02.05.2012
Sur les chemins de Compostelle... (4)
Jour 5
1er mai sans déjeuner !
Ce matin le PDJ était un peu à la peine: pas de viennoiseries, pas de pain frais, mais des confitures et yaourts maison et un miel toutes fleurs particulièrement bon. Peu avant le départ, la maîtresse de maison nous prévient que nous ne trouverons rien pour le déjeuner jusqu'à Pau distant de 40 kilomètres et nous propose une miche de pain et un fruit !
Inconfortable erreur de notre part, nous ne souhaitons pas tout assurer, sécuriser, verrouiller simplement pour alléger notre environnement organisationnel sans risques majeurs.
Ayant fait notre mea-culpa auprès de Marie-Anne, nous décidons en ce jour de 1er mai de descendre dans le chemin afin de militer pour le panier-repas proposé par les gîtes dans les régions aussi isolées que celles que nous traversons.
Le non traitement politique de cette question essentielle est une Baytise qui a laissé son auteur à 8,5 % au premier tour des élections présidentielles !
Bref, nous passons une matinée de rêve ponctuée de clins d'oeil pyrénéens sous un soleil agréablement présent.
Vers 11h pour la première fois depuis le début de notre "aventure", nous enlevons notre polaire et poursuivons en t-shirt et chapeau. Puis arrive 12h30, le moment du déjeuner. Je suis d'avis de continuer jusqu'au terme de notre étape vers 14h30 pour trouver le complément au peu que nous avons dans nos sacs. Marie-Anne préfère s'arrêter... Étant dans notre journée à tendance politique, il faut que je vous explique que nous avons adopté dans notre constitution jacquaire: "le compromis à la minorité après 5h de marche"
Nous avons donc fait un arrêt repas pour manger... rien !
Si ce n'est rassasiant, c'est tout juste reposant.
Enfin, nous sommes arrivés à l'étape. Et à l'étape toujours rien, pas une âme qui vive. Cette succession de riens est, dirons-nous, bénéfique à l'apprentissage de la vie en communauté dégradée.
Nous décidons alors de rejoindre notre hôtel en taxi. Nous téléphonons et puis rien, pas de taxi le 1er mai !
Il nous reste à finir à pied les 10 kilomètres jusqu'à l'hôtel.
Résultat de cette journée du 1er mai:
1) 40 km à la place de 28
2) Déjeuner d'un fruit et d'une tranche de pain arrosée de sucre en poudre
3) Nous n'avons jamais travaillé autant sans être payé double
4) Marie-Anne arrive épuisée et fait un malaise pendant que nous étions dans la laverie de l'hôtel
Promis Marie-Anne, on ne recommencera que l'année prochaine!
Publié dans Rien à voir | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : et encore, il aurait pu pleuvoir, mouhahahahhaha
06.02.2012
Je crois qu'il faut avoir perdu quelque chose pour en connaître la vraie valeur.
"- Que s'est-il passé ? demanda-t-il. Je veux dire : pourquoi a-t-il fait ça ?
- Il disait toujours : "Ce qui est bon est bon; plus, ce n'est pas forcément mieux", répondit Lindsay en se tripotant un ongle ébréché avec le doigt. Je n'ai jamais vraiment compris ce qu'il entendait par là.
Ce jour-là, l'agent de Whit lui avait téléphoné pour lui communiquer la nouvelle et, plus tard, les agences de presse l'avaient jointe pour lui demander s'il lui était possible d'éclaircir les circonstances de sa disparition. Que pouvait-elle ajouter ? Il y avait un revolver : il s'était donné la mort - c'était tout ce que Lindsay savait; quant aux détails secondaires, c'était par les journaux qu'elle devait les apprendre. Après être parti se terrer dans les Bighorn Mountains, Whit s'était coupé du reste du monde : plus de livres, plus rien, seulement le silence. "Vous devriez peut-être poser la question à sa seconde épouse", suggérait-elle aux importuns, mais ce qu'elle voulait dire en réalité, c'était : "Ce n'est pas arrivé pendant mon quart."
Atlee se gratta d'un air songeur.
- Le monde ne l'a jamais assez aimé, conclut posément Lindsay. Ou du moins pas comme il l'aurait souhaité ou pas à la hauteur de son besoin d'amour."

Vous voyez, pour moi, ceci est le talent absolu; ce paragraphe porte en lui absolument tous les éléments pour comprendre ce dont il parle, et en un nombre de mots totalement réduit dit une somme de choses conséquente : on comprend que Lindsay était la première épouse, que son ex-mari était un artiste (un écrivain en l'occurrence), la façon dont elle expose son insatisfaction laisse entendre que c'est lui qui l'a quittée, qu'il s'est suicidé, qu'elle ignore pourquoi, qu'elle a l'impression qu'elle aurait - peut-être - pu empêcher ça, on ressent les manques, on pressent un monde ne demandant qu'à nous inviter en son sein, c'est intemporel, ça nous parle à tous, nous, mortels et par essence insatisfaits.
L'ensemble de cette nouvelle, initialement publiée dans le recueil "La Forêt sous la neige", et reprise en édition de poche (Libretto), seule, aux éditions Phébus en 2011 (106 pages) est au diapason : c'est du talent pur.
Nous sommes en 1957 et Lindsay a quarante ans. L'amour de sa vie, un écrivain célèbre, l'a quittée il y a quelques années, elle ne s'en est pas remise. Elle prend le train, traverse les Etats-Unis pour aller s'occuper de ses parents vieillissants et démunis, et se retrouve bloquée par une tempête de neige dans la ville où il vivait, avec une autre, et où il s'est donné la mort. Les deux épouses se rencontrent, se heurtent, se mesurent dans cet amour pour un homme exceptionnel disparu.
Elle lui écrit tout du long, elle vit des choses nouvelles, elle repense au passé, remontant loin, jusqu'à son enfance (l'épisode de la rédaction est pétrifiant et pénétrant). Elle ne sera plus la même lorsqu'elle reprendra le train pour continuer son voyage, elle aura pu faire ses adieux.
Elle se remet debout, et c'est tout simplement magnifique, bouleversant, émouvant et radieux. C'est de la littérature, qui, par une fiction, met des mots sur l'inextricable noeud de nos propres sentiments, à travers les époques.
Admirable.
La Petite-Fille de Menno - Roy Parvin (2000)
Traduit de l'anglais par Bruno Boudard
(Adapté au cinéma par Claude Miller sous le titre "Voyez comme ils dansent")
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : dans chaque personne, il y avait des trous, des vides, un paysage intérieur tel un monde, dont il était impossible de dresser la carte., on ne pouvait qu'y pénétrer partiellement, et encore, toute avancée était au mieux, du domaine de la conjecture.