17.12.2009
L'âme soeur - Anne Lenner
"Tu as une idée par cheveu"

Ce roman est un petit missile : tout guilleret, il a une musique très particulière et explose à la fin.
Mademoiselle Angèle Dufresnes a dix ans et est bien solitaire. Elle vit en Afrique, expatriée avec ses parents, maman infirmière et papa écrivain, un boy qui s'occupe d'elle depuis sa naissance et règne en maître sur la cuisine, De Gaulle. Elle suit des cours par correspondance et espionne ses petits voisins, qui la traitent en extra-terrestre. Elle est spéciale, il faut bien le reconnaître.
"Du coup, je m'efforçais de ne penser à rien du tout en sa présence, ce qui s'avérait bien sûr impossible. Je me concentrais alors sur un mot, que je répétais comme un malade atteint du syndrome de Gilles de la Tourette. Si mon père choisissait ce moment-là pour me poser une question, le mot fusait soudain hors de moi, comme si l'avoir répété avait préparé son éjection au préalable. Je me rappelle qu'à un moment c'était blanc.
- Quand te décideras-tu à grandir, Angèle ? demandait mon père.
- BLANC ! Criais-je à tous les coups.
Ou encore :
- J'aimerais que tu m'expliques pourquoi tu dis à tout le monde que De Gaulle est ton véritable père et que tu es née albinos.
Blanc, blanc et encore blanc, telle était toujours la réponse.
- Cette enfant fait du fétichisme oral, disait alors mon père de cet air consterné qui était une autre marque de fabrique, avec ses mains songeuses."
Un jour, ilfautqu'onparle lui disent ses parents. Ce qui n'est jamais bon signe. Alors débute une histoire qui...
Qu'il faut lire par vous-même. Ce serait dommage d'en dire trop, c'est déjà très court, chaque chose en amenant une autre il faut dévorer le tout tout seul, et comprendre à quelques pages de la fin seulement ce qu'il en était réellement...
Vraiment très chouette et pouvant être lu par tous, grands et petits. Plein de malice et de gravité, joli, quoi. J'ai été d'autant plus séduite que j'avais reposé très vite le premier roman d'Anne Lenner, Cahin-Caha dont le style m'avait hérissée immédiatement.
Comme quoi...
Ed. Le Dilettante, 2009, 159 p.
Découvert grâce à Cathulu (Humour, tendresse sont au rendez-vous dans ces 159 pages jubilatoires et pleines d'invention qui se dévorent d'une seule traite !)
Lu également par : Pages à Pages (Anne Lenner a une écriture inventive), Canel (la fin, tout à fait surprenante et touchante [...] donne même envie de le relire !), Brize (une écriture tout en finesse, mouchetée d'humour), ...
18:55 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, enfance, grandir, comprendre
08.06.2009
La plage - Marie Hermanson
"Il y a des gens qui possèdent la clé de notre âme. Qui peuvent ouvrir des pièces que nous avons toujours eues en nous, mais auxquelles nous n'avons jamais accédé. "
Le roman donne alternativement la parole à deux jeunes femmes, Kristina et Ulrika. Pour la première, on se demande longtemps ce qu'elle vient faire là, quel est son rôle dans cette histoire, et on la raccroche sans arrêts à ceci ou cela, pour finalement ne comprendre que dans les dernières pages, et j'ai toujours adoré me faire berner comme ça.
Mais ce n'est pas du tout là l'intérêt de ce roman, que l'on vit tout entier à travers la vision d'Ulrika, et surtout ses souvenirs d'enfance qu'elle parvient à rendre à la fois incroyablement vivants et tout à fait nébuleux. On se meut comme dans une sorte de brume, comme si c'était nous qui nous souvenions de vives sensations mal intégrées dans une mémoire sélective.
Deux copines d'été, Ulrika et Anne-Marie, la première qui est baba d'admiration devant l'autre, qui aime tout chez elle, y compris sa famille. La brave copine qui est restée encore pas mal enfant (vers les 12-13 ans) alors qu'Anne-Marie est déjà femme et à l'aise dans sa relation aux autres. Celle qui est trop boulotte, incolore, qui est tout le temps là sans qu'on fasse jamais vraiment attention à elle, qui observe et ressent avec force les évènements... Je trouve que tout est d'une justesse implacable.
Un drame se produit, la petite soeur adoptée d'Anne-Marie disparaît pendant trois semaines, puis est retrouvée, comme si rien ne lui était arrivé, comme si elle avait été enlevée par les trolls, enlèvements qui dont devenus le sujet de la thèse d'Ulrika adulte (ethnologue)...
Voilà, ne pas en dire plus, et inviter les gens tentés par ce roman délicat et à la lisière de l'onirique à se le procurer très vite !
Ed. Le Serpent à Plumes, Juin 2009, 318 p.
Traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
Titre original : Musselstranden
06:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : suède, autisme, enfance, fascination
04.09.2008
Richard Russo - Le pont des soupirs
J'ai appris qu'on a beau faire tous les efforts possibles, il nous reste toujours des larmes pour pleurer.

Richard Russo est reconnaissable entre mille : Outre sa très américaine façon de disséquer chaque particule de pensée de ses personnages, il excelle à dépeindre les perdants magnifiques, les petites villes paumées, avec une tendresse remplie d'humour.
Pourtant, "Le pont des soupirs" se démarque de ses précédents romans, il est délayé jusqu'à l'extrême limite (au risque de perdre par moment l'intérêt du lecteur), il est plus triste, aussi, assurément, et souvent très injuste.
Nous sommes à Thomaston, petite bourgade polluée proche de New York. Louis Charles Lynch en est devenu le maire. Très attaché à sa ville, il y dirige plusieurs petites épiceries, en famille. La soixantaine venue, son épouse Sarah et lui sont sur le point de se rendre à Venise. Mais avant, Lou a entrepris d'écrire sur son enfance. Se mêlent alors ce qui fut et ce qui est, menaçant ce qui sera...
C'est une galerie de portraits généreux, qui a la particularité de faire évoluer l'avis du lecteur sur ses personnages. Tessa, par exemple, la mère de Lou, apparaît de prime abord assez antipathique, avant qu'on n'en vienne à l'admirer puis à franchement la respecter. Loulou, le père, y est dépeint de bout en bout comme une pâte, une crème, un bon gros nounours qu'il est impossible de ne pas aimer; mais protéger les gens devient pourtant fatigant au bout d'un moment... Et notre héros, qui déteste tant qu'on l'appelle Lucy (Lou C.), lui-même, suscite quelque irritation.
La construction est plutôt hachée, passant de l'un à l'autre et des souvenirs au présent, on peut être quelque peu déstabilisé par l'incursion fugace de Bobby au présent alors qu'on est immergé en plein dans son enfance, son ombre plane tellement tout au long du roman qu'on regrette de ne pas avoir son point de vue plus souvent ou longuement. Mais c'est bien Lou notre interlocuteur principal (même s'il cède la place aussi à Sarah de temps en temps), et il faut lui reconnaître une emprise certaine : j'ai souvent posé la main à plat sur le livre refermé, comme pour lui transmettre ma chaleur attentive, les yeux dans le vague, méditant tel ou tel point. Les petites vies remuent l'universel, y a pas à dire.
"Je ne sais plus à quel âge j'ai entendu pour la première fois quelqu'un traiter Big Lou Lynch de "bouffon". J'étais tellement surpris que, sûr de me tromper sur le sens véritable du mot, je suis allé vérifier dans le dictionnaire. J'ai probablement entrevu ce jour-là les obscurs fondements de la méchanceté, et mesuré notre impuissance devant elle. Quoi qu'il en soit, j'ai remarqué que, parfois, les gens paraissent gênés de finalement m'aimer bien, comme s'ils ne comprenaient pas pourquoi. J'ai reçu beaucoup d'amour dans ma vie, peut-être plus que je n'en mérite, mais mon père est la seule personne à m'avoir aimé sans réserve, c'est pourquoi il m'est impossible d'en émettre à son sujet."
Ed. Quai Voltaire / La Table Ronde, Sept. 2008, 726 p., 25 €
Trad. (USA) Jean-Luc Piningre
Titre original : Bridge of Sights
06:00 Publié dans Excellent | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : couple, enfance, usa, richard russo, petites villes
01.09.2008
Fadéla Hebbadj - L'arbre d'ébène

Le Diable, c'est le malheur des mères sur les têtes des enfants
Fadéla Hebbadj - L'arbre d'ébène
Nasser a dix ans, il vient du Mali, avec sa mère, sur une pirogue. Mama est malade, tuberculose, et fatiguée, usée, elle baisse les bras. C'est la succession de squats, d'insécurité, Paris de nos jours et la grande solitude, que ne comprend pas Nasser. Une française, à Marseille où ils ont tout d'abord débarqué, lui a appris à lire : il rencontre ainsi Brautigan, Romain Gary, entre autres, se forge une identité, nous raconte dans une candeur pleine de fulgurances comment on peut vivre, avec et sans tout un tas de choses...
Ce premier roman se lit d'une traite, et atteint directement le coeur, comme un projectile. Il est de ceux qu'on relira, qui nécessitent de mûrir au chaud dans le quotidien du lecteur, Nasser dans un coin de la tête, pour toujours.
Ed. Buchet-Chastel, Août 2008, 172 p., 14 €
On peut feuilleter les 30 premières pages sur le site de l'éditeur
L'avis (plus complet) de Laurence.
06:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : enfance, mali, immigration
26.08.2008
Zoyâ Pirzâd - Un jour avant Pâques
Tes dolmehs sont bien meilleurs que ceux de tante Chakeh

Trois chapitres, trois temps différents de la vie d'Edmond, Arménien qui vit en Iran. Ses douze ans, d'abord, quand sa meilleure amie est Tahereh, la fille du concierge musulman de l'école, son âge d'homme, quand il est devenu directeur de l'école à Téhéran, et sa vieillesse, quand son épouse chérie n'est plus et sa fille partie fâchée. Avec toujours des petits flashs, des moments de vie gravés, des riens, des broutilles, qui révèlent l'insondable difficulté des relations entre les gens.
Edmond est un enfant sensible et rêveur, quand son père voudrait un petit dur qui n'a peur de rien. Mais vivre près d'un cimetière peut se révéler terrifiant, quand on a le coeur ouvert aux mille et un petits souffles du vent. Martha, son épouse, adore sa grand-mère et sa tante et leurs traditions familiales, tout en portant une très grande affection à la nouvelle surveillante générale de l'école, Danik, que beaucoup qualifient pourtant de "déshonnête". Et Allenouche, leur fille unique, aime ailleurs que dans la tradition. C'est dur pour tout le monde...
Ah si j'étais capable de restituer par des mots l'ambiance et l'atmosphère de ce très beau roman, j'inventerais des petites perles nacrées au pouvoir évocateur et je ferais précipiter tous les lecteurs en librairie : c'est limpide et parfumé, tout simple et profond, grave et tendre, très doux.
A ne pas manquer.
Ed. Zulma, Août 2008, 144 p. 16,50 €
Trad. (Iran) par Christophe Balaÿ
Titre original : Yek ruz mânde be 'eyd-e Pâk
Quelques pages offertes sur le site des éditions Zulma
06:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : enfance, iran
11.07.2008
Vends papier glacé pour lettres de rupture.*
Linda Quilt - De sacrés petits prodiges7 fables, ayant toutes pour protagoniste principal un ou des enfants... particuliers !
Melinda Milford ne peut plus prononcer aucun mensonge sans voir un crapaud surgir de sa bouche, Orville O'Raghallaigh oublie tout instantanément, Norm Maloney est si normal qu'il en devient invisible, A et B sont d'adorables petites jumelles de parents très très bien (quoi que la mère se prénomme Maryrose, car c'est là le prénom que ses parents inconscients lui ont donné), Philley Howard Reginald Stafford Llewelyn-Fitch se voit contraint de s'appeler Godwin, Wanda Wippleton est convaincue qu'il n'est pas de fruit plus savoureux que celui qu'on n'a pas gagné, et enfin Balthazar Bollinger ne veut plus qu'on l'appelle le Ballon; Etant donné que sa pensée était loin d'être terre à terre et que ses idées tendaient à prendre de la hauteur, il faut dire en tout honnêteté qu'il ne chercha jamais à se donner de grands airs.
Tout ceci vous parait fort saugrenu ? Ca l'est indubitablement, tout autant que ce qu'on nous dit de l'auteure, née vers 1950, aux environs de Stratford-upon-Avon, dans un petit village mystérieusement disparu de la carte de l'Angleterre... A moins qu'un célèbre philosophe allemand n'ait usurpé son identité...
Mais ces petites histoires aux chutes improbables dégagent un charme puissant, font irrésistiblement penser à Roald Dahl ou Pierre Dac, et on s'amuse, comme un enfant, à associer des images étranges à des destins mystérieux. C'est gai et fantaisiste, à lire à haute voix à tout public en prenant un ton extrêmement sérieux et guindé !
Ed. Seuil, Mai 2008, 171 p., 15 €
Trad. (GB) par Jean-François Sené
Illustrations de Michael Sowa
Titre original : Unlikely Progeny
Je suis désolée de renier absolument et totalement ce que j'avais dit chez Cathulu, finalement j'ai été plus que séduite, y compris par les illustrations et le beau papier de ce livre :)
*Pierre Dac.
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : contes, enfance, décalé, bristish
21.03.2008
Il est possible que l'émotion ait magnifié ma vision des choses, mais...

Le monde vu par un gamin de treize ans : à première vue, ça pourrait n'être qu'un exercice de style de plus, de quelque chose qu'on a déjà lu mille fois; mais c'est sans compter par la formidable vitalité qui se dégage de ces pages que l'on tourne à toute allure, tour à tour charmé, ému, amusé. On ne se reconnait pas tout à fait dans l'histoire de cette bande de gamins qui sillonnent les bas-fonds d'une banlieue populaire de Buenos Aires, mais en même temps, on aurait pu y être, et partager quelques unes de leurs péripéties...
Par exemple trouver un moyen original de gagner quelques sous pour acheter un colifichet pour l'anniversaire de maman (il faut ne pas craindre les cimetières), récolter des bonbonnes de Jerez en se saoulant au passage, être momentanément le chef d'une bande constituée de Le Roux, Le Chinois, Te Deum, Marisa la seule fille, le Rat, La Perche, le gros Carlos, entre autres, et, partant, avoir l'obligation de gagner au jeu du Pain et Fromage.
"Au Pain et Fromage, toi et ton adversaire devez d'abord vous faire face, puis vous retourner et vous éloigner l'un de l'autre comme deux types qui vont se tirer dessus dans un duel au pistolet. Quand quelqu'un d'extérieur crie "Halte" ou "Pas plus loin", ou n'importe quoi dans le genre, il faut s'arrêter net. Puis se retourner de nouveau pour se retrouver face à face. On prenait le nom de Pain ou Fromage selon qu'on bougeait en premier ou en second. Et c'était pareil, vu qu'il était impossible de savoir s'il valait mieux commencer ou pas. Une fois qu'on avait déterminé qui serait Pain ou Fromage, toi et ton adversaire deviez commencer à se rapprocher l'un de l'autre, pas à pas. Mais pas n'importe quel pas. Au maximum la longueur exacte d'un pied (pas complet) et au minimum sa largeur (demi-pas). Pour faire un demi-pas, il fallait mettre le second pied contre le premier, et perpendiculaire, comme le ferait un joueur de domino qui pose un double. Un élément important était la possibilité de passer, une seule fois par partie, il fallait dire "je passe", ce qui donnait à l'autre la possibilité de faire, une fois et une seule fois, deux pas consécutifs. Evidemment, le vainqueur était celui qui terminait en marchant sur le pied de l'autre."
Fiston et moi avons testé, c'est hautement stratégique, je recommande.
C'est souvent drôle, jamais larmoyant malgré certains passages forcément très durs, Gabriel nous entraîne tellement dans son monde qu'on est vraiment tout triste de le quitter : un très joli roman (largement autobiographique).
Ed. Métailié, Mars 2008, 176 p., 16 €
Trad. (Argentine) par René Solis
Titre original : El origen de la tristesa
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : enfance, argentine
01.02.2008
Les jumeaux se ressemblent davantage les jours de pluie, paraît-il
Jean-Claude Mourlevat - L'enfant océanCa vous rappelle quelque chose ? Normal, c'en est une adaptation, une sorte de fable moderne, avec des personnages hauts en couleur, au langage parlé et à la morale particulière.
Ca se dévore littéralement, c'est rythmé, prenant, déconcertant, superbe !
La dernière page est d'une poésie folle, alors qu'on a plutôt exploré le domaine du comique, du sordide ou de l'ignoble auparavant.
Bref, c'est vraiment complet et réussi, ça donne très envie d'explorer plus avant l'oeuvre de Jean-Claude Mourlevat !
Ed. Pocket Jeunesse, 1999 4,50 €
152 p.
Les avis de : Flo et Laurence.
"Me dites pas, avec le nombre de chemins qui existent, de routes, d'autoroutes et le reste, on se demande pourquoi ils éprouvent le besoin de marcher là. Mais je commence à avoir mon idée. Ils marchent là : une, parce que c'est tout droit, et deux, parce que au bout il y a toujours une gare. Ca leur fait deux certitudes et ça repose. En général, c'est des personnes seules. Ca va tête baissée, à broyer du noir. Enfin je suppose. Quand on marche tout seul le long d'une voie ferrée, c'est pour quoi faire, si c'est pas pour broyer du noir ?
Parfois j'ai envie d'ouvrir ma fenêtre et de leur brailler : "Ca s'arrangera pas, votre affaire ! Couchez-vous plutôt sur le rail, le prochain passe dans cinq minutes ! Vous serez tranquille comme ça !" Ca me fait rire toute seule. Je suis pas méchante, juste un peu taquine. On se distrait comme on peut. Ca m'est venu avec l'âge. J'étais pas tordue comme ça avant, il me semble..."
15:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, enfance, petit poucet
30.01.2008
Grosse envie soudaine de foufou, chin-chin ou de moi-moi...
Chimamanda Ngozi Adichie - L'Hibiscus pourpreNous sommes tout d'abord plongés directement dans une scène de rébellion; Jaja, le grand frère de Kambili, tient tête à son père pour la première fois. Son audace extrême, sa folle témérité : avoir refusé la communion le dimanche des Rameaux. Kambili est figée par l'angoisse, sa mère anticipe en tremblant le châtiment, on croit avoir cerné le noeud du problème.
Mais non.
Kambili nous relate alors "l'avant".
Eugène, le père, est une figure importante du Nigeria. Généreux, impliqué dans la vie de la communauté, il est également un vrai fondamentaliste catholique, et l'éducation qu'il entend donner à ses enfants est ultra réglementée. A chaque "faute", la punition est monstrueuse. C'est en ayant l'occasion de vivre quelques temps dans la famille de leur tante que Jaja et Kambili vont mesurer combien leur vie diffère de celle des autres, avec chacun une réaction différente...
Kambili a quinze ans, mais ses raisonnements sont totalement soumis aux sentiments que lui inspire son père. Et ceux-ci sont très compliqués à démêler, car en dépit de tout, bien évidemment elle l'aime, très sincèrement, tout autant qu'elle admire nombre de ses qualités ou est terrorisée. C'est un long cheminement qui l'amènera à s'autoriser à exister vraiment, et c'est véritablement poignant. Les personnages sont superbes, la narration tend au plus simple et leur permet de s'incarner presque dans leur chair. C'est une rencontre avec le Nigeria, aussi, dans nombre de ses aspects (y compris politiques ou religieux), ça vous prend par la main et vous surprend à sourire ou essuyer une larme furtive : un très bon premier roman.
Ed. Anne Carrière, 2004 & Le Livre de Poche, 2006 , 6,50 €
Traduit de l'anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal
Les avis (tous élogieux) de : Loupiotte, Lydie, La Livrophile, La Nymphette, JoAnn, Lo, entre autres.
Merci beaucoup à Domreader !
"Ses lettres parlent surtout de moi. je les emporte avec moi parce qu'elles sont longues et détaillées, parce qu'elles me rappellent ma valeur, parce qu'elles me touchent dans mes sentiments. Il y a quelques mois, il a écrit qu'il ne voulait pas que je cherche les pourquoi, parce que certaines choses se produisent pour lesquelles nous ne pouvons pas formuler de pourquoi, pour lesquelles les pourquoi n'existent tout simplement pas et, peut-être, ne sont pas nécessaires."
15:00 Publié dans Vraiment très bien | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : enfance, nigeria
22.11.2007
A ressentir autant qu'à lire

[...]
« Car lorsqu'on s'est vue faire la pire chose qu'on puisse imaginer à autrui, on sait au moins de quoi on est capable. On a au moins le restant de sa vie pour faire plus attention. »
Ainsi parle Marsha, la trentaine, qui nous raconte l'été de ses dix ans, dans une petite banlieue sans histoires de Washington, en 1972. Mais qu'a-t-elle donc bien pu faire, pour le ruminer ainsi pendant vingt ans ? Qu'est-ce qu'une petite fille trop solitaire, immobilisée par une cheville plâtrée et qui assiste impuissante à la débandade de sa famille peut bien inventer ? Ne lisez pas la 4° de couv, et lancez-vous à l'aveuglette, vous ne le regretterez pas.
Il se dégage une ambiance à la Peyton Place, une touffeur moite qui annihile complètement le présent. Très vite, vous avez dix ans, c'est l'été, vous ne savez pas quoi faire et le monde est hostile. Le temps est long, l'avenir incertain, d'ailleurs ces notions vous sont parfaitement étrangères, tout comme le Watergate dont parle tout le temps maman. C'est juste énervant, et l'ambiance se ternit jour après jour, une violence larvée s'établit à la maison, alors...
Un roman à ressentir autant qu'à lire, une très belle expérience littéraire menée dune plume sûre et vaillante.
Ed. De Fallois, 09.2007 19 €
Trad. Isabelle Caron
15:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : enfance, ambiance pesante

