23.03.2011

Les Rougon-Macquart 20/20

"Je n'ai qu'une faim et qu'une soif, être aimée, être aimée en dehors de tout, par-dessus tout, comme tu m'aimes."

Retour à Plassans pour le tome final des RM, Le Docteur Pascal. Pascal Rougon ne l'a jamais quitté, se consacrant à l'exercice de son métier (docteur, donc) et à la recherche. Sa mère lui ayant de tout temps seriné qu'il "était en dehors de la famille", il l'a étudiée toute sa vie, se sentant effectivement tout à fait étranger, épargné par les tares et comportements déviants. Pascal est un homme doux, bon, gai, serein. Il nous prend par la main pour nous raconter ces Rougon et ces Macquart et leurs évènements terribles, et c'est déjà très émouvant d'effectuer ainsi cette rétrospective.

Ensuite il y a Clotilde, sa nièce, la fille de son frère. Il l'a élevée, il s'en découvre épris. Elle a 25 ans, il en a 59, qu'importe, ces deux-là s'aiment, s'en aperçoivent et s'autorisent à le vivre. Avant de céder à la pression sociale et familiale, et de connaître la perte. Mais un enfant a été conçu, qui termine tout le cycle. Que sera-t-il, qui sera-t-il, nul ne le sait, il est la vie qui toujours gagne...

C'est curieux comme l'accueil critique de l'époque s'est attaqué aux grandes notions exposées dans ce tome final des RM, sans laisser sa chance à l'émotion. Le Docteur Pascal est un roman extrêmement touchant, au point, selon ma lecture tout au moins, d'emporter tout le reste. Oui, on croit à l'amour de Clotilde pour Pascal, oui, on s'enflamme nous aussi pendant leurs conversations philosophiques sous les étoiles, oui il y a une grande tristesse à l'idée que ce sont les dernières pages de ce cycle incroyable, et oui, c'est bien de terminer par une naissance.

J'ai un peu de mal à comprendre, en revanche, que personne (dans l'étude critique de La Pléiade) ne dise quoi que ce soit quant à l'inceste flagrant et manifeste, et surtout couronné d'un enfant, représentant le nouveau rameau RM : pas exactement l'idéal comme auspices, et en soi pas super clean non plus.

Zola aimait Jeanne Rozerot, cet amour est palpable partout dans ce roman. Je n'ose dire qu'en Martine j'ai vu Alexandrine, pourtant cette dévotion étroite qui saigne en permanence, et cette reconnaissante affection en retour m'y ont fait terriblement penser. Alors évidemment il y a quelque chose d'un peu faiblard dans cette façon de raccrocher aux branches tout ce fatras sur l'hérédité, cet optimisme fataliste défendu avec une certaine candeur et quelque maladresse, mais il y a aussi une formidable sincérité qui s'en dégage. Il y a de la douceur et de la nostalgie, il y a un espoir insensé que tout soit encore possible, il y a, je trouve (vraiment !) un élan, une vitalité qui m'ont saisie et ne m'ont plus jamais lâchée.

Je suis très heureuse d'avoir lu ce cycle en entier, sur 6 mois, dans l'édition de La Pléiade. Je remercie infiniment Stéphie qui m'en a donné l'envie, un soir de septembre, sur Facebook. Si Zola vous intimide, je vous conseille vivement d'en parler avec elle :))

Merci également au trio des fabuleuses, qui m'a offert le premier tome (je ne pouvais plus reculer ! I dit it !).

 

Tous les billets :

1. La fortune des Rougon

2. La Curée

3. Le Ventre de Paris

4. La Conquête de Plassans

5. La Faute de l'abbé Mouret

6. Son Excellence Eugène Rougon

7. L'Assommoir

8. Une Page d'Amour

9. Nana

10. Pot-Bouille

11. Au Bonheur des Dames

12. La Joie de Vivre

13. Germinal

14. L'Oeuvre

15. La Terre

16. Le Rêve

17. La Bête Humaine

18. L'Argent

19. La Débâcle

20. Le Docteur Pascal

10.03.2011

Les Rougon-Macquart 19/20

"J'ai toujours, comme nous disions, les yeux plus gros que le ventre. Quand je m'attaque à un sujet, je voudrais y faire entrer le monde entier."

Avant-dernier tome des RM, La Débâcle en est aussi le plus long, nous assure l'étude de la Pléiade et je tombe des nues : il est passé si vite. Roman de la guerre, du désastre de Sedan, de la commune en troisième partie (mais vraiment survolée), où l'on retrouve un Jean Macquart, bien loin de l'état d'esprit de La Terre. Il est bon, il est juste, il est brave, vraiment, même s'il n'est toujours pas intellectuellement très lesté. 

"Des héros, peut-être, mais des ventres avant tout." En dehors des descriptions terribles qu'un tel sujet (la guerre) fait couler de la plume de Zola (absolument tout ce que vous n'auriez même pas osé imaginer), les évocations de la faim m'ont fortement impressionnée (la scène du cheval m'a même traumatisée). Pourtant, il y a dans l'ensemble du roman une tonalité toute respectueuse, presque l'antithèse de celle qui régnait dans La Terre. Comme si la gravité du sujet et la réalité même des faits ne nécessitait aucune exagération, comme si Zola s'était adouci. Il y a de belles âmes, dans ce tome, il y a des soldats tout simples (qui comprennent pourtant souvent trop bien les stratégies militaires, mieux que moi en tous les cas), il y a de la bonté et de la solidarité, de l'amour, même. 

Toutefois, à sa surprise (car il pensait sincèrement avoir écrit là une oeuvre sans polémique), Zola s'est encore pris une volée de bois vert à la parution de La Débâcle (pas uniquement, évidemment, mais...). Et je le retrouve bien là, dans Retour de voyage, le texte qu'il écrivit pour Le Figaro, le 10 octobre 1892 :

"Je reviens d'un voyage de deux mois et je suis terrifié de l'effroyable amas de journaux que je trouve sur ma table, tous plein d'articles à mon adresse. Grand Dieu ! quel flot torrentiel et que d'encre perdue ! Je sais bien que les vacances de la politique, Paris aux champs et les boulevards déserts ont singulièrement favorisé cet excès de prose, lâchée au petit bonheur de l'information. Mais n'importe ! c'est encore bien du bruit pour un simple romancier.

Naturellement, je ne vais pas répondre à tout ça. Autrefois, je bondissais sous la contradiction et l'injustice, j'avais la fièvre de la bataille, je voulais la victoire complète et immédiate. Je me suis beaucoup calmé et je reste convaincu aujourd'hui qu'il est radicalement inutile de répondre et de se défendre, dans les querelles littéraires, quand vos oeuvres sont là qui répondent pour vous. A quoi bon la polémique du journal, que le vent emporte, lorsque le livre demeure ?

Pourtant, il est deux points sur lesquels mes amis m'affirment qu'on attend de moi une réponse. Il paraît que cela ferait très mauvais effet si je gardais le silence plus longtemps. Et je m'éxécute donc volontiers avec la certitude que les choses n'en iront pas moins leur train."

Et là il en fait 6 pages :))

 

27.02.2011

Les Rougon-Macquart 18/20

Pour le coup, la lecture préalable des tomes deux et six est nécessaire pour bien suivre "L'Argent", puisqu'on y retrouve Eugène et Aristide, le ministre et Saccard (ainsi que Maxime et quelques autres), et que leur passé donne du poids à leurs décisions actuelles.

Tome consacré à la spéculation, dont j'ai suivi l'intrigue avec relâchement, n'hésistant pas à sauter allègrement des passages entiers (hou que je suis vilaine). En revanche, j'ai énormément apprécié le personnage de madame Caroline !

"Voyez-vous, j'ai beaucoup trop lu pour une femme, je ne sais plus du tout où je vais, pas plus, d'ailleurs, que ce vaste monde ne le sait lui-même. Seulement, c'est malgré moi, il me semble que je vais, que nous allons tous à quelque chose de très bien et de parfaitement gai."

Instruite, cultivée, douce et bonne, témoin de tout dans ce tome. Elle succombe à Saccard, tout en devenant parfaitement lucide à son sujet. Elle y perd tout, sauf le principal : le goût de la vie. Caroline aime, elle est au fond tout amour, sans objet direct à ce sentiment, et Zola parvient à nous faire sentir ça, à le poser comme un fait brut et parfaitement sensé. Sigismond m'a plu également, rêveur marxiste qui défend avec chaleur un collectivisme totalement idéalisé.

Au contraire de l'accueil critique de l'époque, j'ai aimé le style de ce roman dans son évocation de cette multitude de personnages qui vont croire en Saccard, en cet argent qu'il peut leur faire gagner, tous différents, tous pour des motifs disparates. Peu sont réellement cupides, en réalité, à commencer évidemment par Aristide lui-même, qui n'aime l'argent que pour ce qu'il peut procurer (que ce soit en terme de position sociale, de jouissance arriviste ou de biens matériels). Zola le voulait crédible en homme de 50 ans séduisant, c'est réussi, il a le charme de la canaille, cet inaltérable aplomb qu'on ne peut s'empêcher d'admirer. J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose de Dickens, dans toutes ces vies touchées par la folle ferveur d'un seul homme, toutes ces petites et grandes misères qui se fourvoient, et dans la dichotomie très tranchée entre les méchants (Busch & co) et les très bons (la princesse d'Orviedo), et pour ça, pour eux, tous ces personnages annexes pris dans cette immense toile d'araignée, j'ai aimé "L'Argent".

 

20.02.2011

Les Rougon-Macquart 17/20

Après les déceptions précédentes, "La bête humaine" fait figure de nouveau chef-d'oeuvre. C'est d'autant plus remarquable que techniquement, ce n'est pas très bon : les personnages sont dotés chacun d'une caractéristique sans cesse répétée et toujours en des termes identiques (Séverine et ses yeux de pervenche, Flore et son casque de cheveux blonds, par exemple), la progression psychologique est floue et parfois invraisemblable (si Jacques était vraiment un psychopathe par hérédité, il ne pourrait en aucun cas avoir si longtemps une relation normale et sexuellement épanouissante avant de passer à l'acte), les milieux ferroviaires et judiciaires sont juste esquissés, comme en cadre seulement, laissant les intrigues amoureuses et criminelles prendre les premiers plans.

Et pourtant ! Tout fonctionne. On dévore l'histoire de Jacques Lantier, celui qui se débattait dans des irrépressibles envies de tuer les femmes qui seraient siennes. On fait la navette entre Paris et Le Havre, on participe à la vie de la gare, on flatte le flan de la brave Lison, on voudrait pouvoir sauver Flore avant son geste dramatique et Séverine si confiante et naïve (oh son "Moi ?" final, quel écho...). C'est romanesque en diable, les descriptions au compte-goutte nous plongent au coeur même de l'action, du temps et du lieu avec une grande délicatesse (même si elles n'ont évidemment pas la profusion du Ventre de Paris) et les dernières pages sont carrément soulevantes de beauté.

A ce stade, Zola fatiguait, il avouait en avoir assez des RM. Il s'était cependant fixé 20 tomes, il allait les respecter, quitte à, comme ici, grouper ce qui aurait dû initialement faire l'objet de 2 romans séparés.

Il me reste seulement 3 romans à lire pour boucler le cycle de Rougon-Macquart, et je ne crois pas me lancer jamais dans un billet bilan, mais je voudrais m'associer à ce que déclare Henri Mitterand en étude de la Pléiade : "... Mais il semble bien que non seulement les liens apparents de la famille et de l'hérédité, mais aussi les contraintes de l'identité, ne soient dans les Rougon-Macquart qu'une commodité tout extérieure, et ne constituent nullement, malgré ce que Zola lui-même avait pu prétendre, une des clés de l'oeuvre. Ils ne pèsent pas lourd dans le travail réel de la création romanesque..."

Pour moi, ce n'est pas le fait d'être un Rougon ou une Macquart qui apporte réellement quelque chose à ce cycle fabuleux, et en ce sens les lire dans l'ordre n'a pas une vraie valeur ajoutée, sauf à considérer la joie que l'on peut éprouver à suivre un auteur. En revanche, la diversité et l'excellence des milieux proposés en cadre, l'incroyable minutie des descriptions et le pouvoir absolu d'évocation d'Emile Zola sont parmi les plus grands au monde, sans parler de son imagination - aussi sombre soit-elle parfois.

 

16.02.2011

ZOLA - Henri Troyat

troyat.jpg"Zola ne se soucie guère de ces aboiements. Il sait que le public, tout en se pinçant les narines, le lit avec gourmandise. En outre, il a le sentiment d'avoir derrière lui une armée de nouveaux écrivains séduits par le naturalisme scientifique. Pas une seconde il ne se dit que ses livres, aux exagérations hallucinantes, s'opposent à la vérité scrupuleuse, méticuleuse dont il a fait un dogme, qu'il est grand non pas parce qu'il obéit aux lois de son école, mais parce qu'il les transgresse en préférant à une reproduction exacte de la réalité un cauchemar dantesque. Cette attitude procède, chez lui, d'une énorme naïveté et d'un entêtement maniaque. Peu importe que son oeuvre contredise sa théorie, il ne veut pas démordre de son enseignement professoral."

Ce simple paragraphe, et surtout les mots que je souligne, valent à eux seuls la peine de lire cette biographie, tant ils me semblent être le coeur même de ce qui fait la grandeur des romans de Zola. Je suis à ce sujet en parfaite phase avec Henri Troyat, et ça fait un bien fou de trouver quelqu'un qui exprime si justement ce que l'on pense soi-même.

Par ailleurs cette biographie se lit comme un roman, le style est très agréable et très fluide. Elle est un excellent parallèle à la lecture du cycle des Rougon-Macquart, dont elle éclaire plusieurs aspects, offrant quelques clefs quant aux transpositions de choses personnelles. Je regrette, pour ma part, une certaine tiédeur, un manque d'enthousiasme pour l'oeuvre de Zola, voire un aspect volontairement rébarbatif pour certaines choses - la façon dont est dépeinte Alexandrine, par exemple.

On comprend mieux aussi comment l'amitié avec Cézanne se délitait pratiquement dès le début de leur âge adulte (la dédicace que lui Zola fait à ses débuts journalistiques est rude, je trouve : "Je ne t'ai pas cité dans le journal, je te dédie l'ouvrage. Tu es mon meilleur ami, mais en tant que peintre, je réserve mon jugement.")

On voit à quel point c'était un bourreau de travail, comme il avait un besoin fondamental de solitude, on touche du doigt ses paradoxes, on admire l'époque de son régime frugal, lui qui était pourtant si gourmand, on est dégoûté par Goncourt (plus hypocrite tu meurs), et triste quand lors du banquet organisé pour fêter la fin des Rougon-Macquart pas un de ses "amis" ne se déplace. On le voit découragé, jalousé, moqué, hué... Mais aussi imbu de lui-même, jamais content, jamais rassasié, doutant toujours.

Et puis évidemment Jeanne, et l'affaire Dreyfus, l'exil en Angleterre, la mort soudaine et toujours pas élucidée.

"Les admirateurs de l'écrivain n'iront pas le chercher dans le temple de l'immortalité où reposent ses cendres, mais dans ses livres où il est à jamais vivant."

Voilà.

Ed. Flammarion, Grandes Biographies, 1992, 401 p.

14.02.2011

Les Rougon-Macquart 16/20

Ce que j'ai aimé dans "Le rêve" ? Sa brièveté. 

Sidonie avait une fille, figurez-vous. Quinze mois après la mort de son mari, on ne sait trop comment, voici que déboule Angélique, descendante Macquart. Aussitôt abandonnée, et après quelques déboires, recueillie par un très brave ménage, des brodeurs. Bien élevée, le tempérament passionné nourri aux histoires de saintes, d'anges et de martyrs, Angélique voit la vie comme elle n'est pas.

"Le bonheur, c'est très simple. Nous sommes heureux, nous autres. Et pourquoi ? parce que nous nous aimons. Voilà ! ce n'est pas plus difficile... Aussi, vous verrez, quand viendra celui que j'attends. Nous nous reconnaîtrons tout de suite. Je ne l'ai jamais vu, mais je sais comment il doit être. Il entrera, il dira : Je viens te prendre. Alors, je dirai : Je t'attendais, prends-moi. Il me prendra, et ce sera fait, pour toujours. Nous irons dans un palais dormir sur un lit d'or, incrusté de diamants. Oh! c'est très simple.

- Tu es folle, tais-toi !" interrompit sévèrement Hubertine (j'adore ce prénom).

Et, la voyant excitée, près de monter encore dans le rêve :

"Tais-toi ! tu me fais trembler... Malheureuse, quand nous te marierons à quelque pauvre diable, tu te briseras les os, en retombant sur terre. Le bonheur, pour nous misérables, n'est que dans l'humilité et l'obéissance."

Car ses parents adoptifs (en fait juste tuteurs, la loi de l'époque nous étant racontée en détails) sont terriblement malheureux, sous leur dehors de ménage parfait. Ils s'aiment, certes, mais leur union a été maudite et est restée stérile. Ce qui ulcère Hubertine (oui, j'adore) et ne chagrine Hubert (ça le fait moins) que dans la mesure où sa femme en souffre, car lui est une âme facilement rêveuse qui pourrait bien s'accommoder de son sort.

Alors le prince charmant va se montrer, Angélique et lui vont roucouler d'extase, le père du jeune homme refusera tout net cette union (car il a connu la femme alors qu'il s'était donné à Dieu, depuis il ne sait plus quoi faire pour se châtier, ayant commencé par renier son fils pendant 20 ans, la belle idée), Angélique en tombera très malade, sur son lit de mort le père consentira en lui donnant l'extrême onction, et le jour du mariage elle expirera juste après le premier baiser.

Henri Mitterand nous confie en étude de La Pléiade : "Il faut bien avouer que ce roman, cousu de pièces empruntées à des auteurs aussi divers que Jacques de Voragine, Viollet-le-Duc, Pierre Larousse, et la Direction de l'Assistance Publique, n'ajoute rien à la gloire littéraire d'Emile Zola. On dirait que l'écrivain l'a composé sans s'attacher vraiment au sujet : oeuvre de routine, écrite dans un style de routine."

Pour ma part, je me suis beaucoup ennuyée. Heureusement que "La bête humaine" arrive...

 

 

11.02.2011

Les Rougon-Macquart 15/20

La Terre ne m'a pas plu. Roman de la paysannerie, où l'on passe une dizaine d'années en Beauce avec des personnages tous plus détestables les uns que les autres. C'est violent, grossier, cru, laborieux, et c'est censé s'intéresser à Jean Macquart, le frère de Gervaise. J'ai vraiment eu l'impression d'une volonté manifeste de choquer, d'aller au bout du bout du dégueulasse, pour moi c'est trop. Je n'ai pas envie de développer plus que ça, en fait, étant hélas même d'accord avec certains arguments du Manifeste des cinq.

Une lecture pénible, une vision unilatérale, dans une construction hasardeuse où l'on saute des années allègrement pour s'attarder ensuite sur des détails. Le premier tome qui me semble vraiment en-dessous.

30.01.2011

Les Rougon-Macquart 14/20

"Je me suis mis à mon prochain roman, et ce roman, en effet, a pour milieu le monde littéraire et artistique. J'ai repris mon Claude Lantier, du Ventre de Paris. C'est toute ma jeunesse que je raconte, j'ai mis là tous mes amis, je m'y suis mis moi-même. Je veux surtout étudier comment pousse l'oeuvre d'art, et j'ai un drame de passion au travers du livre, qui intéressera, je crois." (Lettre à Van Santen Kolff, datée de Médan, le 6 juillet 1885)

Tout est dit, voici L'Oeuvre, quatorzième tome du cycle des Rougon-Macquart. En 1885, Zola avait quarante-cinq ans, l'âge de la maturité, le succès et la fortune étaient venus, au-delà de toute espérance; mais aussi, déjà, quelque lassitude.

Il se met dans plusieurs de ses personnages, à commencer par Sandoz, l'écrivain, évidemment, et place beaucoup de son ami Cézanne dans ce Claude Lantier, mais ce qui domine l'ensemble c'est l'impuissance artistique, sans que jamais pourtant elle ne soit dissociée de la vie réelle, du quotidien qui se révèle dévastateur. Christine et Jacques sont des personnages d'une force incroyable, ils ramènent constamment à "l'état physiologique" que Zola cherchait tant à défendre à travers son merveilleux cycle. A 16 ans, Christine rencontre Claude; elle est frappée (dans le mauvais sens du terme) par sa peinture, puis l'oublie dans son amour pour lui. Ils s'aiment, s'enfuient, vivent quelques temps heureux, Jacques naît, ils le négligent; Claude n'étant pas heureux, ils reviennent à Paris, la peinture reprend toute sa place, Christine en est folle de jalousie; les amis de Plassans sont toujours là, chacun cherche à percer dans sa branche, Claude n'est jamais reconnu, ne parvient pas à réaliser ce que son être entier cherche à exprimer dans la peinture, il en crève. La dernière scène est d'un pessimisme absolu, et d'une beauté foudroyante en même temps, comme l'ensemble de ce roman, d'ailleurs, dont il est bien difficile de parler tant il expose les tripes mêmes de Zola.

J'ai reconnu pas mal de choses lues dans la superbe biographie d'Alexandrine Zola par Evelyne Bloch-Dano dans la façon de recevoir des Sandoz, et je suis tellement en phase avec ça :

"C'était un salon très fermé, le ménage n'y racolait pas des clients littéraires, n'y muselait pas la presse à coups d'invitations. La femme exécrait le monde, le mari disait en riant qu'il lui fallait dix ans pour aimer quelqu'un, et l'aimer toujours. N'était-ce pas le bonheur, irréalisable ? quelques amitiés solides, un coin d'affection familiale."

Dans l'étude de la Pléiade, je me prends d'une aversion féroce pour Edmond de Goncourt, qui continue à crier au plagiat et tient dans son journal des propos emplis de fiel : "Au fond, Zola n'est qu'un ressemeleur en littérature", ben voyons.

Aussi j'adore la lettre qu'adresse Emile Zola à Daudet lorsque celui-ci vient tenter de calmer les choses (Goncourt avait tenu des propos désobligeants dans la presse, Zola avait rétorqué pareillement en 2 phrases lapidaires moquant le texte incriminé) :

"Je suis très chagrin, mon bon ami, de voir que ma lettre vous a ému à ce point. Cette lettre n'était pas destinée à la publicité : mais, quand je l'ai trouvée hier dans Le Figaro, elle ne m'a point paru si terrible. Vous la dites "injuste" : ça, je ne comprends pas.

Du reste, j'avoue que Goncourt commence à m'énerver, avec sa manie maladive de crier au voleur. Depuis longtemps, il va répétant partout que je lui prends ses idées. L'Assommoir, c'est Germinie Lacerteux. J'ai volé La faute de l'Abbé Mouret dans Mme Gervaisais. Dernièrement encore - et vous avez été mêlé à l'aventure -, n'avait-il pas prétendu que j'avais écrit tout un passage de la Joie de Vivre après avoir entendu la lecture d'un chapitre de Chérie ? Même, cette fois-là, j'ai dû me mettre en travers, il a fini par confesser qu'il ne m'avait jamais lu le chapitre en question. Et maintenant, avant que l'Oeuvre paraisse, voici les plaisanteries qui recommencent ! Non, non, mon bon ami, je suis un brave homme, mais il y en a assez !

Certes, je connais par expérience l'immense bêtise des reporters, je sais les âneries qu'ils vous font dire. Mais enfin, cet article n'a pas poussé tout seul, il y a eu au moins une conversation. Je veux dire que, si Goncourt avait voulu, l'article n'aurait pas paru. Il n'avait qu'à en sentir les côtés délicats et inquiétants. Moi, j'ai empêché vingt articles de ce genre. Le reporter en question est un familier de ses dimanches, on le voit sans cesse en conférence dans les coins. Que diriez-vous si, dans un article d'un de mes familiers, vous trouviez, au sujet de votre prochain livre, les gros vilains mots de rupture et de trahison ? Ce dernier surtout m'a profondément blessé, et je ne nie pas d'avoir cédé à un mouvement d'humeur. Voici vingt années que j'aime et que je défends Goncourt. Je le prie simplement de bien vouloir se rappeler cette longue campagne.

Vous me demandez une lettre pour raccommoder les choses. D'abord, j'espère bien qu'il n'y a rien de cassé. Et puis, vraiment, je ne la sens pas, cette lettre. M'excuser de quoi ? J'aime mieux que vous montriez celle-ci à Goncourt, si vous le jugez bon, car il saura au moins la vérité. Franchement, puisque vous parlez de lettre, ne croyez-vous pas que c'est Goncourt qui aurait dû m'en écrire une, au lendemain de ce malheureux article ? Un reporter vient chez vous, puis il vous met en cause dans une histoire qui sera désagréable à un de vos amis. N'est-ce-pas ? Vous écrivez immédiatement un mot à cet ami pour dégager votre responsabilité. Je n'ai rien reçu.

Au demeurant, tout ceci n'a pas d'importance. Vous avez raison, nous devons rester unis. J'ai beaucoup travaillé à cette union,  je serais désolé si le moindre nuage venait de moi. Donc, une bonne poignée de main des trois inséparables, et qu'ils se pardonnent s'ils ne sont pas des anges."

Il avait du caractère, mon Emile :)

Les billets de Dominique Poursin, Le Monde dans les Livres, ...

24.01.2011

Les Rougon-Macquart 13/20

"Je cherchais un titre exprimant la poussée d'hommes nouveaux, l'effort que les travailleurs font, même inconsciemment, pour se dégager des ténèbres si durement laborieuses où ils s'agitent encore. Et c'est un jour, par hasard, que le mot : Germinal, m'est venu aux lèvres. Je n'en voulais pas d'abord, le trouvant trop mystique, trop symbolique; mais il représentait ce que je cherchais, un avril révolutionnaire, une envolée de la société caduque dans le printemps. Et, peu à peu, je m'y suis habitué, si bien que je n'ai jamais pu en trouver un autre. S'il reste obscur pour certains lecteurs, il est devenu pour moi un coup de soleil qui éclaire toute l'oeuvre.(Lettre à Van Santen Kolff, le 6 octobre 1889)

Germinal, donc. Je suis du Pas-de-Calais, petite fille de mineur, j'ai passé mon enfance dans un coron, j'ai donc forcément déjà lu Germinal (3 ou 4 fois). Mais jamais encore dans le cadre des Rougon-Macquart lus dans l'ordre et de manière assidue, et la perspective en est forcément transformée.

Je n'avais jamais encore vraiment compris Etienne Lantier (et surtout pas dans l'interprétation de Renaud); je le tenais donc en médiocre estime, et lui attribuait une grosse part de responsabilité dans les drames affreux cumulés sur la famille Maheu. C'est très différent de le situer en fils de Gervaise et frère de Nana, sous le joug de l'hérédité cumulée des Macquart et de son père, le triste Lantier. J'ai beaucoup plus été sensible à l'inéluctabilité de son évolution, au fait qu'il tente de manière assez désespérée de combler son manque total d'instruction par des lectures qu'il digère hélas très mal, j'ai ressenti son besoin vital de reconnaissance, sa soif de respectabilité, la façon dont le pouvoir (quel qu'il soit) le grise.

Mais quel morceau quand même à avaler ! Huysmans disait "un lamento des Ténèbres", je le rejoins volontiers. On étouffe, on n'en peut plus des drames qui s'abattent les uns après les autres, l'imagination de Zola prend ici un tour particulièrement noir et on subit la misère et l'ignorance, on meurt de faim (littéralement), on crève à tour de bras dans une inondation, sous les tirs des soldats, dans une explosion de grisou, dans l'effondrement d'une construction ou des mains d'un malheureux saisi de folie (et la scène du pénis arraché ! Enorme gloups). Je trouve l'épilogue affreusement désespérant lui aussi.

Bien sûr il y a aussi tout le reste, le Nord, la mine, le socialisme, mais ça relève de l'étude scolaire qui n'a aucun droit de cité sur ce blog.

En étude de l'édition Pléiade, j'ai aimé ce petit passage de Zola à Henry Céard (1885) : "Le second point, c'est mon tempérament lyrique, mon agrandissement de la réalité. Vous savez ça depuis longtemps, vous. Vous n'êtes pas stupéfait, comme les autres, de trouver en moi un poète. J'aurais aimé seulement vous voir démonter le mécanisme de mon oeil. J'agrandis, cela est certain; mais je n'agrandis pas comme Balzac, pas plus que Balzac n'agrandit comme Hugo. Tout est là, l'oeuvre est dans les conditions de l'opération. Nous mentons tous plus ou moins, mais quelle est la mécanique et la mentalité de notre mensonge ? Or - c'est ici que je m'abuse peut-être - je crois encore que je mens pour mon compte dans le sens de la vérité. J'ai l'hypertrophie du détail vrai, le saut dans les étoiles sur le tremplin de l'observation exacte. La vérité monte d'un coup d'aile jusqu'au symbole. Il y aurait là beaucoup à dire, et je voudrais vous voir étudier le cas."

Pour finir, et ça serre la gorge : "Le 5 octobre 1902, une délégation des mineurs de Denain accompagnera le convoi conduisant le corps de Zola au cimetière Montmartre. Et leur cortège, le long des rues, ne scandera que ce seul cri de deuil et d'hommage : "Germinal ! Germinal !"...

...

15.01.2011

Les Rougon-Macquart 12/20

La Joie de Vivre est le roman qui m'a le plus touchée (à date) du cycle des Rougon-Macquart, et j'ai vécu cette lecture en un bouillon d'émotions mêlées.

Nous sommes dans une petite ville côtière de la Manche, à côté de Port-en-Bessin (qui a conservé son aspect sauvage, d'ailleurs, à visiter). Chez les Chanteau, on prend en charge Pauline, la fille de la belle Lisa du Ventre de Paris, orpheline à 10 ans. Elle va immédiatement nouer avec son cousin Lazare, de 9 neuf son aîné, une relation forte. Elle va devenir à tous points de vue le support de cette famille, se faisant exploiter dans tous les sens du terme, et le faisant de plus en plus volontairement au fil des années et des drames, dans un esprit de sacrifice total empreint d'une joie tranquille et profonde.

En avril 1880, Zola avait déclaré à Fernand Xau : "Je veux faire un roman intime, à peu de personnages, écrit avec une grande simplicité de style et dans lequel j'essaierai d'abandonner la description. Ce sera une sorte de réaction contre mes oeuvres antérieures." Le déroulement de la série des Rougon, comme le mouvement des états d'âme de leur auteur, suit un ordre que l'on pourrait dire "cyclothymique". Il a pour principe le contraste. Zola, d'un roman à l'autre, aime bien changer de matière et de manière. A L'Assommoir a succédé un roman "un peu jeanjean", "un peu popotte", Une Page d'Amour; après le roman de Nana, la dévorante, il écrira celui de Pauline, la consolatrice; après un roman de large satire sociale, peuplé, coloré, écrit "à toute volée", une oeuvre de mesure et d'analyse, faite pour reprendre souffle.

On le perd souvent, pourtant, notre souffle, en lisant La Joie de Vivre. D'abord à s'indigner contre Mme Chanteau, dont la mesquinerie provinciale est un poème à elle toute seule; qu'on comprend pourtant, dans son amour de mère pour Lazare. Ce grand fils sensible et émotif, qu'on voit s'emballer et se passionner pour divers projets, avant de les délaisser tout à fait au moindre grain de sable; on suit ses embrasements, ses manies (avant même de savoir qu'elles étaient celles de Zola), son nihilisme mal assimilé, on lui ouvre un coeur de mère, d'amoureuse, il est impossible d'y être indifférent. Pour la première fois Zola nous fait aimer ses personnages, nous les montre avec leurs failles intimes et leurs erreurs et nous permet de les faire nôtres. On aime Pauline, évidemment, la Macquart qui saura dompter ses bouillonnements héréditaires pour, non pas s'oublier, mais s'offrir, dans un vrai contentement. On prend de plein fouet des scènes extraordinaires, les visites des petits miséreux, l'embrasement des sens de Pauline et Lazare (communicatif en diable...), la mort du pauvre Mathieu (Cathulu, tu vas pleurer), et l'accouchement de Louise, pour ne citer qu'elles. (Je crois que cette image de la petite main sortant des cuisses de sa mère m'a traumatisée pour toujours). 

Mon préféré, donc, sans conteste, et de loin.

Dans l'Etude de la Pléiade (ai-je assez dit que les éditions en Pléiade, c'est le nectar des dieux ?), on se régale également avec les coulisses de la petite histoire littéraire, et de l'envers des amitiés d'écrivains. Parce que c'est trop bon, extraits, entre Edmond de Goncourt et Emile Zola :

Zola : "Cette nuit, après votre départ, j'ai causé avec Daudet de la similitude de nos deux pages sur la puberté, et Daudet m'a laissé entendre que vous vous imaginiez m'avoir lu votre chapitre, avant que j'écrive le mien. Je vous avoue que cela m'a beaucoup remué et chagriné. De toute ma force, je proteste : vous ne m'avez jamais lu ce chapitre, je l'ignore encore; j'aurais évité tout rapprochement possible, si je l'avais connu. Voilà ce que je désirais vous écrire tout de suite, et j'espère que vous ferez un appel à votre mémoire. Souvenez-vous également, mon ami, que depuis dix-huit années, je vous défends et je vous aime. Affectueusement à vous."

Réponse de Goncourt : "Mon cher ami, oui, je suis un peu embêté que vous ayez justement choisi le moment où je faisais une étude de jeune fille et de petite fille pour justement en faire une, et surtout de cela; c'est (que), comme vous travaillez beaucoup plus vite que moi, moi qui ai commencé un an avant vous, je puis passer près du public auprès duquel vous êtes plus en faveur que je ne le suis, je puis passer pour m'être inspiré de vous, je suis un peu embêté, voilà tout. Quant au chapitre de l'apparition des règles, Daudet s'est trompé, je me rappelle parfaitement le hasard, et je n'accuse que le hasard et la similitude. Mais croyez-le bien, ce petit embêtement n'a ni entamé mon amitié, ni diminué ma reconnaissance. - Mes amitiés."

Nouvelle lettre de Zola : "Je suis bien heureux, mon ami, que vous vous souveniez, et je veux vous dire encore que le plan de la Joie de Vivre a été arrêté avant celui d'Au Bonheur des Dames. Je l'ai laissé de côté, parce que je voulais mettre dans l'oeuvre beaucoup de moi et des miens, et que, sous le coup présent de la perte de ma mère, je ne me sentais pas le courage de l'écrire. Pour l'amour de Dieu ! ne croyez donc pas que mon livre puisse faire du tort au vôtre. Vous allez voir que mon intention n'est pas du tout d'écrire une étude de jeune fille. Je suis absolument certain qu'il n'y a aucun point commun entre nos deux romans. A mercredi, n'est-ce-pas ? et bien affectueusement à vous."

Que la rancune de Goncourt ne fût pas éteinte, ces brèves lignes, dans son Journal, le 27 décembre, au moment où paraissait le chapitre VI du roman, suffisent à le montrer : "C'est curieux, ce manque de pudeur et de coeur chez Zola. Dans La Joie de Vivre il a fait de la copie avec l'agonie de sa mère. Je comprends la narration de ces douleurs intimes dans des mémoires, dans de l'imprimé posthume; mais cela entrant en compte de lignes payées par un journal, non, ça me dépasse."

Maupassant, lui, écrivit dans le Gaulois, le 27 avril 1884, un article intitulé La Jeune Fille, lucidement élogieux, mais où perçait son propre fatalisme (j'adore) :

"L'histoire de cette jeune fille devient l'histoire de notre race entière, histoire sinistre, palpitante, humble et magnifique, faite de rêves, de souffrances, d'espoirs et de désespoirs, de honte et de grandeur, d'infamie et de désinteressement, de constante misère et de constante illusion. Dans l'ironie amère de La Joie de Vivre, Emile Zola a fait entrer une prodigieuse somme d'humanité. Parmi ses plus remarquables romans, il en a peu écrit qui aient autant de grandeur que l'histoire de cette simple famille bourgeoise dont les drames médiocres et terribles ont pour décor superbe la mer, la mer féroce comme la vie, comme elle impitoyable, comme elle infatigable, et qui ronge lentement un pauvre village de pêcheurs bâti dans un repli de falaise. Et sur le livre entier plane, oiseau noir aux ailes étendues : la mort."

J'adore aussi la réponse de Zola aux réserves sur le schopenhauerisme de Lazare : "J'aurais discuté volontiers vos restrictions sur Lazare, si je vous avait tenu là. Jamais de la vie je n'ai voulu en faire un métaphysicien, un parfait disciple de Schopenhauer, car cette espèce n'existe pas en France. Je dis au contraire que Lazare a "mal digéré" la doctrine, qu'il est un produit des idées pessimistes telles qu'elles circulent chez nous. J'ai pris le type le plus commun, pourquoi voulez-vous que je me sois lancé dans l'exception en construisant de toutes pièces le philosophe allemand de votre coeur ?"

Ah mon dieu. Je suis amoureuse de Zola.

Les billets de : Dominique Poursin (l'intention première de Zola n'était pas ironique en ce qui concerne le titre, il voulait exprimer le caractère de Pauline, mais il s'est rangé à l'avis des critiques et a ensuite revendiqué l'ironie), BOuille, DonaSwann, Essel, ...