29.05.2011

Mel B au pays de la traduction (5)

Avant de reprendre le fil des billets consacrés au DESS, il m'a paru intéressant de vous livrer un passage très éclairant concernant le travail du traducteur et son manque de reconnaissance, ou plutôt, le manque de reconnaissance positive (c'est moi qui souligne) :

"Quand un ouvrage de langue étrangère est encensé par des critiques, ceux-ci songent rarement à citer le traducteur et à lui rendre ce qui lui appartient. En France, le traducteur est considéré comme un auteur d'une oeuvre seconde, il livre une interprétation d'un texte (il n'y a pas de lecture ou de traduction définitive, seulement des interprétations). Lorsqu'un pianiste, par exemple, interprète un morceau composé par un autre, il est toujours mentionné, et cela paraît aller de soi; un traducteur, non. En revanche, pour peu que l'ouvrage critiqué déplaise et qu'il soit traduit, c'est au traducteur que l'on s'attaque, sans prendre la peine de se demander si le problème ne pourrait pas se situer du côté de l'auteur et du livre lui-même. Bien sûr, il y a de mauvaises traductions, mais parfois le problème tient au style de l'auteur (ou à son absence), à la construction du livre, etc. Ce qui rend les traducteurs si susceptibles, je crois, c'est de ne pas être jugés de manière équitable : on instruit toujours à charge. Soit ils sont invisibles, soit ils sont vilipendés. Il y a de quoi blesser les natures les plus conciliantes. C'est d'ailleurs un combat de longue date de l'ATLF* d'obtenir des journalistes, des sites de ventes de livres... qu'ils citent le nom des traducteurs. Pour ceux qui sont constamment ignorés depuis des années, c'est usant.

Il y a aussi le fait que le traducteur vit avec un livre pendant des semaines, des mois; il n'y a pas meilleur connaisseur du texte que lui, l'auteur ne l'a jamais reniflé, scruté, disséqué comme lui l'a fait, il ne s'est jamais posé toutes les questions que s'est posées la personne qui l'a traduit. Je trouve d'ailleurs intéressants les rares auteurs qui se traduisent eux-mêmes, comme Nancy Huston par exemple. Canadienne anglophone, elle a pourtant écrit en français ses premiers livres, dont "Les variations Goldberg". Pour "Le cantique des plaines", elle est revenu à l'anglais, et elle affirme avoir amélioré son texte en le traduisant en français ! Chose que le traducteur n'est que rarement autorisé à faire, sauf s'il travaille pour Harlequin...

Mais ne nous leurrons pas, la qualité des traductions est très variable, et quand un genre est à la mode (la bit-lit, au hasard), certains éditeurs se mettent à acheter tout et n'importe quoi et font parfois appel à des personnes inexpérimentées, mal payées, qui traduisent au kilomètre sans se soucier de qualité."

 

* Association des Traducteurs Littéraires de France.