03.10.2006

Savoir rire de l'inattendu

Flemming JensenImaqa

Gaïa, 2002

 

Nous sommes dans les années 70, Martin, après un divorce et une vie à laquelle il ne trouve plus grand sens, demande à être muté dans un tout petit comptoir groenlandais. Pour cet instituteur danois de plus de 35 ans, c’est un changement d’habitudes radical. Bien que pétri de bonnes intentions, il navigue un peu à vue parmi les habitants de Nunarqarfik, et fait l’apprentissage à ses dépens de la simplicité groenlandaise. Mais petit à petit, il prend sa place et épouse l’harmonie des paysages et des mentalités. Seulement il est censé apporter le progrès, éveiller les jeunes consciences, sa hiérarchie n’attend pas de lui qu’il « régresse » et se plie aux coutumes ancestrales. Pris entre plusieurs feux, Martin nous plonge dans cette complexe affaire : comment amener une société statique en parfaite autarcie dans un monde dynamique à la logique biaisée ?... Loin d’être simple.

Mais les arguments de Flemming Jensen sont amenés en douceur, de l’intérieur, et on se prend d’une grande affection pour tous ses personnages.

J’ai ri de bon cœur devant des situations ubuesques servies comme des reines par une plume d’une acidité bon enfant dont je raffole, et qui m’a évoquée Terry Pratchett, par exemple.

C’est un roman formidable qui contient absolument tous les ingrédients pour vous faire passer des heures délicieuses.

Je recommande avec jubilation !

 

Traduction (Danemark) d’Inès Jorgensen
363 p.

26.09.2006

Dépaysement garanti

Jorn RIEL

© B. CANNARSA - 09/2005 / Agence Opale

 

Le garçon qui voulait devenir un être humain
Traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet
Editions Gaïa, 2002

 

Livre 1 Le naufrage
89 p.


Conte historique traditionnel narré d'une façon très simple et accessible même aux plus jeunes, la trilogie du garçon qui voulait devenir un être humain débute avec le naufrage des bateaux de Thorstein qui s'exilait au Groënland pour 3 ans, après avoir assassiné le père de Leiv. Ce sera l'occasion pour ce dernier de rencontrer Narua et Apuluk, et de faire connaissance avec les Inuit.
On est immédiatement plongé dans l'ambiance, on a envie de le lire à haute voix et c'est un bonheur de retrouver la culture esquimaude à son meilleur.

Vite, la suite !

 

 


Livre 2  Leiv, Narua et Apuluk
95 p.


Où le trio retrouve la tribu, avant de se lancer dans une chasse à l'homme envers 2 individus néfastes et sanguinaires. Toujours aussi prenant et palpitant. Il est à noter comme le style même du récit se conforme aux traditions Inuit, tout dans l'action sans aucune fioriture. Là-bas, on est ce que l'on fait, et on ne fait que dans l'intérêt commun. En message également la façon d'aborder l'autre, l'inconnu, dans les deux peuples. Narua se fait presque baptiser chrétienne, ayant eu la frayeur de sa vie dans le sauna qu'elle a pris pour l'enfer...
Par contre énormément de massacres dans ce tome !

 

 

 

Livre 3  ... Et Solvi
110 p.


Suite et fin de cette belle histoire toute simple, d'amitié, de fraternité, de tolérance, d'ouverture sur les autres cultures et même, d'amour sous toutes ses formes. Notre trio devient quatuor, part en voyage, rencontre le péril, triomphe et fait la fête, on est suspendus aux mots de Jorn Riel, on redevient des enfants qui écoutent une histoire hors du commun avec des héros très différents de soi, et c'est tout simplement bon. Toujours sous la simplicité du récit, on peut trouver un exposé clair et objectif de certains faits de société, ici l'esclavage. Et on termine sur la demande en mariage Inuit, sourire assuré !

 

 

 

Le jour avant le lendemain
Traduit du Danois par Inès Jorgensen
139 p.

 

Ninioq est devenue une vieille femme, elle sent que bientôt ce sera le moment d'aller seule sur la glace, conformément à la coutume de son peuple. Mais pour l'instant elle a encore une mission, elle doit surveiller la viande en train de sécher sur une petite île en compagnie de l'un de ses petits-fils. C'est l'occasion de transmettre toutes les histoires qu'elle connaît, d'enseigner à Manik un tas de choses qui lui serviront dans sa vie d'homme. Mais depuis quelques temps Nimiok est inquiète, le matin cette sensation la réveille et la perturbe, elle sent que quelque chose va arriver....

Ce trop court roman possède une magie puissante. Considéré comme l'un des livres majeurs de Jorn Riel au sommet de son art, il est tout à la fois une extrapolation imaginaire à partir d'une découverte fortuite de l'auteur, un conte familial où la transmission générationnelle prend tout son sens, et un documentaire sur la vie des Inuit. Je ne m'attendais pas à cet épilogue, bien qu'il soit dans la droite ligne du reste du roman. J'ignore pourquoi je suis aussi fascinée par cet univers esquimau, je passe par plusieurs étapes quand je m'enfonce dans leur histoire, de l'admiration devant leurs valeurs essentielles à une espèce de dégoût devant la brutalité de certaines coutumes.