05.04.2010
White Palace - Glenn Savan
"Tout le monde a enflé cette idée qu'il faut avoir une bonne opinion des gens, aimer les gens. Dans cette vie, on se retrouve jeté parmi des individus, et dans la plupart des cas on n'a pas eu son mot à dire - ses parents, ses enfants, la personne de qui on a eu la chance étrange de tomber amoureux, peut-être un ami ou deux - et voilà les gens qu'il est de notre devoir d'aimer parce que ce sont les gens qui nous appartiennent. Il n'est pas nécessaire de les apprécier ou de les admirer ou d'avoir une bonne opinion d'eux. Si l'amour en dépendait, quelle valeur aurait-il ?"

Nous sommes à Saint-Louis, Missouri. Max Baron a vingt-sept ans, c'est un très bel homme. Il était prof de littérature et avait épousé la plus belle fille du coin. Sa famille à elle était riche, ils étaient heureux. Mais Janey est morte dans un accident de voiture, deux ans plus tôt. Alors, très malheureux, Max a changé de voie. Il est devenu publicitaire, il gagne beaucoup d'argent. Mais il ne se remet pas de la mort de Janey, il vire au neurasthénique, s'enferre dans ses obsessions maniaques. Il rencontre Nora. Elle a quarante-deux ans, est totalement ignorante (bien qu'intelligente), bordélique au-delà de tout, pauvre. Elle n'est pas belle, mais irradie d'un magnétisme auquel il ne résiste pas.
Et les voici tous deux dans une relation qu'ils ne comprennent pas. Physiquement, entre deux, ça colle du feu de Dieu. Ils tombent amoureux, sans même s'en rendre compte. Mais sont tous deux également dans l'impossibilité de concilier leur deux univers, totalement différents...
White Palace est un roman d'amour, qui sonne comme une tranche de vécu pur jus. Tout semble juste, tout nous happe, nous élève et nous retourne. Toutes les ondes d'empathie du lecteur tourbillonnent comme des malades et on voit les situations alternativement du point de vue de chacun, on vibre, on frémit, on se fait déchirer le coeur. La plume de l'auteur s'efface au service de ses personnages, stylistiquement ce n'est pas remarquable mais l'efficacité est totale.
Roman sur l'attirance sexuelle (teinté d'un léger érotisme), sur la gestion des préjugés, sur les liens familiaux et amicaux, et tout simplement sur la difficulté de vivre, sur tout ce qui fait une vie.
On le referme profondément épris de Nora, qui éclipse ce pauvre Max, bien qu'il se démène quand même pour gagner le coeur du lecteur.
Très attachant.
Ed. Actes Sud, 1992 & Babel 2007, 514 p.
Traduit de l'américain par Isabelle Reinharez
A noter qu'une adaptation a été réalisée avec Susan Sarandon, qui n'est pas du tout "ma" Nora.
06:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : histoire d'amour, credible de bout en bout, pleine de brèves illuminations et d'instants de vérité |
01.03.2009
La part obscure - Salley Vickers
"Il est déjà difficile de vivre tout court, mais si l'on perçoit le monde tel qu'il est, sans avoir à sa disposition les moyens d'assumer cette lucidité, la lutte devient infiniment plus ardue."

Bien sûr, on peut résumer ce roman à l'histoire entre une patiente et son psychiatre, qui va, par le biais de l'art, trouver un moyen d'établir un contact, et par-là même remettre en cause sa propre histoire. Grosso modo, c'est ça. Et en même temps, ceci n'est que la surface, à la limite même on s'en moque, parce que ces pages contiennent leur part de phrases qui nous laissent sans voix, de réflexions que l'on remarque, que l'on enregistre, qu'on les trouve avérées ou pas, d'ailleurs.
Le psychiatre, David Mc Bride, devient peu à peu très consistant, en relief, il ne cesse de dérouter par le contraste entre une apparente placidité (voire une tendance à la lâcheté) et la pureté de ses réflexions, la candeur avec laquelle il se confie au lecteur ou analyse les évènements. "Je ne sais à quel moment j'ai commencé à me demander, au coeur de mes relations avec les autres, si telle ou telle personne serait susceptible de me livrer aux nazis. Cette question ne signifie d'ailleurs peut-être pas grand chose, dans la mesure où je ne suis ni juif, ni tsigane ni, à priori, homosexuel." Mais il n'a pas été soutenu inconditionnellement par sa mère, et il explique ensuite très bien cette sorte de classification qu'il établit pour chacun. Sauf qu'il n'en tire pas de leçon concrète, dans le choix de ses compagnes ou amis...
Ou Thomas, que l'on découvre par le biais d'Elisabeth, et qui soulève notre enthousiasme : "Tu vois, [...] ça marche comme ça. La plupart des gens se fabriquent une personnalité. Ils se fabriquent une enveloppe d'un tas de clinquant et de flagorneries : préceptes, morales, habitudes, bobards, frime et autres malhonnêtetés pathétiques. Les artistes ne font pas cela. Ou plutôt, s'ils le font, ils s'assurent de se débarrasser de tout ce fatras lorsqu'ils travaillent. Plus l'artiste est grand, plus il arrive à s'en dégager. Quand je dis "artistes", je parle d'écrivains, de poètes, de compositeurs, etc." Thomas encore : "Un artiste est quelqu'un qui a conscience de ne pas réussir sa vie et qui crée quelque chose de beau pour nourrir ses remords". Pas "calmer", "nourrir"...
J'ai été emballée par ce roman qui est douloureux, qui parle d'une très belle et très triste histoire d'amour. Je me suis rendue compte que j'étais à fond dedans quand David remet les choses à plat avec son épouse, son monologue très construit et très long m'a surprise et effrayée pour elle, je n'avais plus aucune distance, j'étais avec eux.
Dommage que la traduction comporte pas mal de petites lourdeurs.
Ed. JC Lattès, 2009, 382 p..
Traduit de l'anglais (GB) par Catherine Ludet
Titre original : The other side of you
Merci Cathulu !
06:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : psychiatrie, histoire d'amour, peinture |
14.08.2008
"Peut-être parce qu'elle était encore plus perdue que moi"

Françoise aimait Iani, et ça durait depuis cinquante ans. Il l'avait faite, construite, c'était son homme, son ami, c'était tout. Entre eux, dix ans d'écart. La maladie entre dans la danse, l'une entraîne une autre (avec énorme erreur médicale, et beaucoup de malchance), c'est difficile, de plus en plus. Pendant 12 ans. Les deux années suivantes sont terribles, Iani est envahi par une forme d'Alzheimer ou de démence sénile frontale, il a plus de 75 ans. Et Françoise raconte, au jour le jour, l'hôpital, les urgences, les gens, ce qu'on ressent quand on voit partir son homme, son tout. Quand on ne peut simplement pas respecter la promesse qu'on avait faite de l'aider à partir s'il le fallait.
Et c'est bouleversant. Vraiment.
Entrecoupé d'extraits de 4 livres qui parlent tous de cette famille, qui nous les montre jeunes, parents, effrontés, pas beaux, parfois.
Pour alléger. Et ça allège. Un homme, c'est un ensemble, il peut être con quelquefois, c'est même nécessaire.
C'est en tous les cas une superbe histoire d'amour, d'une sincérité qui prend à la gorge et qui nous remplit d'affection pour Françoise Xenakis.
"Depuis mon enfance, j'ai joué du rire, de la blague, c'est ma façon de parler, de dire ce qui ne passerait pas autrement. Cela lui plaisait, je tiens juste à dire, une fois seulement, que j'en ai tellement joué, d'abord pour lui et avec les autres, que maints de mes confrères et non-amis se font un plaisir de répéter à l'envi que je dis n'importe quoi, donc que je pense n'importe quoi... Finalement pas plus qu'eux. Et si c'était vrai, comme la vie me serait plus facile."
Ed. Albin Michel, 2002, & Le Livre de Poche 2004, 185 p.
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03.06.2007
Ah, l’amour.
Noëlle Chatelet – La Femme coquelicot
Stock, 1997
Le livre de poche, 9° édition mars 2007
Ca a commencé par un regard, c’est si traditionnel, non ?
Il dessinait dans un café, elle, elle faisait des mots croisés, il a levé sa tasse de café, l’a inclinée dans sa direction, et l’a bue en la fixant droit dans les yeux. Et elle, elle n’a pas baissé les siens. C’est tout, ça a commencé juste comme ça, mine de rien.
Et puis le lendemain, elle n’avait plus envie de thé. Soudain le café lui faisait envie. Et tout avait l’air plus neuf, plus coloré. Elle se sentait… différente. Et puis ils se sont parlé. Elle, c’est Marthe, lui, c’est Félix. Et puis…
Et puis, lisez-donc la merveilleuse histoire de Marthe et Félix. Vous allez tout reconnaître, et tout revivre à travers eux. Les envier, bien sûr. Et puis vous dire, quand même, si je transpose à truc que je connais, ça fait bizarre, c’est déplacé, non ?
Mais non.
Marthe a soixante-dix ans, Félix un peu plus. Et ils tombent amoureux, et ils nous touchent beaucoup.
Cent-cinquante pages douces et aériennes.
152 p.
(Crédit photo livredepoche.com)
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19.04.2007
Elle avait plus de prix que le rubis.

Kaye Gibbons – Une femme vertueuse
Rivages, 1989
Christian Bourgois, 2006 (collection Titres, poche)
Un récit à deux voix, en alternance de chapitres : Jack et Ruby.
Une très touchante histoire d’amour, dans le Sud rural actuel mais toujours ancestral des Etats-Unis : la Caroline.
Ruby est morte d’un cancer du poumon, à tout juste quarante-cinq ans. Peu avant l’issue fatale, elle a préparé et congelé les repas de son mari, Jack. A soixante-cinq ans, une fois son stock terminé, il est dépourvu et complètement perdu. Cette histoire de repas est un bien commode exutoire, mais le lecteur ne s’y trompe pas. Ce qu’ils nous racontent, ces deux-là, tout au long du roman et des petits bouts de leurs années de vie commune, c’est bien une histoire d’amour, profonde, magnifique, extrêmement émouvante.
Des gens simples, qui ont eu leur lot de petites et grandes misères, des avares de parole, qui savent exprimer beaucoup en disant peu.
On sent un bouillonnement d’émotion tout au long des pages, on rit et on sourit aux épisodes comiques, on se blinde par avance face à un dénouement que l’on pressent ravageur. C’est peine perdue, Burr donne le lopin de terre, et on se retrouve tout couillon, la gorge verrouillée et tous ces magnifiques personnages ancrés en nous pour toujours.
Coup de cœur absolu, écrivaine dont je veux lire jusqu’à la liste des courses.
Traduction (USA) de Marie-Claire Pasquier
168 p.
15:00 Publié dans Livres : J'adore | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : histoire d'amour |
01.11.2006
B + D = A
Katarina Mazetti – Le mec de la tombe d’à côté
Gaïa, 2006
A ma droite, Benny, 37 ans, qui vit seul avec ses vingt-quatre vaches (et quelques moutons) dans l’exploitation familiale. Pas qu’il ait vraiment la vocation ni le profil type du fermier suédois, mais il s’est décidé une nuit d’été quand il a vu sa mère sous le grand sorbier dans la cour, le bras autour du tronc et les yeux rivés sur les terres. Il ne pouvait pas abandonner tout ça, simplement.
A ma gauche, Désirée, 35 ans, bibliothécaire en charge de la section jeunesse, en passe de devenir femme de Carrière avec Centre d’intérêts Culturels. Trois C, on aurait pu y ajouter deux autres pour Complètement Conne, dit-elle.
Début du combat.
Benny s’occupe régulièrement de la tombe de sa mère, vaincue par le cancer, Désirée va chercher l’affliction qu’elle aimerait pouvoir ressentir sur celle de son défunt mari, fauché à vélo.
Ils se regardent sans aménité du coin de l’œil, au cimetière, mais un jour un sourire partagé produit un arc de lumière bleue pendant trois heures, ou trois secondes. Ca c’est selon Désirée, Benny lui, voit un sourire de gamine en vacances.
Badaboum, le sort en est jeté, B + D = A (lchimie inexplicable.)
Elle, rien qu’à l’évoquer, elle a les ovaires qui s’agitent comme des fous. Lui, il aime même quand elle a ses règles, parce que ça fait très intime, ça dégage un bien-être confortable, l’élève au statut de permanent.
Mais, mais, mais.
Ils n’ont rien en commun.
Et pour jeter des passerelles au dessus des ravins, il faut être en phase…
Formidable, réjouissant, actuel, moderne, intemporel, drôle, tendre, émouvant, léger mais loin d’être creux, je n’en jette plus, mais le cœur y est. J’ai savouré chaque instant de ma lecture, parce qu’il n’y a rien à écarter dans ce roman, on suit nos deux tourtereaux avec une grande tendresse et on voudrait vraiment bien que… malgré…
J’espère pouvoir lire d’autres traductions de Katarina Mazetti très vite !!
Traduction (Suède) de Lena Grumbach et Catherine Marcus
254 p.
L’avis de Clarabel,
et celui de Lillounette
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