24.03.2011
Close Your Eyes - Amanda Eyre Ward
New York, 1986. La petite Lauren, 8 ans, passe la nuit avec son frère, Alex, 10 ans, dans leur cabane,
dans l'arbre du jardin. Au matin, Alex découvre le cadavre de sa mère dans sa chambre. Le père est accusé, emprisonné.
Austin, Texas, 2010. Alex part en Irak comme médecin sans frontières, Lauren s'effondre. Assaillie par des attaques de panique, elle tente de voir un psy, elle a conscience d'avoir érigé de très hauts murs autour de ce qui a bien pu se passer cette nuit-là. Refus de l'engagement, refus de tout contact avec son père, elle vit dans une insécurité permanente qui ne peut plus durer.
Et puis il y a Sylvia, qui, enceinte de cinq mois à 41 ans, vient de quitter le père pour revenir à New-York. Elle espère pouvoir compter sur Victoria, son amie depuis la petite école, pour qui elle a toujours été une épaule solide.
Tous ces gens sont liés, et à coup de flash-backs nous allons comprendre comment...
Basée sur une histoire vraie, ce roman a un traitement extrêmement formaté. Le cloisonnement des différentes parties n'empêche hélas pas de sentir beaucoup trop vite vers quoi on se dirige, et aucune ficelle ne nous est épargnée : la demande en mariage écrite sur la buée de la vitre de voiture, l'appel nocturne qui sonne faux de bout en bout, le happy end de tous les côtés, non, c'est juste pas possible.
Dommage parce que des choses fonctionnent bien malgré tout (comme la "rencontre" entre Sylvia et Victoria, leur relation au fil des ans), mais l'ensemble est bien trop fade et trop chargé, paradoxalement.
Harper Press, 2011, 251 p. (VO)
Merci Amanda pour le prêt !
Les autres romans d'Amanda Eyre Ward : A perte de vue, Le ciel tout autour, Pardonnez-moi i c i
Ses nouvelles : Les amours de Lola l à .
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23.03.2011
Les Rougon-Macquart 20/20
"Je n'ai qu'une faim et qu'une soif, être aimée, être aimée en dehors de tout, par-dessus tout, comme tu m'aimes."
Retour à Plassans pour le tome final des RM, Le Docteur Pascal. Pascal Rougon ne l'a jamais quitté, se consacrant à l'exercice de son métier (docteur, donc) et à la recherche. Sa mère lui ayant de tout temps seriné qu'il "était en dehors de la famille", il l'a étudiée toute sa vie, se sentant effectivement tout à fait étranger, épargné par les tares et comportements déviants. Pascal est un homme doux, bon, gai, serein. Il nous prend par la main pour nous raconter ces Rougon et ces Macquart et leurs évènements terribles, et c'est déjà très émouvant d'effectuer ainsi cette rétrospective.
Ensuite il y a Clotilde, sa nièce, la fille de son frère. Il l'a élevée, il s'en découvre épris. Elle a 25 ans, il en a 59, qu'importe, ces deux-là s'aiment, s'en aperçoivent et s'autorisent à le vivre. Avant de céder à la pression sociale et familiale, et de connaître la perte. Mais un enfant a été conçu, qui termine tout le cycle. Que sera-t-il, qui sera-t-il, nul ne le sait, il est la vie qui toujours gagne...
C'est curieux comme l'accueil critique de l'époque s'est attaqué aux grandes notions exposées dans ce tome final des RM, sans laisser sa chance à l'émotion. Le Docteur Pascal est un roman extrêmement touchant, au point, selon ma lecture tout au moins, d'emporter tout le reste. Oui, on croit à l'amour de Clotilde pour Pascal, oui, on s'enflamme nous aussi pendant leurs conversations philosophiques sous les étoiles, oui il y a une grande tristesse à l'idée que ce sont les dernières pages de ce cycle incroyable, et oui, c'est bien de terminer par une naissance.
J'ai un peu de mal à comprendre, en revanche, que personne (dans l'étude critique de La Pléiade) ne dise quoi que ce soit quant à l'inceste flagrant et manifeste, et surtout couronné d'un enfant, représentant le nouveau rameau RM : pas exactement l'idéal comme auspices, et en soi pas super clean non plus.
Zola aimait Jeanne Rozerot, cet amour est palpable partout dans ce roman. Je n'ose dire qu'en Martine j'ai vu Alexandrine, pourtant cette dévotion étroite qui saigne en permanence, et cette reconnaissante affection en retour m'y ont fait terriblement penser. Alors évidemment il y a quelque chose d'un peu faiblard dans cette façon de raccrocher aux branches tout ce fatras sur l'hérédité, cet optimisme fataliste défendu avec une certaine candeur et quelque maladresse, mais il y a aussi une formidable sincérité qui s'en dégage. Il y a de la douceur et de la nostalgie, il y a un espoir insensé que tout soit encore possible, il y a, je trouve (vraiment !) un élan, une vitalité qui m'ont saisie et ne m'ont plus jamais lâchée.
Je suis très heureuse d'avoir lu ce cycle en entier, sur 6 mois, dans l'édition de La Pléiade. Je remercie infiniment Stéphie qui m'en a donné l'envie, un soir de septembre, sur Facebook. Si Zola vous intimide, je vous conseille vivement d'en parler avec elle :))
Merci également au trio des fabuleuses, qui m'a offert le premier tome (je ne pouvais plus reculer ! I dit it !).
Tous les billets :
2. La Curée
6. Son Excellence Eugène Rougon
7. L'Assommoir
9. Nana
10. Pot-Bouille
12. La Joie de Vivre
13. Germinal
14. L'Oeuvre
15. La Terre
16. Le Rêve
17. La Bête Humaine
18. L'Argent
19. La Débâcle
Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (27) | Tags : emile zola, je suis super triste, en fait, d'avoir fini, heureusement j'ai leo, hiiiiiiiiiiiiii, leo la suite, pour me remettre
28.07.2010
Une année en haut, Chroniques d’un refuge ordinaire – Cyril Azouvi
Refuge des Oulettes de Gaube, 2151 mètres d’altitude, Hautes-Pyrénées. Jean-Thomas est le gardien. C’est un métier. C’est aussi sa passion. De l’ouverture, en hiver, à l’automne suivant, tous les aspects d’un refuge sont évoqués dans ces chroniques très vivantes.
Les légendes vivantes de la montagne qui passent, tout en modestie ; les touristes indélicats qui partent contre avis du spécialiste (mauvais temps), sans payer et sans prévenir ; les rivalités amoureuses entre staff (l’été, il faut être plusieurs pour faire tourner le gite) ; l’approvisionnement, les poubelles, la faune, la flore, les randonneurs, les pro et les mal équipés, j’en passe, mille choses sont abordées.
C’est un recueil qui se lit tout seul, surtout quand on passe soi-même ses vacances en montagne. Au début, j’ai été un petit peu énervée par une certaine forme de mépris tranquille envers les touristes, qui effectivement (et j’en fais partie) abordent la montagne en totale candeur et sans aucune connaissance ; et puis finalement les gens sympas le restent quelles que soient les circonstances, et pareil pour les cons, tout le savoir du monde n’y change rien.
Ed. Glénat 2010, 187 p.
03.09.2009
La clé de l'abîme - José Carlos Somoza
Nous sommes dans un futur vraiment très lointain, après qu'une "fin du monde" a eu lieu, les hommes ont passé des centaines d'années dans
une base de survie avant de pouvoir ressortir à l'air libre, et tout a changé. Il paraît qu'en des temps reculés les femmes donnaient la vie, c'est dur à croire en nos temps de conception entièrement manipulée. Les êtres humains "biologiques" sont extrêmement rares, et plutôt mal côtés. Tellement étranges, avec leur odeur et leurs poils. Bref, tout le monde lit la Bible. Celle-ci s'intitule "Sainte Bible de l'Amour et de l'Art", c'est Le livre, celui qui décrit la réalité. Elle comporte Quatorze Chapitres, quatorze fables ou paraboles qui constituent la somme de l'univers. Il existe des croyants de chacun des Chapitres, ou de plusieurs à la fois. Très peu d'entre eux sont des croyants profonds d'un seul et, parmi eux, moins encore arrivent à l'être de plus d'un seul Chapitre. Mais un croyant profond peut tout faire, peut concrètement appliquer dans sa réalité ce en quoi il croit.
Daniel Kean, petit subalterne de conception employé sur Le Grand Train, n'est pas croyant. Pourtant, il va assister à de bien étranges choses et se retrouver intimement mêlé à une grande quête. Le Graal, ici, serait une clé pour détruire Dieu...
José Carlos Somoza, en note postface, explique qu'il a tenté de relever le défi d'écrire un roman fondé sur l'oeuvre de HP Lovecraft sans mentionner une seule fois (enfin, une seule) son nom ni celui d'aucun de ses dieux et épouvantables créatures, et qu'il puisse être lu et apprécié par ceux qui n'ont jamais approché Lovecraft. Défi relevé haut la main, j'ai adhéré à fond sans rien connaître de Lovecraft.
Un univers très prenant et bien construit donc, un thriller SF avec des pointes de plusieurs autres genres, des personnages qu'on visualise très bien et qu'on a envie de suivre. Par deux fois, ce petit piège qui m'agace au plus haut point mais qui fonctionne très bien, de faire dire à quelqu'un oh la la, y a un truc qui cloche là, un détail sur lequel je ne peux pas mettre le doigt mais que j'ai relevé en passant... Alors moi je suis o-bli-gée de relire tout ce qui précède pour faire ma Sherlock Holmes, et bien sûr je ne mets pas le doigt sur ce qui déraille, mais quand on l'apprend, je fais mon commissaire Bourrel (Bon sang mais c'est bien sûr !) et j'enrage.
Très chouette épilogue en plus, un joli et étrange voyage en terre inconnue, un roman pénétrant.
Ed. Actes Sud, septembre 2009, 378 p.
Traduit de l'espagnol par Marianne Millon
Titre original : La Llave del Abismo
(Couverture splendide, non ?)
Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (41) | Tags : sf, lovecraft, le pouvoir est dans la foi, mais la foi en n'importe quoi, suffit de croire, en fait