29.10.2010
Blanche, balèze et pompette*
*"2 mars.
Nous sommes samedi, Youpi ! Je me sens tout de même un peu bizarre. La nuit dernière, en effet, j'ai rêvé que j'allais dans un nouveau restaurant de Londres très à la mode. Au moment de payer, je m'apercevais que le serveur qui s'était occupé de ma table m'avait décrite en quelques mots sur la note : BLANCHE, BALEZE ET POMPETTE."

Brigid Keenan (anglaise aux origines irlandaises) a, sur le tard (rencontré à 32 ans) épousé un ambassadeur. Ils ont comme il se doit pas mal bourlingué et elle raconte ici leurs tribulations. Elle débute son récit en 2002, alors qu'elle vient de rejoindre AW au Kazakhstan, et elle a du mal. "A chaque fois on arrive nu, pour ainsi dire, seul et vulnérable, alors on bâtit peu à peu autour de soi un petit monde, mais tout à coup on se voit expédié à l'autre bout de la planète pour tout recommencer." Récurrence que je connais bien, à un moindre niveau, d'ailleurs nous quitterons Le Havre en juillet prochain, on n'y sera pas restés longtemps :/
Bon, le Kazakhstan, quand même, c'est dur. "Le russe n'est pas une langue, c'est une conspiration". Se faire envoyer dans l'ancien goulag soviétique n'est peut-être pas le couronnement d'une carrière réussie d'ambassadeur, j'en conviens. Mais Brigid Keenan a de l'humour, en permanence. "Que se passe-t-il donc ? Je me suis soudain souvenue que AW m'avait récemment appelée "ma puce" pendant le déjeuner. En vingt-neuf ans et huit mois de mariage, il ne l'avait encore jamais fait. Je m'interroge. Les femmes de ce pays sont exquises, elles possèdent une silhouette incomparable, avec des jambes de deux mètres de long, en particulier celles - les trente, sans exception - qui travaillent avec mon mari. J'ai l'impression qu'il va me falloir éviter de lui laisser trop souvent la bride sur le cou. Les Occidentaux dont j'ai eu l'occasion d'apprendre qu'ils avaient occupé un poste dans l'une des ex-républiques soviétiques y ont tous rencontré leur nouvelle épouse."
Après cette longue introduction sur le poste actuel, elle revient sur les années écoulés et les postes passés. Les anecdotes se succèdent, son propos est passionnant, le style beaucoup moins, mais peu importe, elle est devenue ma copine dès les premières pages, certaines rencontres sont évidentes. Enormément d'humour, donc, de l'Aventure, de l'insolite, du passionnant. Une grande franchise, également, certains épisodes ne sont pas du tout à son honneur (sa fille à la Barbade, par exemple). Au final sa famille a quand même pas mal souffert de ce type de vie, aujourd'hui ses relations avec ses filles sont apaisées mais elles ont été très houleuses.
Ce sont des vies hors-normes, des gens forcément intéressants, tout en contrastes. Et on rigole vraiment beaucoup !
Mes valises diplomatiques, Les tribulations d'une épouse d'ambassadeur - Brigid Keenan
(DIPLOMATIC BAGGAGE The Adventures of a Trailing Spouse, 2005)
Editions Payot & Rivages, 2008 et 2010 pour l'édition poche
Traduit de l'anglais par Danièle Momont
"Quand je fus renvoyée à mon tour, je demandai au rédacteur en chef, bien décidée à lui faire admettre qu'il y avait eu erreur sur la personne, pour quelle raison il m'avait embauchée. Au moins sa réponse ne risquait-elle pas de regonfler mon égo : le jour où il m'avait engagée, m'expliqua-t-il, il n'était pas dans son assiette. Mais il ajouta : "Nous n'avons pas envie de nous priver du son de votre petit piccolo au sein de notre grand orchestre." Sur quoi il me proposa un emploi subalterne au sein du Colour Magazine. Je refusai tout net et m'en allai pleurer sur l'épaule de mes anciens collègues de Nova qui, le lendemain, me firent livrer un énorme bouquet accompagné d'un message : NOUS, ON SAIT TOUS QUE TU ES LE GROS TROMBONE."
Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : en gambie, le majordome les a accueillis, en tee-shirt miteux, portant l'inscription, "être à poil, c'est pas sale"