tout oppose...
... Qui m'a laissée plutôt froide. Sur un sujet approchant, j'ai été plus accrochée par ce qu'a écrit Bertrand Guillot. Fadila et Edith n'ont jamais pris corps pour moi. Je suis restée observatrice sans jamais trouver le petit quelque chose qui m'aurait permis d'entrer enfin dans leur combat ou leur quotidien. L'ensemble m'a paru sec.
Tant pis.
Les amandes amères - Laurence Cossé
Editions Gallimard, 2011, 219 p.
Cathulu est beaucoup plus enthousiaste.
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23.08.2011
On ne pourrait pas avoir une conversation normale au dîner, pour une fois ?
"Lorsqu'ils reprirent la route, la nuit était presque tombée. Il restait quelques embouteillages, mais Warren ne fit rien pour s"insérer dans la voie de gauche. Il n'était pas pressé de rentrer. En partie parce qu'il se réjouissait de sentir sa famille réunie : impossible de se rappeler la dernière fois qu'ils avaient voyagé ensemble dans cette voiture. Malgré tout ce qui venait de se passer, il éprouvait une joie aussi tenace qu'absurde. En fin de compte, c'était sans doute la seule chose qu'on puisse espérer : rassembler sa famille dans la voiture une ou deux fois par an, maintenant que les enfants étaient grands - et qu'on avait soi-même des cheveux blancs - et profiter du poids précieux de leur présence."

523 pages en compagnie de la famille Ziller : deux étés et un hiver, 1985-1986, un fiasco annoncé mais néanmoins vécu et ressenti avec eux dans tous ses aspects. Une famille banale, la classe moyenne américaine, 3 enfants, un chien, tout va bien. Puis tout se délite...
On en prend plein la tête, dans ces quelques mois américains. On est dans la banalité totale, identification maximale, style souple et facile, chapitres courts, les pages se tournent toutes seules. Tout ceci paraît tellement déjà vu, au premier abord, qu'on pourrait facilement se tromper et se dire, oui, bon, ok, efficacité américaine, et ? Mais ce serait une erreur, parce qu'Eric Puchner (dont je veux absolument lire le recueil de nouvelles "La musique des autres", 2008) s'y entend pour distiller l'effroi.
C'est réellement effroyable ce qui arrive à cette famille, en terme d'événèment dramatique qui va redessiner la carte de toutes leurs relations (et leur vision de la vie, d'ailleurs), mais déjà avant ça, dans leur façon de s'égarer tous et chacun individuellement, d'être tellement et complètement seuls dans leur tête, désarmés devant leurs réactions face à la vie courante et ne se comprenant tellement pas; ni eux-mêmes, ni les autres.
Et en même temps tout est juste, il y a des passages et des scènes d'une pure beauté, des petits moments de douceur bénie au milieu d'un ouragan de souffrances. Il y a de l'amour dans ces pages-là, et ça vient chercher le lecteur. Que le tout soit exprimé avec une grande simplicité est à mon sens une vraie qualité, en plus. D'autres vous diront que ce n'est pas de la littérature, sans doute.
J'ai dévoré à pleines dents.
Famille modèle - Eric Puchner
Albin Michel, collection Terres d'Amérique, 2011
Traduit de l'américain par France Camus-Pichon
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26.04.2011
Tu es tellement foutrement conne !
Il a fallu huit années à Robin Black pour écrire les dix nouvelles de ce recueil, et, comment dire...
Mettons que vous soyez sujet aux insomnies, par exemple (au hasard, hein), et que vous comptiez sur elle pour vous permettre de replonger dans le sommeil après quelques pages, il serait prudent que nulle corde, boite de somnifères ou arme tranchante ne traîne trop près de votre lit, voyez.
Parce qu'en dix textes fouillés du premier au dernier mot, la dame s'y entend pour vous anéantir le moral, quelque chose de coton.
Son "Tableau Vivant", par exemple (sixième nouvelle) (peut-être la plus légère, il y a du lourd sinon), nous invite dans la demeure de Jean et Cliff. Il est beaucoup plus âgé qu'elle, a entamé les quatre-vingt, et elle lui tait la petite attaque cérébrale qu'elle vient d'avoir et qui lui a laissé un bras paralysé. Une de leurs filles vient leur rendre visite par surprise et Jean a honte à la fois du comportement de son mari, et de la façon dont ils se sont tous deux retranchés du monde, dans leurs manies de vieilles personnes (qu'elle n'est pourtant pas encore tout à fait elle-même). Puis elle se rend compte que sa fille (quadra) a un amant, qui vient lui rendre visite chez eux, dans cette maison, la nuit, et bientôt est même invité à dîner. Sa présence à ce dîner deviendra au fil des années la seule chose "intime" qui relie cette mère à sa fille... Tout en nuances, les non-dits crèvent les pages sous les phrases apparentes, et à chaque fois qu'on en tourne une ce sont de grosses bouffées de perceptions qui nous bloquent la gorge. Oui, on sait, on voit, on imagine, on comprend, tout ce qui joue là, tout ce qui est tu, tout ce qui est tellement partagé en ce monde.
Plombant, éprouvant, triste, assez terrible, en fait, mais surtout impeccablement écrit (et traduit).
If I Loved You, I Would Tell You This (2010)
Des nouvelles d'hier - Robin Black (2011, Flammarion)
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Michel Marny
Merci Cathulu.
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