29.03.2010

Crimes et jeans slim - Luc Blanvillain

blanvillain.jpgLa famille d'Adélaïde Manchec, notre héroïne, n'est pas banale; avec son petit frère, Rodrigue, ils ont instauré un jour de dispute hebdomadaire, échangent en une langue des signes discrète qu'ils ont inventée, et échappent à la dictature de la mode vestimentaire. Pour Rod, à son âge, c'est assez facile - d'ailleurs il est obsédé par un éléphant (c'est une longue histoire). Adé, elle, ne peut échapper à la panoplie de pétasse, si elle ne veut pas subir l'ostracisme des filles de sa classe, elle a déjà trop vu de victimes. Alors elle a mis au point un stratagème passant par de constants changements chez sa grand-mère, sévèrement atteinte d'Alzheimer. Elle fait semblant d'être une pouffe, quoi, mais cela ne correspond absolument pas à sa nature profonde.

Pourtant, cela ne lui sera (pour commencer) d'aucune utilité face au serial-killer qui a décidé de "nettoyer" le collège. Les unes après les autres, on retrouve les jeunes filles étendues  raides une balle entre les deux yeux.

L'occasion pour Adé de se rapprocher de Thibault, jusqu'à lors cantonné dans la catégorie des "casses-dalles", pour mener ensemble l'enquête...

Val a lu ce roman et l'a tellement aimé qu'elle me l'a envoyé, souhaitant le faire découvrir, et je l'en remercie ! Armande l'avait beaucoup aimé également.

Je l'ai trouvé fort drôle et très alerte. Sous une très réussie trame policière (on sait que le coupable est forcément l'un des personnages que l'on connaît, mais l'auteur se plaît à brouiller les pistes !) s'imposent des thèmes comme le conformisme, les gloussements adolescents (enfin ce que moi j'appelle ainsi), l'amour naissant et la filiation, la littérature... L'ambiance d'un collège est très palpable, le duo policier très marrant, on tourne les pages sans pouvoir s'arrêter.

Mémorable passage sur les catégories que les filles ont décrétées pour classer les garçons : sexy-geeks, beaux-gosses-yaourts, clafoutis-attitude, geek-winners, pue-de-la-gueule, aliens, glam-cailleras, topinambours, casse-dalles, golden-roots... Chaque explication est un monument à elle toute seule !

A partir de 13 ans et sans limite d'âge, d'ailleurs la grand-mère de l'auteur, 93 ans, l'a bien aimé, nous dit-il chez Pascale Clark :)

 

Quespire Editeurs, 2010, 239 p.

09.12.2009

Manhattan nocturne - Colin Harrison

Il s'appelle Porter Wren, trente-cinq ans, il tient une chronique voyeuse dans un journal très lu. Il donne à voir des drames sous un harrison.jpgangle émotionnel, trouve toujours la bonne personne qui dira le bon truc qui fera d'un fait divers quelque chose de touchant. Il est par ailleurs marié et a deux enfants. Un peu sur la pente descendante, déjà, faire pleurer Margot mine de rien ça vous use son homme. Dans une soirée, il rencontre Caroline. Elle lui plaît. Il ne résiste pas beaucoup. Mais la belle va l'entraîner dans une sombre histoire, pleine d'obèse richissime et de cinéaste talentueux mort...

C'est un roman prenant qui exige d'être dévoré en peu de temps, pour autant au final je trouve qu'il joue un peu inutilement du mélo, il contient une certaine grandiloquence qui n'est pas soutenue par son propos. Wren est un con, c'est certainement voulu par l'auteur mais ça décrédibilise certains de ses propos, par ailleurs souvent fort joliment exprimés.

Par exemple :

"Quant à moi, je restai éveillé avec mon secret. C'était à la fois terrifiant et très excitant. Un secret est un trésor dissimulé au coeur d'un entrelacs de mensonges. Un visage fait de votre visage un masque, il vous oblige à observer attentivement ceux que votre performance abuse. Avoir un secret, c'est réapprendre sournoisement les ficelles des conversations ordinaires, enrober celui qui crie en vous dans l'ouate d'un babil anodin. Un secret structure votre existence. Les tracas matériels deviennent enviables; en les endurant stoïquement, vous rendez hommage au secret; les yeux grand ouverts, vous le nourrissez dans la nuit."

Une noirceur toute relative pour une plongée new-yorkaise.

 

Ed. Belfond 1997 & 10-18 2008, 421 p.

Traduit de l'américain par Christophe CLARO

 

Lu et plus apprécié en général par : Amanda (merci pour le prêt !), Chaplum, Restling...

04.09.2009

Tu ne jugeras point - Armel Job

"Le père effondré trompe sa terrible attente en se réfugiant dans les gestes immémoriaux des gens laborieux". Le cas échéant, la scène job.jpgresservira plus tard accompagnée d'un commentaire au goût du jour : "Au lendemain du drame, on s'était étonné de l'indifférence du père occupé à ses plate-bandes, comme si de rien n'était."

Une petite ville de Belgique, un drame : un bébé a disparu. Les circonstances sont peu claires, la famille intrigante, l'enquête est menée lentement, depuis Dutroux on est très prudent. Il pourrait s'agir d'un enlèvement, d'un drame familial, d'un accident bête, la mort frappe indistinctement.

C'est un roman prenant qui invite petit à petit le lecteur à s'avancer dans l'intimité de tous les intervenants, à des degrés divers. C'est le genre de roman qui part d'un évènement particulier pour tendre à l'universel, et qui le fait dignement, avec un sens du suspens bien mené.

Pas mal du tout.

Ed. Robert Laffont, août 2009, 285 p.

 

02.07.2009

Little Bird - Craig Johnson

"Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T'imagines si, en plus, t'étais beau ?"johnson.jpg

Il était une fois un vieux shérif à la dérive. Sa femme était morte quatre ans plus tôt, il se laissait aller depuis, confit dans un ennui de plus en plus prononcé. Deux ans auparavant, son comté dans le Wyoming avait vibré pour le procès de jeunes cons qui avaient salement abusé d'une indienne handicapée mentale. La peine dont ils avaient finalement écopé était trop clémente. Aujourd'hui, alors que ses amis se liguent pour lui donner un coup de pied aux fesses, pour le remettre dans la vie, le premier de ces jeunes déviants se fait assassiner, bientôt suivi d'un autre... Qui a décidé de faire justice seul ? Les soupçons se portent forcément vers la communauté indienne. Mais Walt connaît bien les gens et les lieux, c'est sa patrie, l'air qu'il respire. L'occasion de sortir de sa torpeur ?...

Un bon gros western qui se déguste lentement : on prend un peu de temps pour entrer dans l'univers proposé, j'ai trouvé le début assez obscur, des dialogues entre initiés qui me laissaient un peu sur le côté. Et puis la séduction agit, Walt ferait craquer n'importe qui, et très vite on se bat dans le blizzard pour aller au bout de nos forces et on met une bonne raclée à notre imbécile d'adjoint. On se prend pour un cow-boy, quoi, celui qui est l'ami des Indiens, pas Clint parce que le gabarit ne correspond pas, mais aussi bien.

Une atmosphère particulièrement adaptée aux longues après-midi d'été, je recommande !

 

Ed. Gallmeister, 2009, 409 p.

Traduit de l'américain par Sophie Aslanides

Titre original : The Cold Dish

 

Merci Amanda !

Lu également par : Cathulu, Jeanjean, Brize, InColdBlog, Papillon,

05.02.2009

Hiver arctique - Arnaldur Indridason

indridason.jpg

 

Arnaldur Indridason est un auteur très primé, pour ce roman il a reçu pour la troisième fois le Prix Clé de Verre du roman noir scandinave, et j'en comprends la raison ! Commencer un de ses romans est toujours une expérience ouatée, instantanément on se plonge dans univers très particulier et le reste du monde n'existe plus. On ressent dans ses tripes l'hostilité du climat islandais, on a l'impression de comprendre Erlendur intimement. Par contre, je ne sais pas à quoi tient cette affection immodérée que l'on éprouve à son égard, il parait si essouflé, si las... C'est contagieux, et en même temps, on a l'impression de retrouver quelqu'un qu'on connaît, quelqu'un de fiable, à qui on accorde bien volontiers tout le temps nécessaire.

Dans cet Hiver arctique, nous sommes peu de temps après Noël, et Erlendur se trouve occupé par de nombreuses choses : le meurtre d'un enfant d'origine thaïlandaise (avec une interrogation sur le racisme en Islande), ses enfants, la disparition de son frère qui l'obsède toujours, ainsi que celle d'une femme peu avant Noël. Et Marion, son ancienne patronne avec qui il était toujours resté en contact, est sur le point de mourir. Tout ceci fait beaucoup pour un seul homme, d'autant que se greffent sur l'enquête un poivrot et son ex-beau-père pas très net...

L'épilogue est amer, et international. Mais nous on veut encore très vite relire Indridason !

 

Ed. Métailié, Février 2009, 335 p., 19 €

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Titre original : Vetrarborgin

25.07.2008

Pour un feulement de chat

Patricia Wentworth - La plume du corbeau

Une sombre histoire de lettres anonymes nécessite les lumières de Miss Silver. Bientôt, trois meurtres sont commis, les victimes ayant toutes en commun d'avoir claironné connaître l'identité du corbeau malfaisant...

A mon sens, ce qui se dégage le plus fortement des enquêtes de Miss Maud Silver est un sentiment de quiétude. C'est pourtant paradoxal, car c'est bien l'étendue de la noirceur humaine qui en assure le fond. Alors qu'a-t-elle de si particulier pour qu'on se sente tellement sereins en sa compagnie ?

Elle porte des chapeaux. Un pour tous les jours, un feutre noir orné d'un noeud de rubans violets, et un pour le dimanche, dont elle vient justement ici de faire l'acquisition, et que sa nièce Ethel Burkett estime de forme est très seyante. Il est pour l'heure soigneusement rangé, enroulé dans du papier de soie en compagnie d'une paire de gants de chevreau neufs et d'un foulard de soie gris et lavande. Lorsqu'elle l'étrenne, avec son manteau de drap noir, on constate qu'il s'agit d'une sorte de toque en velours noir, contre la forme de laquelle se serrent frileusement trois pompons, un noir, un gris et un bleu lavande. "Tout à fait charmants, ces petits machins sur le côté" estime Randal March.
Pour la nuit, elle brosse et natte ses cheveux puis les enserre dans un filet plus solide que celui qu'elle utilise dans la journée. Elle a aussi pour habitude immuable de lire un verset de la Bible avant d'éteindre la lumière et de disposer à dormir. Son peignoir bleu est agrémenté d'une bordure en dentelle faite à la main qui a déjà connu ses deux précédents peignoirs.

Mais, nous apprend-elle un peu plus tard :

"Si Miss Silver, pour sa part, avait une mise délicieusement surannée, c'était d'abord parce que cela lui convenait parfaitement, et ensuite parce qu'elle s'était aperçue que ce personnage de gouvernante d'un autre temps était un précieux atout dans la profession qu'elle avait fait sienne. Le fait d'être considérée comme quantité négligeable peut être le meilleur moyen de recueillir le genre de renseignements que les gens ne fournissent qu'une fois leur vigilance endormie."

Et ça fonctionne impeccablement, elle attire toutes les confidences, mémorise chaque plus infime détail, et contrairement à ses collègues anglaises et américaines, est avare de paroles et use avec discernement du toussotement pour manifester sa désapprobation.

Quand on a terminé une de ses enquêtes, on a juste envie d'en commencer une autre ! :)



Ed. Seghers 1908 & 10-18, Collection Grands Détectives, 1992 & 2007, 346 p., 7,40 €
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Poison in the pen

13.07.2008

Faire la grasse matinée un dimanche était une chose, mais jusqu'à dix heures bien sonnées, cela dépassait quand même la mesure.



Patricia Wentworth - Miss Silver entre en scène

En 1930 naissait Miss Marple, sous la plume d'Agatha Christie. Mais deux ans plus tôt s'activaient déjà les neurones (et les aiguilles à tricoter) de Miss Maud Silver. Ancienne gouvernante, calme et tranquille et grande observatrice de la nature humaine, elle pourrait en effet être sa grande soeur, mais sa modestie naturelle et sa sereine confiance en ses capacités repoussent toute jalousie. Miss Silver n'a pas besoin de tapage médiatique, elle mène sa trentaine d'enquêtes au rythme de l'heure du thé, ponctuée de quelques toussotements diplomatiques.

Or donc, Miss Silver vient rendre visite à une amie d'enfance, dans le petit village de Lenton. Un homme est assassiné, et les suspects sont nombreux : est-ce Rietta, que tout semble accuser ? Son neveu Carr, qui était fou furieux contre la victime ? Catherine Welby, que l'on sait avoir espionné dans l'ombre ? Le fils des domestiques, à la réputation difficile ? Nos soupçons se posent tour à tour sur chacun d'eux, avant que paisiblement Miss Silver ne nous explique que deux plus plus ont toujours fait quatre...

L'univers de Patricia Wentworth a passé LE test ultime haut la main : je l'ai lu dans des conditions extrêmes, au péril de ma vie, chez Girafou des heures durant. Oui, Madame, oui, Monsieur, un niveau de décibels à faire passer la fanfare du 14 Juillet pour un concerto pour fourmis, des cris, des bousculades, une sauvage agression envers la prunelle de mes yeux (un coup de pied par inadvertance, 879 points de suture. Une bosse, quoi, sur la tempe. car les trampolines font tomber, parfois !), des gaufres au Nutella et du thé aux fruits rouges, rien de tout ceci n'a plus eu de consistance à partir du moment où j'ai ouvert ce roman.

J'ai procédé mathématiquement (ah ah), listé les coupables possibles et leurs motivations, été sûre de moi et trouvé ça trop facile, et me suis retrouvée dans l'erreur, bien évidemment !

L'énigme policière dans toute sa splendeur, pacifique et ordonnée, polie et so British. Si Agatha était votre amie à l'adolescence, Patricia agrémentera vos après-midi d'été à la perfection, avec un nuage de lait.

My pleasure.


Ed. originale 1951, Seghers 1979 & 10-18  Collection Grands Détectives 1992 & 2005, 7,40 €, 380 p.
Trad. (GB) par Patrick Berthon
Titre original : Miss Silver Comes To Stay

Merci à Marie-Emilie qui m'a fait découvrir Miss Silver !

06.02.2008

Clic, TIC, Wii ? Bof.

Isabelle Juppé - La femme digitale
juppe.jpg


C'est une enquête, menée par Isabelle Juppé, dont le sujet est le numérique et les femmes, en gros. En détails ça revient plus à la narration de quelques cas particuliers, et cela concerne exclusivement les femmes et le net. Répartis en "îles" (de la transmission, des TIC (Technologies de l'Information et de la Communication), du glamour et du jeu, du Business, de la conversation et de la reconversion, de l'engagement; de la culture, de l'amour et de la séduction), les chapitres s'enchaînent, ponctués d'exemples, de bribes d'entretien, et d'adresses.

C'est bien écrit, le style est clair, les pages coulent facilement et le ton est sympathique. Isabelle Juppé a su mêler habilement petites touches d'elle-même et ouverture sur le monde, parler d'elle et de nous d'une jolie façon.

Pour autant, une fois lu force m'est de constater que je n'en dégage pas grand-chose, rien en tout cas que je n'aurais pu trouver par moi-même sur le net : ça ressemble assez à une énumération d'évidences, rien n'est vraiment creusé. Comme un premier abord, une approche, mais pas satisfaisant en terme de consistance.
Le passage sur la culture sur le net m'a amusée, entre autres : les livres n'y existent tout simplement pas.

Par contre, j'y ai découvert un site qui pour le coup, mérite amplement un super gros éclairage : jeveuxaider.com.

Ed. JC Lattès, Janvier 2008,  232 p. 16 €

25.03.2006

Préparez vos mouchoirs

Tatiana de RosnayMoka
PLON, 2006

 

Paris 14°, 2003, Justine Whright, française mariée à un anglais, est traductrice.
Elle apprend par téléphone que son fils Malcolm, 13 ans, est à l’hôpital dans le coma : il a été fauché par une Mercedes de couleur Moka, qui a pris la fuite.
Passé le premier et terrible choc, chaque membre de la famille intègre à sa façon le drame;
Justine, elle, trouve la force de ne pas craquer dans la colère et le rejet de tout ce qui a constitué son existence jusqu’à lors. Elle touche du doigt les manquements de son mariage, de ses parents. Elle décide de passer à l’action et de retrouver elle-même le chauffard…

Dès le début le roman sonne juste. Les émotions, la progression des réactions, les détails du quotidien, tout concours à nous mettre complètement à la place de Justine. Certaines pages sont bouleversantes et on ne peut retenir ses larmes (les appels des copains de Malcolm, les toutes dernières pages...).
Le rythme des phrases est syncopé, rageur, saccadé, pour une accentuation réussie de chaque émotion.
On retrouve en clin d’œil les thèmes chers à l’auteur, la Toscane, Modiano, les figuiers, Daphné du Maurier…
L’évocation permanente de la double culture franco-anglaise est agréable, sans caricature, ponctuée de petites touches d’humour qui offrent un heureux répit dans l’oppression du récit.
On entre de plein pied dans l’univers de l’héroïne, enrichi en permanence par petits bouts.
C’est un livre sincère qu’on pourrait prendre pour un témoignage.
De ce fait on est en totale empathie et il est complètement impossible de lâcher en cours : Moka se lit en apnée.

Sans conteste le meilleur roman de Tatiana de Rosnay à ce jour.

249 p.