24.02.2010
Le troisième acte - Glenn Patterson
"Je lui ai dit que par moments, aujourd'hui, j'avais eu l'impression de regarder ma vie défiler au lieu de la vivre, comme si j'avais laissé une porte ouverte entre deux façons de la poursuivre."
Le narrateur est un industriel irlandais en voyage d'affaires au Japon. A Hiroshima, il rencontre Ike, de Belfast comme lui, et c'est la seule raison qui les fait se côtoyer. La dernière journée avant son départ, à travers cinq moments clés (pdj, déjeuner, réception, dîner et... troisième acte) on apprend à les connaître un tout petit mieux l'un et l'autre...
Le très chouette film "Lost in translation" est à un moment cité et le roman tient de ça, indubitablement. Mais il est surtout composé de moments forts, de scènes marquantes pour une raison ou pour une autre. Ike est un écrivain en perte de vitesse, à un moment il fait une lecture pour clôre son séminaire littéraire, et c'est un moment de grâce. On apprendra plus loin qu'il ne lui reste plus grand chose en dehors de ce fragile passage sur lequel il capitalise, quitte à désappointer ses lecteurs qui tentent de lire le reste. En quelques phrases, en une situation brossée, on a une impression de grande profondeur, c'est tout une vision des personnages qui prend telle ou telle direction, on refait le roman régulièrement, se disant ah bon ok, en fait c'est ça le truc, et on se fait balader. Le chapitre final, d'ailleurs, nous fait revoir l'ensemble différemment...
Il y a beaucoup d'humour, le genre pince-sans-rire très efficace. Il y a en permanence des cassures, des ruptures de genre, qui paradoxalement accrochent bien le lecteur et créent un climat flirtant avec l'inquiétant.
Premier roman traduit en français pour Glenn Patterson, j'espère en lire d'autres !
Ed. Actes Sud, 2010, 221 p.
Traduit de l'anglais (Irlande) par Céline Schwaller
Un joli avis sur Le Monde.
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