17.05.2009
Un conte de deux villes - Charles Dickens (2)
"Dis au Vent et au Feu de s'arrêter, mais pas à moi !"
Ecrit en 1859, après Bleak House mais avant De Grandes espérances, ce Conte de deux villes est le seul roman Historique écrit par Dickens. Il se déroule alternativement à Paris et à Londres, autour et au moment de la révolution française de 1789. On y suit Lucy Manette, française exilée à Londres qui va retrouver son père qu'elle croyait mort, vivre avec lui une relation très forte et très tendre, puis trouver l'amour en la pire personne possible. Revenus tous à Paris pour des raisons d'honneur, ils vont y vivre une tragédie, entourés de bien braves amis...
C'est un roman violent qui comporte de nombreuses scènes furieuses et agressives. La ferveur et l'espèce de transe qui peut animer une foule est incroyablement rendue, et les raisons profondes et concrètes du 14 juillet 1789 sont limpides. On m'avait prévenue de tous côtés de me munir d'une boite de mouchoirs, je ne sais pas pour quelles raisons je n'ai pas ressenti intimement les soubresauts de l'intrigue, et son épilogue, quelle qu'en soit la beauté et la tristesse insondable ne m'a pas touchée, pierre que je suis !
Je crains que la brieveté de ce roman ne soit en cause, je me suis habituée au millier de pages qui, apparemment, m'est nécessaire pour bien m'installer dans la plume de Dickens... Ou alors il y a trop de France, et de vilains français. Et sans doute l'édition Folio ne peut-elle soutenir la comparaison avec celle de La Pléiade, notamment au niveau des préfaces et notices (j'adore Sylvère Monod !). Ou enfin tout simplement me faut-il admettre que je suis aussi romantique que Gregory House. Je n'en admire pas moins, comme toujours, l'habile construction, et ma préférence va, comme de coutume, aux personnages colorés et peu favorisés, comme le cher Cruncher qui verra ses opinions sur "l'agenouille" évoluer...
Ed. Gallimard, Folio, 1989, 400 p.
Traduit de l'anglais par Jeanne Métifeu-Béjeau
Titre original : A Tale of two Cities
Merci Fashion ! En ont parlé : Dominique, Karine, Lilly...
(Je ne trouve pas de visuel de l'édition Folio : tant pis !)
04:18 Publié dans Livres : Classiques | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : charles dickens, un conte de deux villes, drame, historique |
14.11.2008
Ceux qui sauront - Pierre Bordage

"Il valait mieux un petit peu de pas beaucoup que rien de rien."
Quelle excellente idée que cette collection ukronie chez Flammarion ! Une uchronie, en gros, est l'histoire revisitée, ce qui aurait pu être si, et ses conséquences sur le présent.
Nous sommes ici en 2008, mais la révolution française de 1789 n'a duré que le temps d'un feu de paille, la monarchie a été rétablie, et depuis plus d'un siècle les individus sont divisés en deux camps : les nantis (nobles ou juste fortunés) et les cous sales. Les premiers mènent une existence privilégiée, usant et abusant des seconds, qui vivent en plein obscurantisme. Le savoir, la connaissance, l'instruction, leur est formellement interdite.
Par exemple, la machine à laver n'a pas été mise en circulation, si les femmes disposaient de plus de temps libre, elles pousseraient les hommes à la révolte, et les riches s'en foutent, ils ont des employés qui lavent pour eux. D'ailleurs l'électricité est réservée aux nantis, le téléphone est une chimère, et les informations qui circulent sur leur version d'internet sont soigneusement filtrées. La France vit repliée, a renoncé au pétrole, se meut selon les usages de siècles très dépassés.
Pourtant le peuple a tenté plusieurs fois de se soulever, poussé par la faim, la famine, la dalle, mais que faire les mains nues (ou presque) contre l'aviation, les canons et autres technologies assassines... Mais une résistance s'organise, des instituteurs clandestins apprennent à lire et à écrire aux enfants, la nuit.
Ce roman, c'est la description très précise et parfois sanglante de ce monde où Jules Ferry est devenu un mot de passe pour réunions secrètes, mais c'est aussi la rencontre de deux jeunes adolescents de quatorze ans que tout oppose, à priori. Jean est un cou noir, il commence juste à travailler, il se trouvera au mauvais endroit au mauvais moment, et Clara est la fille du directeur de la Banque Royale, élevée à Versailles, programmée pour épouser qui on lui dira afin d'élargir le rang social.
Ces deux-là sont représentatifs chacun de leur côté de la barrière, mais possèdent ce qui fait défaut à la majorité moutonnante, quelle que soit son camp : la faculté de réfléchir, une certaine forme de libre-arbitre. Leur rencontre leur sera-t-elle bénéfique ?...
J'ai fait long pour présenter ce qui n'est pourtant qu'une esquisse sommaire, mais c'est un univers solide et copieux. Une sorte de roman d'aventure à la Victor Hugo mâtiné de SF, un peu old fashion, dans les pages duquel on s'oublie pour se poser plusieurs fois la question qui, de tous temps, a ouvert la porte des possibles : Et si....
J'ai lu je ne sais plus où qu'il était recommandé à partir de 9 ans, je dirais plutôt pas avant un bon 13-14 ans (et jusqu'à pas d'âge!) (mais ce n'est que mon avis).
Ed. Flammarion, 2008, 345 p., 15 €
06:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : jeunesse, adolescents, uchronie, conditions révolution française, historique |
27.06.2008
Assassine, baiseuse, coquette, effrontée, majestueuse, galante, enjouée, discrète ou receleuse.*
Guy Breton - Les sourires de l'HistoireQuelques anecdotes historiques frappantes, curieuses, amusantes, à la sauce Breton, ça ne se refuse pas !
Ouvrir ce recueil de petits textes c'est s'exposer à le dévorer dans l'heure, et forcément à être moins intéressé par certains côtés. Par exemple la partie consacrée au marquis de Montespan n'a pas le relief que lui a donné Jean Teulé, et souvent les dialogues pêchent par excès de simplification.
Mais j'ai été passionnée par le chapitre consacré à la beauté féminine à travers l'Histoire (Si le nez de Cléopâtre...), et je suis charmée par l'espièglerie saupoudrée ici ou là.
"Au XVIII° siècle, les femmes eurent brusquement en horreur ce qu'elles appelaient des "lentilles", c'est-à-dire des taches de rousseur. Et, pour les faire disparaître, elles se frottaient le visage avec des compresses trempées dans une liqueur dont voici la recette :
"Ecrasez une vipère dans 2 pintes de lait, ajoutez-y 4 onces de vitriol et distillez."
Avec cette liqueur, nous dit-on, les taches partaient immédiatement. La peau aussi, d'ailleurs."
Et puis c'est un vrai plaisir de découvrir, entre autres et pêle-mêle, l'origine de l'expression "découvrir le pot au rose" (la révolution cosmétique au XVIII° siècle), les farces de Prosper Mérimée, que la plupart des mots célèbres sont faux, avec explications de leurs origines, la crédulité de Madame d'Urfé , ou encore à partir de quand et comment nous avons utilisé la fourchette.
Enfin c'est avec les sourires de l'auteur que je me suis franchement bidonnée, et particulièrement avec "Saint-Médard et les Chaldéens, ou le virus de l'astrologie" : 1935 en Indre-et-Loire, ou comment la parole est déformée et la crédulité savoureuse.
Sympathique en diable !
Ed. Anne Carrière, 2008, 236 p., 17 €
* Mais de quoi est-ce que je parle donc ? Une idée ? :-D
15:00 Publié dans Livres : Pourquoi pas | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : historique, anecdotes |
14.04.2008
Il ne faut jamais reprocher aux hommes leur ignorance, mais seulement leur obstination à construire des systèmes sur ce qu'ils ne savent pas.

Le XVII° siècle est peut-être l'un des plus passionnants, et sous la plume de Philippe Beaussant ça tient du plaisir absolu à découvrir. On est loin du "cours magistral" que j'ai pu voir évoquer ici ou là, on est dans l'univers d'un conteur qui prend plaisir à démystifier quelques poncifs.
Louis XIV, donc, du Lever au Coucher, avec tous les cérémonials et pas mal de digressions on ne peut plus bienvenues, voici ce qui constitue ce récit.
"Ainsi va l'Histoire. C'est une bâtisse édifiée à l'aide de blocs d'images toutes faites que nous nous transmettons, souvent (mais pas toujours) sans penser à mal, mais sans davantage nous demander si elles sont vraies ou si ce sont, elles aussi, des postiches. Et quand bien même nous le saurions, l'image que nous savons inexacte reste parfois plus forte que la vérité que nous n'ignorons pas. "L'Etat, c'est moi", il ne l'a pas dit. "Après moi le déluge", Louis XV non plus. "La Garde meurt mais ne se rend pas", même pas Cambronne. Mais c'est plus fort que si c'était vrai. L'Histoire est toujours à la ressemblance de ce que nous voulons qu'elle soit."
Mon exemplaire est hérissé de cornes, j'ai mille choses à évoquer, je ne le ferai pas, je vous laisse découvrir par vous-mêmes, si vous êtes intéressés. Mais citons par exemple le long passage sur Molière, avec cet éclairage : ""Valet", au XVII° siècle, c'est encore un titre de noblesse, et c'est déjà en train de devenir une injure. C'est encore, comme ici, un privilège (que Jean-Baptiste Poquelin a tenu à conserver pour son fils), et c'est déjà la plus basse condition domestique."
Molière, valet de chambre du roi... Je l'ignorais totalement ! Plusieurs anecdotes en découlent, savoureuses...
Ou encore ces lumineuses explications sur le salut (on salue la fonction et jamais l'homme. Ainsi on se lève et se découvre pour un messager, s'il est celui d'un "important") ou la danse (enseignée comme une manière d'envisager l'homme, indispensable à l"'honnête," absolument rien d'un loisir !). Le vocabulaire, aussi, en général, a fortement besoin d'être remis en perspective, les mêmes mots n'ayant souvent plus du tout le même sens aujourd'hui. Ainsi des "potages" (tout ce qui est cuit dans un "pot", rien à voir avec de la soupe !) en opposition au "rôt" (ce qui est cuit à la broche), etc.
Bref, c'est vraiment captivant, ça se dévore, c'est érudit mais jamais pesant, c'est excellent, tout simplement.
Ed. Gallimard, NRF, 2000 213 p. & Folio, 2002, 5,30 €
15:00 Publié dans Livres : J'aime | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : historique, roi soleil |

