09.01.2009
L'atelier d'écriture - Chefdeville
"C'était l'hiver, c'était la nuit, j'étais vénère dans le CDI, ils étaient cinq à s'être inscrits."
Il y a quinze ans, sous la prestigieuse couverture cartonnée noire et jaune, Chefdeville a publié un polar : "Juré, craché, sur ton ombre". Malgré ce clin d'oeil à Boris Vian, l'expérience ne lui a pas plu.
"Si vous êtes éditeur et que vous avez dans l'idée de republier cet ovni, c'est hors de question. C'est l'unique bouquin que j'ai écrit, le premier et le dernier. Vu son accueil à l'époque, ce n'est même pas la peine, j'ai raccroché définitivement. Cette histoire m'a rendu malade, j'ai failli en crever, aujourd'hui encore j'en ai des séquelles."
Mais ce qu'on lui propose aujourd'hui, c'est d'animer des ateliers d'écriture, et comme l'intérim ne nourrit pas toujours son homme, il accepte. Récit de quelques mois hallucinés, où il prendra connaissance de sigles mystérieux : SEGPA, STT, CPA, BDP, des classes de primo-arrivants ou encore des résidences d'auteurs...
Qu'on ne s'y trompe pas, le langage fleuri (ou plutôt costaud) employé de temps à autre dans ce livre sert toujours le propos, et cède souvent la place à une prose beaucoup plus ramassée et dépouillée. Chefdeville ne se donne pas le beau rôle, et si c'est tour à tour drôle, choquant, interpellant ou bas-du-front, parfois, il y a une vraie réflexion sous-jacente qui assure une base toujours intéressante.
Un livre qu'on ne lâche pas, et qui nous ballade bien comme il faut.
"Ouah, pute vierge, après quinze ans de silence, débiter autant de conneries à la seconde. Je revivais."
"Elle avait trouvé mes coordonnées sur une liste, via le site internet d'une association regroupant des auteurs professionnels. Les auteurs professionnels étaient des auteurs qui sortaient épisodiquement des livres qui ne se vendaient pas. Leurs conditions de vie étaient plus précaires que celles de leurs collègues, les auteurs "non professionnels", qui avaient un job à plein temps, fonctionnaire, enseignant, chercheur, juriste, flic à la retraite, enfin, qui bossaient à côté de leur plume. Ces derniers sortaient épisodiquement des livres qui ne se vendaient pas, mais ce n'était pas grave puisqu'ils bouffaient à leur faim. C'est pourquoi de nombreux auteurs professionnels, ne touchant pas assez de droits d'auteur pour survivre, se regroupaient en association pour essayer de trouver des plans de survie, pratiquant ainsi la paralittérature. En effet, le statut d'écrivain vous assurait de crever la dalle, mais vous aviez en contrepartie une légitimité pare-balles vous permettant de faire le nègre, de donner des conférences, des lectures, d'être modérateur dans un débat, d'animer des rencontres dans les médiathèques, voire des ateliers d'écriture dans les écoles. Ainsi, l'écrivain professionnel passait son temps et son énergie en travaux de paralittérature et, quand il se mettait devant son ordinateur pour écrire ses propres livres, il était séché, parasité par toutes ces activités pratiquées pour croûter et exister. Il n'y avait pas à tortiller, le meilleur plan pour écrire, c'était encore d'être rentier."
Ed. Le Dilettante, Janvier 2009, 253 p., 17 €
L'avis de Cathulu, même pas ronchonne.
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : récit, collèges, classe difficiles, galère, métier d'écrire |

