20.09.2010
Plan social - François Marchand
"Les époques les plus meurtrières sont annoncées, un peu à l'avance, par une progression irrésistible des bons sentiments."
La famille Delcourt fabrique des ancres marines depuis des générations. Aujourd'hui, l'entreprise va mal, Émile ne possède plus que 40 % des parts, et n'a pas les moyens de payer un plan social. Il lui faut dégraisser 25 % de sa masse salariale à l'arrache...
"Plan social" est un roman férocement drôle. Tout et tout le monde en prend pour son grade, et François Marchand marie en virtuose les vérités les plus fondamentales avec un comique des plus absurdes.
J'ai beaucoup aimé ce qu'il dit des gens du Nord :
"Le Nord, à dire vrai, n'a à offrir en toutes saison que de froides journées de pluie s'abattant sur de tristes maisons en brique rouge qu'un dieu malveillant a placées au milieu d'un champ de betteraves. Et ne parlons pas des châteaux d'eau. Certes, il est bien entendu que le Nord est aussi plein de gens formidables et chaleureux, bien plus qu'ailleurs. Comme la plupart des idées reçues, celle-ci est parfaitement exacte : le nordiste est vraiment quelqu'un de bien, capable de vous rendre des services importants, sans à aucun moment y faire allusion devant vous, même plusieurs années plus tard. Si l'on n'avait pas la preuve irrécusable du service rendu, on pourrait croire qu'on a rêvé, tant celui dont vous êtes redevable demeure mutique sur la faveur ainsi gratifiée dans la plus grande discrétion. En cette époque d'autoglorification généralisée et de bonnes actions institutionnalisées, l'homme du Nord reste fidèle à l'adage évangélique : "Que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, en sorte que ton aumône demeure secrète" (Mathieu, VI, 3-4), et, plus simplement, demeure tel qu'il a toujours été : bienveillant et pudique."
En réalité, en dehors de l'intrigue dézingante à tout-va, j'ai aimé la grande majorité de ce que j'ai ici lu.
"La seule arme qu'il restait aux être incarnés (...) c'était le rire. Le vrai rire, méchant, contre soi-même et contre les autres." Amen.
Ed. Le Cherche-Midi, 2010, 120 p.
L'avis d'Amanda,
05:27 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : féroce, drôle, plein de vérité |
31.05.2010
Deux caravanes - Marina Lewycka
Un road-movie, un roman choral, une saga presque familiale, une épopée humaine, un mélange multiracial et multiculturel, une histoire d'amour, un chien très actif et des gloussements perpétuels, voici ce qu'offre le deuxième roman de Marina Lewycka.

Au départ, nous sommes dans deux caravanes, celle des hommes et celle des femmes, plantées au milieu d'un champ de fraises. Ils sont tous venus pour ce travail saisonnier, la cueillette des fraises, avec des rêves différents. Mettre un pied en Angleterre, en tous les cas, était celui en commun. Ils sont de nationalités différentes, baragouinent avec peine quelques mots d'anglais, et vont se retrouver pour certains embarqués dans des péripéties pas piquées des vers...
Je me suis bidonnée du début à la fin, c'est rock & roll tout en restant tout le long bon enfant. Il y a des passages très durs sur l'élevage du poulet, une solide présentation de la politique ukrainienne, des enfoirés de première et de sacrés caractères. Il y a surtout un génial travail de la langue (bravo la traductrice) qui est tout simplement hilarant.
Je n'entre pas plus avant dans les détails, c'est un chouette roman distrayant et dépaysant, fortement conseillé !
Ed. des Deux Terres, 2010, 420 p.
Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sabine Porte
Titre original : Two Caravans
06:01 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : angleterre, ukraine, pologne, chine, malawie, drôle, jeux de langage, férocement social sous l'humour |
05.05.2010
One for the Money - Janet Evanovich
"Honey, you couldn't find your ass with both hands."
J'ai enfin fait la connaissance de Stéphanie Plum ! Et je suis ravie de l'avoir fait en anglais, tout en me demandant sérieusement comment on
pouvait rendre le niveau très familier mais sympathique du langage employé. Je lirai le tome suivant en français, histoire d'assouvir ma curiosité.
Dans ce tome où tout commence, Stéphanie a perdu son boulot. Elle n'a plus aucune ressource et est contrainte de vendre un par un ses meubles pour pallier aux urgences (manger, mettre de l'huile dans sa voiture qui déconne à plein tubes...). Sa mère lui indique que son cousin cherche quelqu'un pour un petit travail administratif (ou qu'ils cherchent une shampouineuse au salon de coiffure du coin), mais finalement c'est un job de chasseuse de prime qu'elle accepte : mettre la main sur des récalcitrants qui ne se sont pas présentés à une convocation judiciaire.
Elle n'a aucune expérience, est la reine des gaffeuses (limite bien concon parfois) mais n'a peur de rien. Pas même de rechercher Morelli, le tombeur du coin. Elle le connaît depuis toujours, a eu deux grandes expériences avec lui, l'une dans son garage quand ils avaient six ans, l'autre à l'adolescence sur le sol de la boulangerie où elle travaillait. Qu'elle ait essayé de l'écraser suite à ça est un détail. Le sieur a une confiance en lui du tonnerre, et il n'est pas le dernier pour mettre ses neurones en action.
Epaulée par Ranger, la star des Bounty Hunters, la miss se lance bille en tête dans cette mission, qui va la confronter à un champion de boxe complètement cintré et dangereux, pour commencer...
"I'm telling you, it's fucking hard to be classy" nous dit Connie à un moment (j'adore Connie) et effectivement, classy, Miss Plum ne l'est pas. Mais marrante, oui, spontanée, fonceuse, très chanceuse, elle nous fait vivre ses aventures à un rythme effréné qui est très agréable. Je n'avais pas misé un kopek sur le vrai bad guy, bonne surprise pour moi. Par contre, côté sexytude j'ai trouvé ça extrêmement léger, vraiment pas grand chose à se mettre sous la dent. Dites-moi que ça se corse dans les tomes suivants ou je vais être déçue !...
Penguin Books, 1994, 290 p.
Croqué également par : Karine, Pimpi, Nataka, Papillon, Yue Yin, Tamara, Chimère, Stéphanie, Caro, ... Et pour mal d'entre elles, grâce au lobbying intensif de Fashion, que je remercie pour le cadeau.
07:05 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : policier, drôle, léger, sympa |
02.05.2010
Planning familial - Karan Mahajan
"Elle avait quarante ans - la quarantaine qui inspire aux gens ce genre de commentaire : "Vous faites jeune pour vos soixante ans.""

Normal (ou tout au moins compréhensible) que Sangita ne fasse pas très jeune; déjà elle a toujours été laide, et treize enfants (le quatorzième en route) ça vous use une femme. Pas le même nombre de grossesses, ceci dit, par le fait de jumeaux et le premier-né était déjà conçu. Elle a épousé M. Ahuja alors qu'il était veuf et déjà père du jeune Arjun. L'heureux (c'est à voir) chef de famille est ministre, ce qui a une signification toute particulière à Delhi de nos jours. Il a souvent menacé son épouse de révéler à Arjun la vérité sur leur mariage (original dans son genre), et décide soudain de le faire vraiment.
Arjun a seize ans, il est agité par des sentiments divers et confus, parmi lesquels un coup de coeur pour une fille folle de Bryan Adams. Il lui fait croire qu'il chante lui-même dans un groupe de rock et tombe des nues quand il se renseigne sur le net sur ce chanteur ("Racistes ! Anti-canadiens ! [...] Le vrai problème c'est que Bryan Adams manque de tranchant. Il est même trop cucul pour être un plaisir coupable. Cette phrase l'acheva une fois pour toutes."). Il n'a aucun besoin d'apprendre que sa mère n'est pas sa mère précisément maintenant, alors qu'il se sent déjà rejeté parce qu'elle sollicite moins son aide pour les bébés.
A la maison, c'est le 11 septembre tous les jours, a-t-elle coutume de déclarer, et en effet le quotidien est plutôt coloré.
Alors comment va-t-il réagir ? C'est ce qu'on finit par apprendre, au milieu de nombreuses péripéties toutes plus délicieuses les unes que les autres...
"Techniquement, c'est votre demi-frère.
- C'est quoi, techniquement ? demanda Sahil.
- Par un traité secret, lui explique Rita. Techniquement, la Grande-Bretagne dirigeait l'Inde. Ce genre de trucs.
- Mais non, idiote, l'interrompit Tanya. Ça veut dire légalement."
Un roman alerte et très amusant, qui nous offre une vision mordante de l'Inde contemporaine. Le style est vif et la famille Ahuja captivante, les passages politiques satiriques, se lit d'une traite en pouffant à qui mieux-mieux.
Ed. Philippe Picquier, 2010, 269 p.
Traduit de l'anglais (Inde) par Julie Sibony
Titre original : Family Planning
10:54 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : premier roman, inde, famille nombreuse, drôle |
31.03.2010
Quand souffle le vent du nord - Daniel Glattauer
Si vous pouviez me voir à l'instant où je termine ma lecture de cet échange épistolaire par mail (ce que je ne vous souhaite pas, soyons honnête), vous verriez des joues fiévreuses, des yeux brillants, un sourire niais très large, un souffle un peu court : je suis tombée amoureuse de Leo.

Leo Leike est bien tranquille chez lui lorsque Emmi Rothner lui envoie par erreur trois mails, à plusieurs jours d'intervalle, pour résilier un abonnement. Il l'informe poliment de sa méprise, elle s'excuse tout aussi poliment, tout devrait s'arrêter là. Sauf que son adresse mail est entrée dans la mémoire de son répertoire, et lorsqu'elle envoie un mail groupé de bonne année (hyper lambda) à son fichier client il y est inclus. Ils sont de parfaits inconnus, mais Leo a de l'humour (et une grande intelligence, et une sensibilité hors du commun, et une finesse, et... Bon, tout ceci on le voit plus tard, au fur et à mesure) (mais Leo, quoi. Leo, Leo, Leo.), et lui répond ceci :
"Chère Emmi Rothner, nous ne nous connaissons pour ainsi dire pas du tout. Cependant, je vous remercie pour votre si sincère et si original mail groupé ! Il faut que vous le sachiez : j'aime les mails groupés destinés à un groupe auquel je n'appartiens pas. Sincère salutations, leo Leike."
Bien sûr, Emmi, piquée, répond, la discussion s'engage, et de fil en aiguille se crée une relation forte. Intense. Pleine de piquants, de réparties géniales, fourmillante de non-dits et de suggestion sous les mots. Ils tombent amoureux, quoi. Vraiment, profondément amoureux.
Mais Emmi est mariée, Leo sort d'une histoire difficile, et surtout, surtout, ils sont conscients que l'état de grâce dans lequel les plongent leur échange de mail ne survivrait pas à une rencontre. Alors, comment se sortir de tout ça ?...
J'ai trouvé que c'était exactement ça, ce qui se passe avec le phénomène virtuel. On a toutes et tous déjà ressenti des émotions fortes à la simple lecture de mots sur un clavier, des gens qu'on aime bien, d'autres qui nous hérissent, sans les avoir jamais rencontrés. Des sympathies spontanées qui nous poussent à nous investir dans certaines relations virtuelles. C'est un phénomène étrange et mystérieux, qui en toute logique ne devrait pas exister. "Pour se plaire, il faut se regarder dans les yeux au moins une fois." dit Leo à un moment. D'ailleurs, le passage du virtuel au réel est très souvent déstabilisant, si ce n'est toujours décevant.
Et autant ce n'est pas bien grave quand il s'agit d'amitié, parce qu'on s'ajuste, on revoit notre imaginaire et on peut ainsi avoir d'excellentes surprises, l'incarnation offrant un vrai plus aux éclats de rire, autant un emballement amoureux ne me semble pas pouvoir résister au passage "en vrai".
Alors on se pose des questions tout au long de ces bien trop courtes 348 pages, que va-t-il se passer, comment vont-ils faire ? On a des coups de théâtre qui nous font nous redresser dans notre fauteuil, des valses hésitations qu'on approuve, des mails qu'on relit, d'autres qu'on aimerait bien avoir écrit...
Ils sont très attachants, Leo et Emmi. Ils nous font croire à leurs chassés-croisés. Et leur histoire est plutôt symptomatique...
Ed. Grasset,1er avril 2010
Traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret
Titre original : Gut gegen nordwind
Lu également par : Cathulu (nan mais tu as le droit de préférer Julius Winsome, Leo est ainsi tout à moi :)), Emeraude (J'ai 42 ans, Emeraude, j'ai vibré de tous mes poils ;o)), Froggy's delight (pour un compte-rendu clinique et dépassionné) (le truc sérieux, quoi), Celsmoon (qui en a pleuré dis-donc), Fashion (qui excelle dans la louange, et qui réussit à placer un certain Doctor, trop forte), ...
Il y a déjà une suite parue en Allemagne, "Alle sieben Wellen" (toutes les septièmes vagues ?) et vivement la traduction (parce que là, pour le coup, l'allemand, nicht possibeul !). Les lecteurs allemands n'ont pas accepté l'épilogue de ce roman, et ont harcelé l'auteur pour qu'il continue les aventures de nos deux tourtereaux...
Petit extrait, Emmi est partie une semaine au ski, Leo lui écrit pendant ce temps :
"Un jour plus tard
Pas d'objet
Pour que vous ayez trois mails de moi dans votre boite de réception. Je vous embrasse, Leo. (Hier, exprès pour vous, ou du moins en pensant à vous, je me suis acheté un nouveau pyjama.)
Trois heures plus tard
REP:
Vous ne m'écrivez plus ?
Deux heures plus tard
REP:
Vous ne pouvez plus m'écrire, ou vous ne voulez plus m'écrire ?
Deux heures et demie plus tard
REP:
Je peux échanger mon nouveau pyjama, si c'est le problème.
40 minutes plus tard
RE:
Ah, Leo, vous êtes tellement mignon ! Mais ce que nous faisons n'a aucun sens. [...]"
06:02 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note | Tags : epistolaire, ébouriffant, drôle, palpable, intéressant, émouvant, frustrant, raaa je le relis aussi sec dans la foulée, une deuxième fois |
11.10.2009
La Petite Dorrit - Charles Dickens
La Petite Dorrit s'appelle en réalité Aimée. Elle est née en prison, et son père y passera tellement d'années qu'il héritera du titre de "Père ou Doyen de la Maréchaussée". Y être née lui procure à elle aussi une certaine célébrité, mais pas autant que son caractère et sa façon d'être. La Petite Dorrit est une crème, une petite personne formidable qui se dévoue toute au bien-être de sa famille, et qui aime tendrement son père, à qui elle épargne dans la mesure du possible toute contrariété. Elle est aimée très sincèrement par le petit John, fils du gardien de la prison, mais ne partage pas son inclinaison. Elle, c'est d'Arthur dont elle s'éprend durablement; Arthur qui refuse lui-même de s'avouer un sérieux penchant pour Chérie, la fille de ses amis les Meagles; qui elle-même est folle de Mr Gowan, au grand dam de ses parents (et d'Arthur). Manque encore Flora, bluette de jeunesse d'Arthur, qui aimerait beaucoup retisser ces fils quelque peu distendus...
Beaucoup d'amours contrariés donc, dans ce gros roman (970 pages), mais évidemment pas que ça.
Une charge féroce et drôle contre l'administration anglaise et son goût pour l'immobilisme (le Ministère des Circonlocutions en long, en large et en moult détails !) et une mise en situation extrêmement précise d'une escroquerie de haut-vol maintiennent une tension tour à tour amusante et pesante, au milieu de plusieurs intrigues menées de front sans faiblir, de personnages cocasses et plein de vie, de différents pays évoqués.
Onzième roman écrit en pleine gloire, à 43 ans, La Petite Dorrit m'a emportée dans ses pages avec une intensité qui augmentait sans cesse. J'ai été profondémment émue par le personnage du petit John, dans sa cocasse manie de dresser mentalement de dramatiques épitaphes, et par sa déclaration à son "rival", qui ne prend alors qu'à peine conscience de ses propres sentiments :
"- Seigneur, dit John en prenant à témoin les pointes de fer qui couronnaient le mur, il demande quoi !
Clennam regarda les pointes, puis John; puis les pointes, puis John.
- Il demande quoi ! Et, qui plus est, s'écria John en le contemplant comme à travers une douloureuse brume, il a l'air de bonne foi ! Vous ne voyez donc pas cette fenêtre, monsieur ?
- Naturellement que je la vois !
- Vous voyez cette chambre ?
- Naturellement que je la vois.
- Et ce mur en face, et cette cour en bas ? Tout cela en a été témoin, du matin au soir et du soir au matin, d'une semaine à l'autre, d'un mois à l'autre. Combien de fois n'ai-je pas vu Miss Dorrit ici alors qu'elle ne me voyait pas !
- Témoin de quoi ? dit Clennam.
- De l'amour de Miss Dorrit.
- Pour qui ?
- Pour vous ! dit John en lui mettant la main sur la poitrine.
Puis il recula jusqu'au fauteuil, où il s'assit, tout pâle, les mains sur les accoudoirs, en secouant la tête à l'adresse de Clennam.
S'il avait donné à Clennam un violent coup de poing au lieu de le toucher délicatement, il ne l'aurait pas ébranlé davantage. Le prisonnier demeurait confondu. Ses yeux étaient fixés sur John, ses lèvres s'entrouvraient et semblaient s'efforcer de dire : "Moi ?" mais sans parvenir à émettre un son. Il avait les bras ballants et ressemblait de la tête aux pieds à un homme qu'on vient d'éveiller en sursaut et qui n'arrive pas à saisir la nouvelle qu'on vient de lui annoncer.
- Moi ! dit-il enfin tout haut.
- Oui ! Vous ! gémit le petit John.
Il fit de son mieux pour sourire en répondant :
- C'est pure imagination. Vous faites erreur !
- Moi ! Faire erreur ! monsieur, répliqua John, moi, me tromper sur ce point-là ! Non, monsieur Clennam, ne me dites pas ça. Pour toute autre chose, bien sûr ! je n'ai pas la prétention d'être grand observateur et je sais bien tout ce qui me manque pour ça. Mais moi, me tromper sur une chose qui m'a plus tourmenté le coeur qu'une pluie de flèches tirées par des sauvages ! Moi, me tromper sur une chose qui a failli me mettre dans la tombe (comme je l'aurais parfois souhaité, si la tombe n'avait pas été incompatible avec le commerce du tabac et les sentiments de mes parents !) Moi, me tromper sur une chose qui en ce moment encore m'oblige à prendre mon mouchoir comme une grande fille, bien que je ne voie pas pourquoi "grande fille" serait un terme de reproche, car tout esprit masculin bien constitué les aime toutes, grandes et petites. Allons donc ! Ne me dites pas ça ! Ne me dites pas ça !"
Plus tard dans la nuit, il s'endormira malgré tout d'un paisible sommeil, ce cher John, après avoir composé cette épitaphe :
" Passant !
Respecte la tombe de
JOHN CHIVERY Fils
mort à un âge avancé
qu'il est inutile de préciser.
Ayant rencontré son rival plongé dans le malheur
son premier mouvement fut d'en découdre
mais en souvenir de la bien-aimée
il surmonta sa rancoeur
et se montra
MAGNANIME
"
...
(Mention spéciale également au personnage de Flora, en lequel Dickens égratigne son propre amour de jeunesse, mais avec quel humour ! C'est souvent proprement hilarant, et cette sossotte est pourtant rendue bien attachante, quand elle veut bien laisser parler son coeur...)
"La Petite Dorrit" est un roman parfait; en l'espèce, et également pour découvrir Dickens, nonobstant le très léger problème de ne plus le trouver en librairie (en français) (et même en Pléiade). Je ne saurais trop recommander le farfouillage en bouquinerie et en bibliothèque (et de ne surtout pas en lire une version expurgée, qui elles, pullulent) !
Un ENORME merci à Laure, ma chère Géotrouvetout jamais prise en défaut :)
(Bibliothèque de la Pléiade, 1970, traduction de Jeanne Métifeu-Béjeau)
Pas tout à fait un coup de coeur pour Isil, mais du Dickens reste toujours au dessus du lot :)
17:44 Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, féroce, drôle, prenant, émouvant, du dickens, quoi! |
20.02.2009
Plage de Manaccora, 16h30 - Philippe Jaenada
Vacances : il fait chaud, il fait beau, c'est le bullage intensif et tout le monde est détendu. Lors du petit-déjeuner sur la terrasse (salami et
gorgonzola trempés dans le café) on sent une odeur de barbecue, ça donne envie de merguez... Sauf que c'est le début d'un gigantesque incendie de forêt, et que très vite c'est panique à bord : la mort est partout. La route est coupée, il faut fuir à pied vers la plage, le vent ne cesse de tourner, il faut prendre des décisions, la fumée et les flammes gagnent du terrain.
C'est très fort de parvenir à faire rire tout en soutenant une tension dramatique qui sonne juste. Jaenada y parvient pourtant, et j'ai vraiment ri à deux endroits (l'anecdote sur le plateau de fruits de mer, et l'accident au ski). C'est un roman réussi, qui est à la fois tendre et mordant, léger et plus profond qu'il n'y paraît.
C'est rempli de très jolies déclarations d'amour pour le personnage d'Oum, l'épouse, des célèbres doubles parenthèses (en récession, me semble-t-il), et l'on passe un très bon moment entre ces pages.
Ed. Grasset, 2009, 280 p., 17,90 €
Amanda (merci pour l'envoi !) en parle plus en détails.
06:13 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : jaenadien, bien foutu, drôle, suspens |

