01.09.2009
Quelque chose en lui de Bartleby - Philippe Delerm
Oui, mais non. La quatrième de couverture laisse à penser qu'il s'agit là d'une histoire d'anonyme qui se met à tenir un blog, rencontre le succès, et n'arrive pas à le gérer. En un sens, il y a de ça dans ce roman, mais c'est terriblement réducteur et limite mensonger de se tenir à cet aspect.
Arnold Spitzweg est un contemplatif (lui il dit "spectateur", moui bof) qui "vit petit". Il travaille à La Poste, n'en retire pas de satisfaction, il était amoureux de sa petite voisine lorsqu'il était enfant (mais il ne se sentait pas assez bien pour elle), il a eu une brève histoire avec une collègue (j'ai détesté sa façon d'en parler, il a beau dire que ses expressions ne sont pas péjoratives, je lui aurais volontiers carré sa condescendance raffinée quelque part, à cet abruti, moi !), bref c'est un solitaire pas super intelligent ni spécialement cultivé. Pas très intéressant, franchement.
Mais il aime Paris, où il vit, et possède un petit brin de plume, une façon de capter des instants, des moments du quotidien, et de leur insuffler un petit quelque chose quand il les écrit.
Alors donc il ouvre un blog, a des lecteurs, une petite notoriété, on parle de lui sur France Inter, un éditeur le contacte.
Mais Arnold ne sait que faire avec tout ça, ça ne rentre pas dans ses "contemplations". Voulait-il en réalité partager quelque chose, en ouvrant un blog ? Désire-t-il vraiment les contacts qui résultent de sa notoriété ?...
Je trouve que ce très court roman est bien écrit, bien que je n'aie pas beaucoup goûté la brièveté des chapitres. J'ai été touchée par des tournures, des descriptions (tiens, rien qu'une, splendide : "Le mari a gardé son parapluie pliant à la main. Maintenant, il fomente de s'en séparer." Fomenter... quel joli verbe.), et la vision du blog est juste. Cette dernière m'a flanquée le cafard, d'ailleurs, je trouve qu'il y a derrière tout ça quelque chose de terriblement vain. En fait, Arnold, en ouvrant ce blog, cherche sans doute, sans le formaliser (y compris à soi-même) à combler une solitude, à exister d'une certaine façon. Mais il constate que ce que ça lui apporte (et ça lui apporte réellement, concrètement, quelque chose) ne le comble en rien.
The truth is out there, comme dirait l'autre (spécheule dédicace to Erzébeth ;o)). Comme quand la belle Hélène de son enfance est incapable de lui pointer UN truc qu'elle a particulièrement apprécié sur le blog. Ce qu'elle aime, en réalité, c'est que les autres aiment ce blog. Pas ce qu'elle y lit. Le lit-elle seulement, d'ailleurs ?
Une jolie réflexion sur la virtualité, qui englobe plusieurs aspects significatifs.
Ed. Mercure de France, août 2009, 150 p.
06:00 Publié dans Bien bien ! | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : delerm, douceur du temps qui passe, fine réflexion sur le blog en général, mais moi ça m'a déprimée, et donné envie de laisser tomber le blog, mais non, finalement, j'aime ça et pi c'est tout!

