14.03.2009
Les belles lettres du professeur Rollin - François Rollin
Lettre à un génie de l'humour tendre et décalé qui parle divinement bien de son professeur de français et qui m'a rendue totalement accro à sa verve inimitable et à son amour des mots tellement communicatif
De... (inscrire ici très lisiblement à l'encre verte vos nom, prénoms dans l'ordre de l'état civil, adresse postale complète de la résidence principale et le cas échéant de la ou des résidences secondaires, ainsi que de l'ensemble des pied-à-terre pouvant être utilisés au cours de l'année fiscale, codes de toutes les portes, de toutes les fenêtres, des lucarnes et des soupiraux, situation familiale, dates et lieux de naissance du conjoint et de tous les enfants, des parents, grands-parents, oncles, tantes, cousins, neveux, nièces et cousines, numéros de Sécurité sociale avec leurs clés à deux chiffres, adresses courriel professionnelles, adresses courriel privées, téléphones fixes et mobiles, fax, télex, adresses en poste restante, correspondants à l'étranger; joindre tous les livrets militaires, trois relevés de patrimoine établis devant notaire, une flopée de RIB, quatorze boites à biscuits remplis de neige, autant de fiches d'état civil qu'il y a de personnes dans la famille élargie, cinq albums de portraits couleur par tête de pipe, cinquante carnets de timbres au prix du tarif en vigueur, huit extraits de casier judiciaire certifiés conformes, un sac de 150 kilos de thé de Chine, et une moissonneuse-batteuse).
.... à François Rollin, humoriste humaniste, auteur, metteur en scène, comédien, entre autres.
Cher François Rollin,
Je considère que vous êtes un authentique génie de l'humour. Vous avez embelli ma vie, et je vous en remercie.

Ah la la, que vous dire à propos de ces "belles lettres du professeur Rollin ou Comment écrire au roi d'Espagne pour lui demander sa recette du gaspacho"? Depuis que Cathulu a eu la gentillesse de me l'envoyer, je ne cesse de les lire et relire en riant toute seule (parce que bon, j'essaye de faire partager les causes de mon hilarité, mais force m'est de constater que ça ne marche pas fort; il faut que j'explique tout ce qui est drôle à chaque fois, je ne sais pas, certains sont réfractaires par principe, je dirais. En même temps, "certain" a 12 ans et demi. Je lui mets de côté pour dans quelques années...)
C'est drôle, donc. C'est vraiment, absolument, totalement et très sincèrement, à éclater de rire parfois. Rire que j'ai sonore et haut perché, seule dans ma voiture devant le collège, vitres ouvertes parce que l'air est doux, ça l'a fait moyen. Pour ma réputation. Bah.
Par exemple la Lettre à soi-même pour combler un manque affectif, avec ce petit passage en note de bas de page concernant le mot "vicissitudes" : [...] Les vicissitudes de la vie, ce sont les hauts et les bas, avec un accent particulier sur les bas, là où les bâts blessent. Le soulagement ne vient éventuellement que plus tard, après bien des vicissitudes.
William Shakespeare, qui ne savait rien dire simplement, a écrit, pour stigmatiser ces hauts et ces bas : "La coupe de nos vicissitudes se remplit d'une liqueur changeante." Il entendait par là que la coupe, au sens d'une coupe dans laquelle on verse par exemple des quartiers d'orange à la liqueur, cette coupe, donc, lorsqu'elle est remplie de vicissitudes, change de couleur et prend la teinte de la liqueur, légèrement affadie par la présence des quartiers d'orange dans la coupe. Et c'est très vrai ! On pense ce qu'on veut de Shakespeare, mais, sur ce coup-là, il a vraiment mis dans le mille."
Je me régale de sa mauvaise foi, de ses changements de styles abrupts, mêlant le plus soutenu au plus familier des langages, de l'absurde pur suivi d'un raisonnement impeccable, de tous ces mots que j'apprends, de ces inventions de la langue qui me font glousser au plus haut point (Même les textos et leur langage SMS sont réjouissants !). Et puis mention évidente à la Lettre d'une adolescente à une autre, il est clair que François Rollin est une adolescente comme les autres. Pareille :-D
Avec un peu de cran je me serais lancée dans un billet plein d'anaphores (je les aime !), mais ma lecture terminée je suis surtout submergée par un sentiment puissant d'admiration et même, on ne se refait pas, d'affection folle. Ces "Lettres..." seront désormais pour moi un paradigme... au sens philosophique.
Parce qu'en linguistique, on parle d'axe paradigmatique, que l'on oppose à l'axe syntagmatique. Le premier concerne le choix des mots eux-mêmes, le second le choix de leur placement dans l'énoncé. Autrement dit : l'axe paradigmatique, c'est le point du texte où une classe d'éléments peuvent être substitués. L'axe syntagmatique, c'est la chaîne des points où des éléments peuvent être substitués. Vous n'avez pas compris ? Et alors ? Vous croyez que j'ai compris, moi ?"
Ed. Plon, 2007 & Points 2009, 217 p.
(Et puis, ouf, je suis normale, même le journal Marianne reconnaît qu'il est très difficile de ne pas tomber amoureux(se) des mots de François Rollin ;o))
Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (22) | Tags : humour, à hurler de rire, finesse, vocabulaire, amour des mots, farfelu, génial quoi