20.03.2011
Oeil pour oeil, dent prudente
Un homme entre deux âges arrive dans un aéroport, il est en vacances. Il a acheté un forfait d'une semaine, une semaine pour jouer les touristes dans la Zone. Il déclare s'appeler Greg et être suisse, le chauffeur de taxi et le personnel de l'hôtel font semblant de le croire, ils ont l'habitude. La Zone est un endroit où l'on vient chercher l'adrénaline, assister à des pendaisons en pleine rue, se faire enlever par des terroristes ou slalomer entre les mines sur la plage, avant de se jeter dans la piscine où s'ébattent des piranhas féroces. Mais Greg n'est pas tout à fait un touriste comme les autres...
"Le destin du touriste", de Rui Zink (Editions Métaillié, 2011, 188 pages) est une excellente dystopie. Focalisés sur Greg et ce qu'il laisse entendre de ses motivations, on remarque, comme lui, du coin de l'oeil, des petits grincements dans les rouages mais on ne quitte pas suffisamment les rails pour correctement les interpréter. Tout s'éclaire peu à peu et en devient subtilement encore plus effrayant : un tel avenir est-il si imaginaire ?
Le ton est décalé dès le départ, et sait passer avec beaucoup de tendresse du rire (le coup de la drogue est hilarant) à l'émotion : l'histoire de Greg est tragique, et la narration tranchée (dans le sens coupée nette en chapitres) en accentue encore les effets.
L'histoire de la Zone n'est pas en reste :
"Toute la zone a sa part de danger. C'est sa malédiction. Mais aussi son charme. Les gens d'ici n'ont rien à perdre. Et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils ont déjà tout perdu. La misère et le malheur vont ici main dans la main.
- Comme la poésie et la mort."
Traduit du portugais par Daniel Matias
Titre original : O destino turistico
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : dystopie, guerre, ruines, apparences, désespoir