06.08.2008

Monsieur Alain Rémond

Les romans n'intéressent pas les voleurs

Un rewriter de best-sellers indigents et son ami d'enfance, journaliste, se lancent sur la piste de l'auteur phare de toute leur vie, Santenac. Avec seulement trois romans publiés il y a trente ans, ce dernier les a accompagnés, soutenus, leur a offert le plus beau des accès à la littérature, celui qui intègre à la vie des morceaux entiers de livres. Disparu depuis des lustres, ils le retrouvent, donc, "plus ou moins", mais il n'est pas celui qu'ils espéraient. En plus Jean-Paul déconne, tss, ces journalistes, alors ils se fâchent, et soudain coup de tonnerre....
Bon il y a plein de rebondissements, qui font partie intégrante du bonheur de cette lecture, n'en disons donc pas trop.

C'est un roman qui avance à cent à l'heure, empli de dialogues, très vif et remuant. Excellentissime passage où Jérôme nous parle de Bannister, notamment l'intrigue des Galopades aux Galapagos, fou-rire assuré, "et voilà le travail".

Beaux moments d'émotion également avec la lettre qu'il adresse à Santenac, et l'épilogue de ce roman qui dit juste exactement le contraire. Mais le paradoxe est insoluble, il se vit dans sa chair, c'est tout.

C'est aussi un roman qui parle de la lecture, de cliques de lecteurs, de l'édition, des libraires, des best-sellers, d'auteurs et de la difficulté d'écrire, et qui en parle bien. Si en plus, on ne sait jamais, vous êtes de l'Aveyron, achetez-le de suite, vous allez l'adorer.

(ouvrage publié sous la direction de Hervé Hamon, dont je recommande toujours l'excellent et drôlatique "Paquebot")
Ed. Stock, 08.2007, 16 €


Comme une chanson dans la nuit

(suivi de "Je marche au bras du temps")

Récemment j'ai lu "Les romans n'intéressent pas les voleurs", d'Alain Rémond, et j'avais bien aimé. C'est un roman dont les thèmes comptent parmi mes préférés, qui est plein d'entrain, qui "coule" bien. Mais maintenant que j'ai lu la plume de l'auteur dans le genre du récit, je l'affirme haut et fort : il n'y a pas photo.

Il y a dans ses phrases, lorsqu'il parle de lui, une émotion retenue, un regard pudique et légèrement distancié et une qualité qui sonnent mille fois plus juste que dans son roman. Et Dieu sait qu'il n'aimerait pas lire ça !

Dans la seconde partie, il nous entretient justement longuement de son rapport à l'écriture : chroniques, récits autobiographiques, roman. J'ai relevé de nombreux passages, beaucoup de choses ont résonné avec mes propres avis, c'est souvent extrêmement bien vu, bien rendu, mais on n'échappe pas à une certaine emphase assez régulière ("Pardon pour cette emphase, pardon." p. 188) (ou "Et j'écris pour lui, ce lecteur singulier qui est assis là, en face de moi, patient, attentif. Et que je remercie de m'écouter. Je lui parle à l'oreille, à voix basse. Parfois, je le vois bien, je l'embête avec mes histoires, toujours les mêmes. Alors je me tais. J'attends. J'efface tout ce que j'ai dit. Et je reprends, au plus près de moi, au plus près de lui. Il est d'une infinie patience. D'une intime exigence. J'écris pour qu'il m'écoute." p. 214)

C'est vrai, on se lasse un peu parfois, de ce martèlement répétitif, même si on en comprend toujours les raisons, si ce n'est jamais gratuit. Et puis certains paragraphes nous emportent, le temps qui passe, le solex (brillant, le solex !). Et puis ce ton, cette proximité, qui sont tout simplement touchants.
On est touché.
Emu.
On répond présent, c'est tout.


Ed. du Seuil, avril 2003 & Janvier 2006
Ed. Points, juin 2007 6 €

14.11.2006

Une palette intimiste d'individualités

Laurence CosséVous n’écrivez plus ?

Gallimard, 2006

 

Onze nouvelles sur le thème de l’écriture : Inspiration, prix littéraire, durée de carrière, lisibilité, imbuvable à interviewer, rapport au père, etc., la gamme est étendue mais toujours en rapport avec cet acte si bizarre pourtant si partagé : le besoin viscéral de saisir un crayon et une feuille.

Pour autant, il ne faut pas vous attendre à des révélations croustillantes ou à la peinture caustique d’un milieu que tout le monde s’acharne à salir de nos jours.

Non, c’est vraiment une palette intimiste d’individualités que nous propose Laurence Cossé, en nous faisant à chaque fois entrer dans l’univers des protagonistes, souvent en demi-teinte.

Par exemple, Moments perdus, l’histoire d’Edith, qui jongle entre ses différentes tâches quotidiennes, toutes banales, les nôtres, et les deux heures qu’elle consacre contre vents et marées à écrire sous l’œil ventouse de son très âgé beau-père. Ventouse, ou Vampire ? Même son éditeur voudrait effacer le cacochyme… histoire d’une vie !
Ou Un monsieur, où ce simple mot a une énorme signification, plutôt que type, mec, gars.
Ou encore Un pull bleu très doux, où ça va finir par rentrer dans ta petite tête que l’auteur n’est pas le personnage, nom de nom ? Ton job, je m’en tape. Mon personnage, Ma vision du truc (la seule valable, est-il besoin de le préciser ?), Moi, Moi, Moi.

C’est bien écrit, bien vu, mais trop vite lu. En route pour les romans de Laurence Cossé, je suis juste mise en appétit, là.

 

198 p.