02.04.2009
Des roses rouge vif - Adriana Lisboa
"Un homme grand-petit-gros-maigre assis-debout sur un banc-de-pierre-en-bois disait sans parler qu'un sourd avait entendu un muet dire qu'un aveugle avait vu un boiteux courir à toute vitesse."

C'est l'histoire de deux soeurs, qui se retrouvent à l'aube de la cinquantaine, après des années sans se voir. C'est une histoire triste et douloureuse, compensée en permanence par le tissage subtil de sa construction et par une puissance d'évocation conséquente. Avec une plume très belle et très littéraire, Adriana Lisboa nous invite au Brésil, à Rio, dans une fazenda isolée, dans une nature riche, chaude et odorante.
Sans que l'essentiel soit jamais formulé (hormis en toute fin), on le devine derrière les mots, les répétitions (comme des refrains), on s'imprègne complètement d'une atmopshère à la fois pesante et douce. Pas de chronologie, du vrac, mais tout est paradoxalement très ordonné, la progression est lente et aisée.
C'est l'histoire de deux petites filles à l'avenir radieux, qui sont devenues grandes.
C'est comme de la musique, un texte riche, une plume vraiment singulière et très émouvante.
Fascinant.
Ed. Métailié, avril 2009, 223 p.
Traduction du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac
Titre original : Sinfonia em branco
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04.02.2009
La taille d'un ange - Patrick Juiff
L'univers de Patrick Juiff est voisin de celui d'Olivier Adam, et en même temps à mille lieux, pourtant. C'est difficile de pointer avec exactitude de quoi il est fait, c'est un mélange de désespoir et de douceur, ce sont des gens normaux et complètement paumés, ce sont des sentiments lancinants qui nouent les tripes...
En neuf nouvelles, on se fait broyer lentement.
Si on a déjà lu ses précédents romans, Frère et soeur et Kathy, on commence un peu à reculons, prêt à reposer le recueil si on voit tout de suite où on va aller, réticent à plonger dans la noirceur, envie quelque part d'en identifier le procédé, et de le désapprouver. Mais on se fait happer de suite, il n'y a aucun procédé, c'est pur, c'est précaire, c'est de l'empathie.
La famille est le thème central. Des familles qui ne fonctionnent pas très bien, comme dans "Le dimanche matin" : "Papa nous tabasse tous les dimanche matin". C'est l'aînée de la fratrie qui raconte, elle a 13 ans, fait encore pipi au lit, et est chargée de choisir chaque dimanche qui va passer sous les coups du père. Ou "Un coeur en commun", où une jeune fille rencontre enfin sa mère, handicapée mentale. Ou chacune des neuf nouvelles, qui nous effraient, nous touchent, nous remuent.
A l'heure où tant de livres sont insignifiants, collent des mots mignons pour faire des histoires gentilles, le talent d'un Patrice Juiff foudroie.
(Grand Prix SGDL 2008 de la Nouvelle)
Ed. Albin Michel, 2008, 273 p., 18 €
06:23 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, noirceur, douceur, tristesse insondable |

