08.09.2011
Rien de très très bon et rien de très très mauvais ne dure très très longtemps
"Boire son propre crachat : ce qu'on a envie de faire lorsqu'on se voit à la télé."

Ce roman a ceci de particulier qu'il a été écrit sous contrainte, en cinq fois une heure, et l'imagination absolument déjantée de Douglas Coupland n'a pas été prise en défaut.
Il met en scène quatre personnages principaux, deux couples qui se formeront (ou pas) en des circonstances très particulières. Un bar d'aéroport, son barman, donc, un pasteur qui a perdu la foi et s'est tiré en volant la caisse, une mère de famille de 40 ans qui vient rencontrer un "clic" sur Internet et la belle Rachel, qui est née très spéciale : son cerveau ne lui permet pas de ressentir les émotions, elle ne reconnaît pas les visages, et est en recherche d'un homme pour lui faire un enfant, afin de prouver à son père que si, elle est humaine. (Plus une voix désincarnée, "joueur_1", qui donne son titre au roman, mais dont je trouve le rôle au final plutôt annexe alors je fais l'impasse.)
Les uns et les autres vont nous narrer les évènements, parfois en se chevauchant, en intégrant les autres personnes qui vont aller et venir. Et des évènements, il s'en passe.
Alors qu'on pense au départ assister à un démontage sociologique en règle, on prend vite une autre direction, car c'est de fin du monde qu'il s'agit. Sans sommation, tout se dérègle et ça devient l'enfer absolu. Comment vont réagir nos quatre personnages ?...
Super accrocheur, pratiquement jouissif, ce nouveau roman de Douglas Coupland joue avec les mots et les notions, détourne tout et tout le temps, file à toute vitesse et balance quelques claquounettes au passage (avec un vrai talent d'observation, à défaut de creuser vraiment ce qui est avancé, faute de temps). Le lexique final valant presque à lui tout seul l'ensemble de ce qu'il a mis au préalable en situation : j'ai adoré.
"Mais les gens sont différents des souris. Ne laissez jamais personne vous dire ce que voulez ou ce dont vous avez besoin dans la vie. Vous pourriez tout aussi bien leur envoyer de belles invitations portant ces mots imprimés en relief : "Salut, voici ce que je voudrais que vous m'empêchiez d'avoir." La vie finit toujours par nous tuer, mais elle commence par nous empêcher d'avoir ce que nous voulons."
Joueur_1 - Douglas Coupland
Au Diable Vauvert, 2011, 293 p.
Traduit de l'anglais (Canada) par Rachel Martinez