23.09.2010

Désirer - Richard Flanagan

"L'histoire de Mathinna et celle de Dickens, avec le lien étrange mais indéniable qu'elles ont entre elles, m'ont suggéré une méditation sur le désir - le prix de son déni, sa centralité, sa force et son pouvoir dans les affaires humaines. C'est cela, et non l'histoire, qui constitue le véritable sujet de Désirer."flanagan.jpg

Dans ce roman sont alternées deux périodes - 1854 à Londres et quelques années plus tôt, en Tasmanie - et deux histoires, la rencontre entre Charles Dickens et Ellen Ternan et le destin effroyable de Mathinna, une petite arborigène. Le lien ténu entre les deux s'effectue par les Franklin, le célèbre sir John disparu lors de l'expédition éponyme (disparition qui se produit entre les deux périodes) et son épouse Lady Jane.

Mais comme l'indique l'auteur lui-même en postface, il a moins accordé d'attention à sa narration qu'au message qu'il souhaitait faire passer, et qui pour le coup m'a semblé martelé. On ne peut que reconnaître une grande maîtrise des sujets, et j'ai apprécié très sincèrement de voir Dickens en personnage, en une extrapolation reprenant les éléments que j'ai pu lire çà et là. Mais l'aspect romanesque en lui-même m'a déçue, et je crains que quelqu'un qui découvrirait tout ça sous la seule plume de Richard Flanagan ne s'en fasse une idée plutôt terne.

Je n'ai pas accroché à l'histoire de Mathinna, plus précisément la plume de cet auteur ne correspond pas à mon goût pour le lyrisme et l'émotion. Il s'agit ici en permanence d'aller gratter le sens sous les évènements, pour le montrer noir sur blanc au lecteur.

On comprend (forcément, on comprend, à le lire ainsi décliné encore et encore) l'inextricabilité de la période victorienne pour des gens faits de chair et de désirs, pour le plus grand des écrivains qui plus est, le jamais égalé et merveilleux Charles Dickens. Mais on ne parvient pas à le ressentir, et pour moi c'est un échec.

J'ai tellement peu accroché au style de Richard Flanagan que je ne crois pas le relire un jour !

 

Ed. Belfond, 2010, 305 p.

Traduit de l'anglais (Australie) par Pierre Furlan

Titre original : Wanting

 

Un grand merci à Amanda !

Ys a été plus touchée, avec réserves.

25.01.2009

Du bon usage des étoiles - Dominique Fortier

fortier.jpgAprès "Terreur" de Dan Simmons qui m'avait fait forte impression, j'étais impatiente de lire ce premier roman de Dominique Fortier qui s'intéresse au même fait : l'expédition Franklin. Force m'est de constater qu'elle a réussi à en faire quelque chose de très personnel, en se basant sur des faits concrets et historiques.

Ici, si la trame de fond s'appuie toujours sur les journaux intimes de Sir John et Crozier, on entrecroise régulièrement Lady Jane et sa nièce Sophia. Et leur portrait est particulièrement réussi, en ce milieu du 19°. A la force d'âme et la saine curiosité de la première répond la langueur morose de la seconde, et quelques pensées fort peu charitables ternissent l'image de l'épouse qui n'aura jamais baissé les bras. Pour Sophia on ne peut se garder d'une certaine indulgence, elle est frivole, ma foi, c'est de son âge.

Mettre en résonnance leur quotidien très privilégié et les pensées désespérées qui leur sont adressées par les hommes coincés dans  la glace est poignant, allégé fort heureusement par de petits intermèdes cocasses comme la recette du plum-pudding, entre autre.

L'ensemble est assez factuel, narré d'une plume froide (parfaitement adéquate !), mais le lecteur ressent derrière la rigueur somme toute si britannique la profondeur de l'émotion.

Cette expédition fut un drame absolu.

 

Ed. Alto, 2008, 340 p.

 

Grand merci à Caro[line] pour le prêt !

De nombreux avis sur La recrue. (Livre du mois de Décembre 2008).