29.09.2010

Rupture - Simon Lelic

 

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Un drame vient d'avoir lieu en Angleterre : un professeur d'Histoire a abattu 4 personnes dans l'enceinte même d'un collège avant de retourner son arme contre lui. Lucia est chargée de l'enquête, elle recueille les témoignages. Elle a passé la trentaine, subit des collègues lourdingues qui la harcèlent, c'est l'été, il fait une chaleur fort peu anglaise. Aussi vite que son chef lui demande de boucler son rapport énonçant une dépression nerveuse/pétage de plomb du meurtrier, elle constate que ce n'est pas si simple : ce qui se dégage de son enquête est bien plus oppressant qu'un cas isolé...

Oppressant est le mot juste. Cette histoire est dure et sa lecture vraiment douloureuse. Un collège anglais où la sécurité est un mot vide, où on tolère des comportements totalement déviants. Des drames insoutenables. Une police corrompue pour le pire : avoir simplement la paix, céder aux pressions des supérieurs, sans s'interroger sur leurs motivations. L'avancée des témoignages creuse un malaise de plus en plus profond.

Lucia, pourtant, existe elle aussi de plus en plus intensément au fil des pages, apportant l'indispensable part d'humanité. Elle réagit admirablement, ne se défilant pas, ne s'effondrant pas. Elle est aussi coincée que le lecteur, n'a aucune solution magique ni des gros muscles qui feraient des têtes au carré à l'américaine, mais elle démontre tranquillement qu'il ne faut jamais, jamais ne rien faire.

Premier roman impressionnant, maîtrisé, costaud, remuant. Pour âmes averties.

 

Ed. du Masque, 2010, 305 p.

Traduit de l'anglais par Christophe Mercier

 

"- Pour commencer, je n'aurais jamais dû entrer dans la police.

- Alors on ne se serait jamais rencontrés. Ce qui veut dire que Nabokov et toi ne vous seriez jamais rencontrés. Ce qui veut dire que tu lirais toujours des polars. Des histoires de procédure policière. Des Agatha Christie.

- Je lis toujours des polars.

- Non, tu n'en lis plus.

- Si, j'en lis encore. Je lis Ian Rankin, Patricia Cornwell, Colin Dexter. J'ai même lu le Da Vinci Code.

- Lucia !

- Et en plus, j'ai bien aimé.

Phlipp prit Lucia par le coude et la guida vers le trottoir.

- Au moins, baisse la voix quand tu dis ça. Je connais des gens là-dedans."